Réflexions

Atelier clown activisme du 7 au 9 décembre 2017

Atelier clown activisme du 7 au 9 décembre 2017

Viens participer à un atelier de 3 jours pour déterrer le clown qui croupi en toi avec la redoutable Armée Clandestine de Clowns Insurgées (C.I.R.C.A.) !

Ça débutera le 7 décembre à partir de 9h30 pour se terminer en fête le 9 pour le 13e anniversaire de la Maison de Résistance !

Si tu préviens à l’avance par mail à caillouxhibouxbisoux@riseup.net c’est cool, ça nous permettras de te trouver un pieu ailleurs que dans les toilettes sèches ou le free-shop ;D

L’atelier sera à prix libre et y’aura une cantoche vegan avec de la bonne bouffe comme dab’.

N’oublie pas ton sac de couchage

Pour en savoir plus sur la CIRCA :

http://devenez-vous-meme-clown.zici.fr/clownistan-kesako/clandestine-insurgent-rebels-clowns-army/

 

 

 

Première émission Ziradio avec Krok, Bouli et Isabelle

J’avais super envi de me lancer sur le format radio, malgré la perquisition de l’ordi où j’avais passé je ne sais combien d’heure pour charger, et la je sais 350 heures de musique ;( . Et du coup voilà un petit podcast pour lancer le truc, avec Isabelle qui prépare un doc et donne des conférences  qui font le rapprochement entre le retraitement des déchets d’obus de 14-18 et l’enfouissement des déchets nucléaire à Bure, Krok un militant souvent présent à bure et notamment sur les barricades dans la forêt du bois Lejuc, et Bouli Lanners acteur et réalisateur belge et qui s’investit dans le mouvement antinucléaire en belgique.

Voilà Bonne écoute à tous-tes

Montier en Der ou le monde derrière l’objectif !

On y parle de nature , de milieu naturel, de migration d’oiseaux… tout ce qui fait qu’ un jour n’importe qui s’émerveille pour ce qui l’entoure, et se passionne jusqu’à avoir le désir infini de protéger ces richesses à la portée de tous. L’oiseau a passionné les combattants de la guerre 14 18 au cœur des tranchées… il faisait rêver les « poilus »: chants d’alouettes ou de mésanges charbonnières résonnaient entre deux bombardements. Ils inspirèrent des musiciens comme Messiaen mais ce qu’ils inspiraient aux poilus n’avait pas de prix : s’imaginer à la maison , en liberté , loin de la tranchée.
Et de quelle liberté ont pu être inspiré les occupant-e-s du Bois lejuc
en juin 2016 et autres chouettes de Bure ? La sensation fugace d’être au monde! Le plaisir de vivre dans la forêt, de lutter ensemble, de sentir le contact avec l’humus en écoutant le concert de la grive musicienne, des pouillots véloces, fitis ou siffleur …Walden  ou la vie dans les bois et la résistance aussi à l’occupant nucléocrate !

 



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Il y a 40 c’était Vital !

Il y a 40 ans, jour pour jour, Vital Michalon mourrait de l’explosion d’une grenade offensive OF37 en protestant contre la construction de la centrale nucléaire superphénix (actuellement en démantèlement).

Il y a 3 ans, Rémi Fraisse mourrait à son tour, sur le site de lutte contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, du tir d’une grenade offensive dans son dos par un gendarme.

Il aura fallu attendre 37 ans pour que la grenade offensive OF soit suspendue à l’utilisation puis interdite au final, deux ans et demi plus tard, en mai 2017.

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16 au 18 juin – Rencontres contre la taule à Bure

 

Du 16 au 18 juin auront lieu à Bure des rencontres anticarcérales.

Durant trois jours, le collectif nouvellement créée, Anarchist Bure Cross, invite à participer à des projections et discussions autour de la prison à la Maison de Résistances à Bure.

Pour la suite, nous entendons par « rencontres » nous retrouver avec celles et ceux qui entendent lutter pour la suppression des prisons et les dispositifs coercitifs sous toutes leurs formes. Nous ne pensons pas qu’il y ait d’alternatives possibles à la prison mais qu’elle est l’outil systématique d’un contrôle social. Par conséquent nous voulons proposer un week-end qui analyse le système carcéral et qui nous permette pour jeter des bases d’organisation d’un réseau de lutte contre les prisons actuelles et à venir, ainsi que tous les dispositifs qui en découlent.

