Intervention matinale sur les barricades agricoles

Depuis plusieurs semaines, l’Andra ne fait qu’augmenter la tension sur les opposant-e-s à la poubelle nucléaire. Il y a deux semaines, le 23 janvier, une occupante a pris un coup au visage par un vigile lors d’une première tentative d’intervention de l’Andra dans le bois. Une plainte a été déposée pour coups et blessures. La semaine dernière, lundi 31 janvier, Emmanuel Hance, homme de terrain de l’Andra, déversait de l’essence sur une barricade sur laquelle les occupant-e-s de la forêt étaient accrochés.

Alors que l’Andra se gargarise de son respect des procédures juridiques, elle a pourtant fait un nouveau passage en force ce matin du 8 février, pendant que l’audience de Sven se tenait au TGI de Bar-le-Duc. C’est une stratégie de diversion qui a cette fois été choisie par l’Andra et la préfecture. Des voitures de gendarmes ont été envoyées aux entrées de la forêt pour enlever les pneus aux chicanes de la Vigie Sud. Cela leur a permis de libérer le terrain pour intervenir sur leur cible réelle, à savoir la barricade agricole qui protégeait le champ de blé squatté à la Gare de Luméville. Cette diversion leur a permis de démanteler la barricade en évitant qu’il y ait trop de soutien sur place.

Témoignage de 2 personnes qui ont tenté de bloquer les engins

Il était 9h25, on a entendu du bruit, on pensait que c’était les potes, on a entendu un bruit métallique, on a vu la pelleteuse prendre les pneus, on a couru et appelé les gens. On a commencé à s’approcher des pneus et on s’est aperçu au même moment qu’il y avait 2 flics sur le quai de la gare derrière la Vigie Patate, on est allé les raccompagner à la sortie sans qu’ils bronchent car ils savaient qu’ils n’avaient pas à être là ! Y’avait 2 ouvriers avec la benne et la pince, et 4 voitures de gendarmes au début.

– Ça j’ai kiffé, leur dire « cassez-vous ! » et qu’ils s’en aillent.

– On a dit « cassez-vous » ils ont fait demi-tour et ils sont partis… Après on est retourné sur la barricade, on s’est accrochés aux pneus. Ils ont continué de travailler juste à côté de nous, à 5 cm, la pince de la pelle nous frôlait quand elle prenait des pneus, des bouts de mur. Ils nous passaient juste au dessus de la tête avec des bouts de mur.

– Quand la pince s’est relevée je me suis accroché à une de ses dents, mais l’ouvrier n’en a rien eu à faire, il n’a rien ralenti, il m’a soulevé en l’air, à au moins 1,5 – 2 m et continuait de détruire la barricade, puis je suis retombé juste à côté des pneus dans le champ. Là les flics ont essayé de m’approcher, je me suis accroché au reste de la barricade.

– On était dans le pneu et ils se mettaient à moitié sur nous à tirer, à nous enlever de la barricade mais ça ne marchait pas vraiment…

– Y’a un gendarme qui a dit plusieurs fois, « oh je les connais, ils vont faire un sit-in ! », de manière méprisante.

– On ne bougeait pas de ces pneus, ils ont bougé le camion pour aller prendre des pneus plus loin, on a couru de nos pneus pour aller là où ils travaillaient. C’est là qu’ils nous ont sauté dessus. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, j’étais recroquevillée avec ma capuche et j’étais toute compressée, j’arrivais plus à respirer, je savais pas ce qu’il se passait, je criais « arrêtez, arrêtez » mais j’avais du mal à parler. Ça a duré plus de 10 secondes. À un moment ils nous ont lâché et les ouvriers ont continué à ramasser les pneus, les morceaux de murs, les arbrisseaux, et même les épouvAndrails qu’on avait planté…

– C’est dingue, on est des foutu-e-s paysan-ne-s et on vient nous agresser avec des gazeuses ! Ils disaient « c’est que des pneus ! », on répondait « non, c’est plein de gens qui sont venus avec leurs gosses en novembre, des centaines de personnes, pour planter des arbres, semer les terres, construire une barricade pour résister à ce monde de merde ! ». À un moment un flic nous demande « qu’est ce que vous avez cultivé ici ? », on lui répond « enlève ton uniforme si tu veux qu’on te réponde ! ».

– Ils nous ont dit « c’est privé, cassez vous de là, c’est le propriétaire qui nous a demandé ». Le propriétaire, c’est la SAFER de Lorraine, qui met en réserve ces terres pour les futurs chantiers de l’Andra. Mais on ne sait même pas si la SAFER a porté plainte pour ça [alors même qu’une personne a déjà été convoquée, suspectée d’être impliquée dans l’occupation des terres et l’installation des barricades].

Ils ont fini vers 10h20 et sont repartis, après avoir été renforcé d’une dizaines de gendarmes supplémentaires

– On a décidé de reconstruire des barricades et des banderoles. On lâchera rien ! 

Que penser de tout ça ?

Il est clair que l’Andra cherche à nous mettre une pression psychologique. Elle sait que les attentions sont focalisées sur la forêt et que les barricades juridiques tiennent toujours. Elle s’attaque donc à la Gare et aux champs squattés , sur le front de la future voie ferrée (dont les travaux doivent commencer en 2019). Ce qu’elle ignore, c’est que cela ne fait qu’attiser la révolte de tous.tes celleux qui vivent et luttent à Bure, ainsi que celle des habitant-e-s des villages alentours, qui sont fatigué.e.s de l’omniprésence policière. L’Andra pense couper nos racines, mais elle ne fait qu’affûter notre détermination.

La SAFER et l’Andra vont-ils décider de détruire complètement les 2 ha de champs de blé occupé ? Les menaces vont-elles à nouveau se concentrer sur la forêt ?

Ce qui est sûr, c’est qu’on a besoin d’un maximum de soutien à partir du 14 février pour le début de la semaine d’action, le 18 février pour la grande manifestation, et dans les mois à venir, pour vivre et lutter contre la poubelle nucléaire.