Une trentaine de nouvelles prisons sont actuellement en projet de construction en France, c’est une continuité dans la politique d’enfermer toujours davantage de gens qui ne correspondent pas aux normes sociales. Les prisons sont remplies de pauvres, d’étrangèr.es et de toutes celles et ceux qui s’opposent à cette injustice sociale.

Au programme :

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L’ANDRA est dans le jus, pas dans le bois ! Encore un effort pour lui faire boire la tasse !

Après avoir assisté impuissante à la chute de ses grilles le 18 février, l’Andra s’est pris cette semaine une belle volée de bois vert devant les tribunaux. Procès de l’occupation, appel sur le défrichement de l’été dernier, procès sur l’échange du bois… Les procédures lancées de part et d’autre, étroitement entremêlées, forment un sac de nœuds juridiques dont l’agence ne semble plus savoir comment se dépêtrer. Si le rapport de force se maintient sur le terrain, ces revers pourraient retarder le projet pour un bon moment.

Le 28 février, le tribunal administratif de Nancy a donné raison aux habitant-e-s de Mandres-en-Barrois et opposant-e-s en invalidant, pour vice de procédure sur la forme, la délibération du 2 juillet 2015 conseil municipal du village autorisant l’échange du bois Lejuc contre un bois mitoyen. Après plus d’un an et demi de mobilisations autour du bois qui ont ravivé la lutte comme jamais,, c’est un nouveau coup dur qui pose une sérieuse épine dans le pied des égoutiers de l’atome.

Le conseil municipal a maintenant 4 mois pour se « régulariser », c’est à dire refaire une délibération dans les formes pour reprendre une décision sur l’échange du bois. Le contexte a évolué, sur place les langues se délient, des riverain.es s’engagent, de nouvelles personnes viennent s’installer, la mobilisation (inter)nationale s’amplifie et les projecteurs sont braqués sur ce village où l’avenir de la filière nucléaire française est jeu. Finie l’époque des réunions à huis clos dans une mairie barrée par des vigiles ; révolue le temps où l’Andra pouvait exiger qu’une poignée de conseillers municipaux engagent leur village pour 100 000 ans lors d’un vote discret à 6h du matin.

La veille, le 27 février, lors du jugement de l’appel de l’Andra sur la décision du 1er août du TGI de Bar-le-Duc annulant l’autorisation de défrichement, un autre coup de théâtre a eu lieu, puisque l’Autorité Environnementale, qui avait rendu un avis favorable à l’agence lui permettant de défricher et forer sans étude d’impact préliminaire, l’a tout bonnement suspendu : la procédure de demande pourrait reprendre à zéro et tombe sous le coup de nouvelles lois durcissant les contraintes pour l’Andra Le délibéré aura lieu le 22 mai. Et l’agence n’a toujours pas d’autorisation préfectorale de défrichement.

Le 22 février, le tribunal a sursis à statuer sur la demande d’expulsion de Sven Lindstroem, habitant déclaré du bois, et renvoyé sa décision au 5 avril, après une demande d’entrevue du fameux hibou avec le président du TGI le 29 mars.

Jamais, historiquement à Bure, la verrue du nucléaire et son projet de poubelle n’ont été autant contestés et délégitimés sur le terrain comme dans les tribunaux. Mais rien n’est joué. Contrairement à ce que titrait certains grands journaux reprenant la dépêche AFP du 28 février, le projet de stockage n’est pas (encore) gelé. La délibération du conseil est annulée, mais l’agence reste encore propriétaire sur le papier. Surtout, les membres du conseil municipal de Mandres pourraient reprendre une décision autorisant l’échange, car ils-elles subissent une forte influence des nucléocrates, que ce soit par l’emploi de membres de leurs familles ou l’attribution de baux de chasse ou agricoles. L’Andra peut continuer d’avancer sur tous les autres secteurs où elle doit faire ses relevés de donnés pour pouvoir déposer sa Demande d’Autorisation de Création avant 2018, même si le calendrier est compromis.

Face à tout cela, il va falloir continuer de se bouger, dans de nombreuses directions :

  1.  En aucun cas les 4 conseillers municipaux de Mandres entachés de conflits d’intérêt ne devraient pouvoir voter. Sans parler du maire, véritable VRP décomplexé des éboueurs irradieux, maintenant nommé « délégué CIGEO » à la Communauté de Communes.
  2. Après le flou du 27 février sur le défrichement et la demande d’étude d’impact, il faut également bloquer l’Andra de toute possibilité de poursuivre ses funestes travaux préparatoires et autres relevés de données, non seulement dans le bois Lejuc mais partout ailleurs. Nous appelons les associations environnementales et naturalistes du Grand Est et d’ailleurs, approchée discrètement par l’agence pour participer à son étude d’impact globale, à se positionner publiquement contre le projet dans sa totalité, fausse « phase pilote » ou « caractérisation environnementale » y compris, et refuser de collaborer avec l’artisan d’une nucléarisation funeste pour la région.
  3. Quant au délai sur l’expulsion du bois après l’audience du 22 février, c’est l’opportunité de consolider l’occupation, les autres installations à Bure, les projets agricoles et tout ce qui fait que des dizaines de personnes se projettent à long-terme sur place.

De prochains rendez-vous seront donc bientôt lancés début avril, pour un printemps résistant, joyeux et toujours aussi déter’ !

Gardez vos déchets, on garde la forêt ! Andra dégage, résistance et affouages !

Infos : vmc.camp / Facebook Bure à cuire / Twitter ZIRADIES

Notre lutte n’est pas présidentiable !

D’abord on nous murmurait il y a deux semaines la possible venue de Mélenchon à notre manifestation du 18 février à Bure contre la possible expulsion du Bois Lejuc et le projet d’aménagement de poubelle nucléaire, puis on nous a demandé timidement, il y a une semaine, si ça nous dérangerait que Poutou vienne faire un tour ; aujourd’hui c’est EELV qui sort l’artillerie lourde de la communication pour appeler à venir à Bure, et ce soir on apprend que Hamon souhaiterait rencontrer l’ANDRA et ses opposant.e.s dans la journée de lundi.

À Bure on avait déjà connu les militant.e.s du dimanche, bardé.e.s de drapeaux et autocollants, qui se photographient devant les ruines de mur, en lisière de bois occupé, pour prouver qu’à défaut de brandir la masse, de clouer le toit d’une cabane ou encore de faire le pied de grue au tribunal, ils soutiennent la lutte par procuration. Mais on ne s’attendait pas à un tel parachutage de présidentiables sur Bure.

Nous serions-nous trompé.e.s dans les cartons d’invitation ?

Pas de buffet électoral prévu par chez nous, les palettes construisent des chiottes sèches pas des pupitres de meeting, et les urnes servent davantage à recueillir les cendres de 20 ans d’indifférence et de mépris politique pour les meusiens livrés à la résignation face à CIGÉO. Désolé messieurs, vous arrivez trop tard, on ne sert plus de soupe politique par chez nous, on fait plutôt dans la récup’ de désillusionnés des chamailleries politiques, on remixe nos propres idées assaisonnées d’autogestion, d’autonomie et d’horizontalité. Nous aspirons à sortir nos manifestations des sentiers battus, à dégager le ciel des baudruches et drapeaux publicitaires, à l’emplir de nos rires, chants et cris et à réinventer la multiplicité de nos couleurs. Nos imaginaires ne tiennent pas dans un programme et n’obéissent pas à un calendrier, ils se vivent, s’affrontent chaque jour, dans la joie et les larmes, dans l’entrave d’une machine, à la cime des arbres ou dans l’occupation et le labour d’un champ.

Notre force collective se construit dans l’entremêlement des individualités et non dans leur addition bêtement quantitative. Nulle personne seule ne saurait porter et représenter toutes nos paroles, car nous sommes multiples, à plusieurs voix, plusieurs visages et mille idées. Nous vivons là, nous luttons là, nous sommes par conséquent les plus à même de porter notre parole, anti-capitaliste et anti-autoritaire ! Nous n’avons pas besoin de porte-voix, l’amplification de notre mobilisation se fait dans la diffusion et l’échange de nos idées et non dans leur massification par le biais d’un porte-parolat charismatique.

Le 18 février, toute prise de parole médiatique ou politique qui ne serait pas celle que nous avons consenti de construire ensemble, sera considérée comme une récupération politique dont nous nous passerons bien !

Notre lutte n’est pas présidentiable : ingouvernés, nous serons ingouvernables !

L’ANDRA, une mafia dans la Meuse

Un réel talent de communication

Non contente de ne pas respecter, une fois de plus, les délais de justice, en faisant une irruption brutale dans le bois ce 23 janvier, avec ses machines et vigiles, l’ANDRA a fait à nouveau la démonstration de son incompétence chronique.

L’été dernier, dans sa précipitation à raccourcir les délais pour les travaux du projet CIGÉO, l’ANDRA avait déjà cru bon s’affranchir de la légalité en défrichant sans autorisation. Une « petite erreur d’appréciation », disait-elle dans son communiqué, après avoir été condamnée en justice à remettre le bois en état sous 6 mois.

Jean-Paul Baillet, le directeur du laboratoire Meuse – Haute-Marne, avait alors cette déclaration surprenante : « Nous n’avons jamais interdit à personne de se promener dans les bois qui nous appartiennent, d’y pique-niquer ou d’y cueillir des champignons. Mais nous devons protéger nos salariés, qui subissent des menaces, et nos matériels scientifiques, qui ont fait l’objet de dégradations. » Difficile, en vérité, de pique-niquer ou cueillir des champignons, quand une armada de gendarmes mobiles empêche l’accès au bois et qu’un mur de 3km s’érige tout autour de celui-ci.

Et pour ce qui concerne la protection de salariés, les vigiles armés de boucliers, manches de pioches, casques et gazeuses, semblaient constituer un rempart pour le moins dissuasif. Après que ces derniers avaient lourdement molesté plusieurs opposant-es, le même J-P Baillet avait alors cru bon de préciser que ses vigiles avaient « très bien fait leur travail ».

Au final, leur travail n’avait pas du tellement plaire à la direction parisienne car ce dernier avait du démissionner très mystérieusement fin août, son départ maquillé en départ en retraite. Nous n’avions alors pas manqué de lui signifier notre regret de le voir partir après quelques années de si bons et laconiques services. En effet, en près de dix années à la direction, il est bien difficile de recenser plus d’une vingtaine de phrases dans ses déclaration à la presse.

Son successeur intérimaire, le commercial Patrick Torres, déjà directeur du centre aubois de Soulaines, n’a pas plus brillé par son talent de communiquant : pour lui, « les centres (de l’ANDRA) ne sont pas la déchetterie du village, on ne frappe pas à la porte pour dire « tiens j’ai quelque chose à livrer » » Nous voilà rassurés d’une telle expertise,digne d’un commercial en produits ménagers.

Le même M. Torres admettait néanmoins que les « opérations de défrichement réalisées dans le Bois Lejuc auraient du bénéficier d’une autorisation de défricher ». Un surprenant mea culpa pour une entreprise habituée à mentir par omission.

(suite…)

Ne pas se trahir. Ne pas les trahir. Ne pas se laisser faire.

18 octobre 2016, premiers frottements avec la justice. 9h. Le ciel lourd de sens abrite sur la place prison église et tribunal. Le billet n’est pas cher, il est même gratuit pour rentrer dans le palais crème qui abritent ceux et celles qui décident de vos vies. Le petit escalier propret y mène sûrement. Des policiers l’encadrent et nous toisent, insipides grisailles du regard. Leurs postures rigides portent les ruines d’un monde, bien loin enfouies dans leur front plissé. Dans des moments comme celui-ci, cette familiarité des corpulences est toujours gênante : encore une fois nous nous sommes reconnu-es. Nous fréquentons toujours les mêmes endroits, mais pas pour les mêmes raisons. Aucun bonjour, les dents serrées. Il nous faut baisser la tête pour passer la haute porte du tribunal. Des mains distraites plongent dans nos sacs dans l’espoir d’y trouver quelques lames. On ne pleurera pas. Quelques gros marqueurs tout au plus. Un carnet de dessin dont les feuillets resteront collés. Un portique clignote rouge, nous aussi. Un œil amusé sur le portant de prospectus sur papier glacé : il est vide. En souvenir d’une foule en colère qui, sortant du tribunal, enragée du verdict, les envoyaient valser sur le sol froid des couloirs émoussés du pouvoir.

La salle est déjà comble, les oiseaux de mauvais augure sont de sortie, avec leur longue robe noire boursouflée aux épaules et leurs pantalons qui gondolent piteusement en grande pompe. Çà virevolte dans l’air vicié de la justice, pendant qu’au mur des prolétaires crèvent de faim sur une vieille croûte peinte par un illustre inconnu, sûrement un fidèle ami de magistrat à qui l’on n’osa rien refuser.

Les ami-es proches et lointains sont là, le sourire attentif. Les reports s’amoncellent sous le couperet des voix blafardes, un juge visqueux s’épanche sur son pupitre haut perché. Son menton tremble à chaque mouvement de bouche comme un dessert anglais, et ses dents papier de cigarette jauni écrasent sa purée de mots. A sa gauche, un homme boite de conserve à la pupille torve et métallique pointille ses haussements de sourcils inquisiteurs. A sa droite, un petit homme replet, blanc et repassé comme une chemise du dimanche, porte une grosse médaille dorée de vache primée au salon de l’agriculture. Ils sont de hauts, et donc disgracieux.

Le juge lève un œil vers nous à la réception du dossier. L’avocate nous clapote l’épaule pour que l’on s’avance à la barre. Il est juste là, devant, omnipotent et ridicule, et dans nos ventres craquent déjà le bois sec du feu qui n’attend que de prendre. L’idée est pourtant de ne pas s’emporter dans le vent d’étaler leurs vices, l’espace est trop étriqué et la ligne de départ faussée.

« Mademoiselle X ? C’est bien vous ? Daigne adresser l’un de nos maîtres de cérémonie l’air affaissé.

– Hmmm oui. Hochement de tête qui se veut haut vers les moulures auréolées de l’institution.

Monsieur X. C’est vous ?

Sourcils noirs dressés en forêts orageuses.

-Oui.

– Rappel des faits. Vous êtes accusé-es d’avoir dégradé légèrement un bâtiment appartenant à l’Agence Nationale de déchets radioactifs, par ailleurs en très mauvais état. Vous êtes également accusé-es d’avoir refusé de donner vos empreintes ainsi que des photos pour alimenter les fichiers de police. » L’autre assène les questions habituelles pour évaluer le degré de marginalité dont nous sommes capables, testant également notre aisance à voguer sur les instants gênants de la confrontation entre l’institution écrasante et les individus diminués :

« – Est-ce que vous travaillez ? Quelles sont vos ressources ? Vous avez des projets ?

-je ne crois pas que ce soit le lieu et le contexte pour en discuter.

– J’occupe mon temps à une multitude d’activités et de projets non marchands. »

L’autre jubile, ironique :

« – On aura tous noté que vous avez des projets passionnants et enrichissants ! Si je vous demande cela, c’est pour comprendre qui vous êtes. On appelle ça un principe de personnalisation de la peine, c’est un progrès ! la justice jauge votre intégration, quelle est votre personnalité, elle ne juge pas comme un robot ! »

Il poursuit, contrit de plaisir bien qu’asséché comme une crotte oubliée :

« – Alors, qui tenait la bombe, qui tenait l’échelle, je n’sais pas !? vous teniez l’échelle mademoiselle ?

[TA GUEULE AVEC TES MADEMOISELLES malheureux magistrat masculin myso et vermoulu]

-Le travail était également partagé monsieur, ma vocation née n’est pas de tenir des échelles.

-Vous avez été interrompus, qu’est ce que vous vouliez mettre après « ANDRA » ?

-le fait d’avoir été coupé-es dans notre élan nousimg_3767 a fait perdre l’inspiration.

-ah oui, il ne faut jamais couper un artiste dans son inspiration..

-Bon, qu’est ce que vous pensez de tout ça ?

– c’est un peu vaste comme question.

-qu’est ce que vous pensez de votre geste ?

– C’est un peu vexant que notre œuvre soit taxée de dégradation. Je ne vois pas comment nous aurions pu dégrader le bâtiment plus que l’Andra qui l’a acheté pour le détruire.

-Au sujet des empreintes, pourquoi vous avez refusé ?

-je refuse d’apparaître dans un fichier de police. Je suis contre toute forme de stockage, que ce soit des déchets aux empreintes et photos.

– j’ai écrit un texte afin de vous répondre, cela fait quelques lignes.

– Quelques lignes ? Et bien allez-y !

-Le fichier qui regroupe les empreintes digitales de toutes celles et ceux qui se frottent à l’encre indélébile de la répression se servirait du bout de mes doigts pour mesurer, quantifier, tracer, contrôler, suivre, punir, surveiller, enfermer, cloisonner, analyser. Mes mains sont façonnées pour construire, tourner des pages, coudre, sculpter, peindre, caresser, cueillir des fruits, cuisiner.

Politiquement, je refuse d’alimenter un fichier qui dira de moi ce que le monde que je veux combattre veut dire de moi. Je refuse que les sillons de ma peau soit chargés d’une histoire que la prévention du crime m’aura inventée, composée mécaniquement des objets que j’effleurerai quelque part, assemblée par le fil rouge de ce que l’on suppose de moi par ma façon de vivre. Les gens qui me connaissent sur le bout des doigts sont mes ami-es, voilà pourquoi je n’ai pas donné mes empreintes aux gendarmes.

-Merci pour ce poème ! » marmonne enjoué le poisson-juge, se croyant capable de tout réduire en une poêlée de médiocres mots.

La procureur enchaîne, juchée dans sa cage de bois, aride dans sa chair et dans sa bouche :

« – s’il y a un principe important en France, c’est le droit de propriété. La liberté d’expression oui, mais encadrée et limitée. Imaginez monsieur le juge, que vous ayez une maison et que ces jeunes gens viennent tagger vos murs, vous seriez content ? Je me demande quel serait leur discours s’ils étaient victime d’un crime grave requérant ADN. »

Les deux avocates finissent en guacamole fade. L’une sussurant à l’oreille du juge se voit prier d’hausser le ton et pérore de ne pas être dans un théâtre : ah bon ? Elle pleurniche en virevoltant pour que l’Andra, grande prêtresse du harcèlement des locaux meusiens et de l’accaparemment du sol, puisse récupérer quelques sesterces et sa dignité.

L’autre se courbe mollement sous l’effet de la courtoisie. Ses mots ne trépignent même pas sous sa langue, on sent l’ennui poindre et se reflètent dans les mauvaises boiseries. Nous avions pourtant tout prévu, tout prémâché. elle hachure quelques mots sur le fait que l’Andra tenta d’effacer seulement une partie de la fresque « Andra gare à toi, tout est à nous rien est à toi » et laissa le joli dessin, à croire que la sensibilité artistique de l’agence passait avant le droit français.

Le juge tourne mollement la tête dans un bruit de vide d’elles à nous:

« Vous savez ce que c’est des TIG ?

-oui.

-Alors ? Demande t-il avec le mouvement du menton caractéristique de l’instituteur paternaliste qui ordonne la récitation à un enfant.

Je rappelle que c’est un substitut à l’emprisonnement. Il s’agit de travailler de manière non rémunérée dans des associations ou des collectivités pour réparer votre acte. Ce n’est pas le bagne non plus, la France a évolué depuis !

Alors, vous acceptez ? Je rappelle que c’est un substitut à l’emprisonnement ! Insiste l’homme étalé.

-non. »

L’audience est levée. Les bras ballants restent ballants. Le papier de cigarette colle aux doigts. La fumée s’accroche aux cœurs. Retour au nœud du spectacle : les voix sont comme détachées des gorges, le velours rouge du fauteuil se dessine derrière le corps du juge ectoplasmique qui se prononce :

« vous êtes condamnés à verser 400€ d’amende chacun avec sursis, 500€ à l’Andra pour couvrir les frais de justice, et 2 mois de prison avec sursis. »

Coup de marteau sans faucille.

Fin du spectacle.

Que faire des déchets nucléaires ?

« Mais vous, vous proposez quoi ? »

 

Fatalement, deux fois sur trois, lorsqu’on dit qu’on s’oppose au stockage des déchets nucléaires à Bure, on nous oppose la question « mais quelle alternative vous proposez ? ».

Face à 70 ans de faillite dans la gestion des déchets nucléaires de la part de tous les pays producteurs de nucléaire, il faudrait que nous, opposant.es, nous ayons une alternative immédiate à proposer pour être légitimes dans la critique de l’enfouissement à Bure, selon la rengaine « on ne condamne pas si on a rien d’autre à proposer » …

En la matière, pour une industrie nucléaire qui génère des déchets toxiques pour des centaines de milliers d’années et dont les accidents peuvent brutalement mettre en danger la vie de millions de personnes ; pour une science atomique dont la mise en pratique concrète est intervenue il y a 70 ans, avant même qu’on en connaisse réellement les conséquences physiques et biologiques, avec les circonstances dramatiques qu’on connaît (Hiroshima) , la sagesse la plus élémentaire nous commande humilité et prudence dans nos réponses.

nucleaire icebergNon, nous n’avons et ne pourrons pas proposer de solutions miracles, parce que les études et les connaissances qu’il faudrait raisonnablement cumuler sur le nucléaire dépassent nos vies humaines. Parce que l’irrémédiable est déjà en cours et que chaque jour le nucléaire nous entraîne davantage dans sa fuite en avant. Fruit d’un système économique capitaliste qui recherche un profit et une croissance rapide, le nucléaire s’est construit et imposé sur une longue suite de mensonges d’États pour des besoins énergétiques d’une industrialisation galopante. Depuis le projet Manhattan qui a utilisé les drames d’Hiroshima et Nagasaki pour démontrer la puissance de l’énergie nucléaire, en vue d’un usage civil ; en passant par l’occultation systématique des études physiologiques sur les populations riveraines des essais et accidents nucléaires ; ou encore avec la pollution découlant de l’immersion, par de nombreux pays et durant plusieurs décennies, de fûts de déchets nucléaires et toxiques dans les eaux somaliennes, et envoyés maintenant dans le permafrost sibérien ; l’industrie nucléaire n’est qu’une longue suite de décisions arbitraires, d’erreurs cumulées et maquillées sous le sceau « confidentiel ». Le bilan quant à lui est effroyable : des millions de leucémies et cancers, de décès et des zones géographiques devenues impropres à la vie et à l’agriculture pour des centaines d’années.

« Énergie propre », « Vitrification pour des dizaines d’années », « Aérations souterraines sans fuites en surface » « Langage pour avertir les générations futures des lieux d’enfouissement », sont autant d’approximations scientifiques et d’affirmations politiques qui peinent à masquer la faillite économique (celle d’AREVA notamment) et l’incurie scientifique1 auxquelles les gouvernements doivent faire face, avec le lourd héritage de décennies d’inconséquence de la politique nucléaire. Et plutôt que de tout remettre à plat à partir de ce constat et de repenser entièrement la politique énergétique, de mettre en suspens toute la production nucléaire sans délais et de redimensionner la consommation électrique en conséquence, on entretient un système qui consomme et consume l’avenir.

Le fatalisme sur lequel s’appuie le lobby nucléaire réside beaucoup dans son affirmation que nulle alternative ne saurait aujourd’hui sérieusement prendre le relais de l’atome dans la production, quitte à occulter pour cela les études sur les énergies renouvelables. C’est substituer l’effet à la cause : il s’agit bien ici d’interroger les politiques en matière d’énergies, de questionner la surconsommation et non le rendement énergétique.

biocarburant-chapatteEt il ne s’agit pas, entendons-nous bien, de faire acheter à chacun.e des ampoules basse consommation tandis qu’on multiplie à l’infini les appareillages électroniques à domicile, mais bien de réfréner drastiquement les industries dans leur production et leur consommation. Des millions d’hectares de serveurs informatiques nourrissent les appétits insatiables des géants du datamining, facebook, google, etc. qui n’imposent plus aucune limite dans les stockages de données ; les éclairages urbains privés, publicitaires et publics se démultiplient à l’infini pour des raisons esthétiques et commerciales, tandis que dans le même temps on fait assaut d’inventivité pour élaborer des éco-labels et normes d’haute qualité environnementale. La tendance va tout à l’inverse d’une sobriété énergétique, c’est une véritable débauche consumériste, dans un univers de constante et omniprésente interconnexion entre les individus et au sein d’une économie mondialisée. Il faudrait questionner avant tout ce modèle économique et social qui dissocie rendement et loisirs de leurs coûts énergétiques.

Mais que faire des déchets ? Arrêter d’en produire ? Et ceux déjà produits ?

 

centrales-nucleaires-60ansLa sueur froide de l’industrie nucléaire et des gouvernements , intimement liés dans le mensonge, c’est la fin de vie de la première génération de centrales nucléaires. Ces vieux dinosaures comme Fessenheim, qui accumulent les incidents techniques, et qui devraient déjà être au rebus mais qui n’ont pas encore trouvé de remplaçants. Des milliers de tonnes de déchets hautement radioactifs issus du démantèlement qui obstruent la file d’attente. La nouvelle génération de réacteurs EPR attend son tour, mais est déjà mal engagée : à Flamanville aussi bien qu’à Olkiluoto (Finlande) on multiplie les incidents de chantiers, les erreurs de conception pour des réacteurs dont le rendement n’est pas démontré mais la dangerosité réelle.

Il faudrait donc remiser rapidement les anciens coucous, pour pouvoir passer à la suite et justifier des décennies d’investissement, plus que coûteux, d’argent public. « The show must go on ! ». Et pour que le show se poursuive, qu’on puisse continuer à vendre des EPR à la Chine, promouvoir un nucléaire civil auprès de tous les « pays émergents », et prétendre renflouer ainsi les caisses très déficitaires de l’énergie atomique, il faut montrer qu’on sait aussi gérer les déchets.

dessin_aurel-9897cC’est là que CIGÉO, le WIPP, le projet d’Onkalo en Finlande, celui en Ontario ou encore en Australie du sud, interviennent : des trous dans lesquels on pourra jeter tout le passé et les déchets futurs, en attendant de trouver une solution hypothétique miracle d’ici 100 ou 150 ans. On plaque quelques garanties vitrifiées par-dessus pour rassurer tout le monde avec des milliers de pages de spéculations scientifiques, et le tour est joué ! Les politiciens peuvent ainsi faire passer la pilule et voter une loi de réversibilité factice par un hémicycle au 3/4 vide, sans qu’on ait besoin de produire aucune garantie technique de faisabilité de cette réversibilité : aujourd’hui on ne dispose pas réellement des moyens de ressortir les colis des galeries si on devait le faire à court terme. C’est le château de cartes syllogistique du nucléaire : si on a l’autorisation c’est qu’on a toutes les garanties et si on a toutes les garanties, ça veut dire qu’on peut continuer à donner des autorisations ou, comme pour le Bois Lejuc à Bure, se sentir assez de légitimité et d’impunité pour s’en passer. Le tout c’est de plaquer dessus un vernis d’acceptabilité sociale2 : d’une part la commission nationale du débat public (CNDP) aménage une consultation publique illusoire tandis qu’en arrière plan on achète massivement le silence des élus à grands renforts de services rendus (parties de chasse dans les bois nouvellement acquis) et de cachets d’argent public du GIP Meuse ou Haute-Marne, et qu’on crée l’omerta par la pressurisation, l’intimidation et la menace habilement orchestrées envers les propriétaires dont on a besoin des terrains pour construire le futur projet. En 15 ans on arrive ainsi à extorquer 3000 hectares de terrain, à réduire toute une population au sentiment de résignation et d’impuissance et à mettre sous coupe tous les conseils municipaux, après avoir écarté habilement les détracteurs. L’acceptabilité c’est les soins palliatifs pour un territoire mis à l’agonie dans la phase préliminaire du projet, c’est faire assimiler la mort de l’espoir, l’irrémédiable, à tout un village, un département, une région …

Que faire alors, si les déchets irradient dans les piscines de la Hague, et qu’il faut arrêter les centrales ? Peut-être, a minima, les laisser et les traiter sur les sites irradiés, là où on a déjà profondément pollué l’environnement, et arrêter de les déplacer partout, de polluer ainsi encore plus l’air pour des solutions hypothétiques. Et surtout, arrêter d’en produire afin d’avoir le recul nécessaire à une recherche réelle et sereine de solutions. Et non un pis-aller qui permette de maintenir la production mais qui repousse le problème, empiré, à la génération suivante.

nucleaire_En tous cas on ne peut décemment pas prendre au sérieux des solutions qui évoluent en temps réel, qui s’appuient sur des expériences désastreuses récentes, qui font l’objet d’une communication opaque et qui sont proposées par des organismes avec une politique aussi mafieuse que L’ANDRA dans la Meuse. Nous ne pouvons pas prendre le risque que les nappes phréatiques qui s’étendent bien au-delà de la Meuse soient polluées et impropres à tout usage, voire qu’elles conduisent à un monstrueux écocide. Tout ça parce que des scientifiques et politiciens inconséquents et vénaux du début du 21ème siècle, soucieux de préserver la continuité d’une industrie faillitaire, auront joué aux apprentis sorciers.

En vérité personne n’a de solutions, ni vous, ni nous, ni eux ! Et lorsqu’on a pas de solutions, on arrête les frais, on se pose et on réfléchit à la réponse. Sinon on continue à accumuler les erreurs et on accentue le problème qu’on prétend résoudre. Arrêt immédiat et total du nucléaire !

1 Incendie au WIPP (USA), pollution des eaux et de l’air autour de la Hague (France), fusion du réacteur de Fukushima (Japon), impossibilité de récupérer les fûts dans la mine d’Asse (Allemagne), incidents répétés dans des centrales nucléaires vieillissantes, etc.) Sur le sujet, voir l’interview sur France Culture de Monique Sené, physicienne nucléaire.

2 Voir le film Poubelle la vie à ce sujet.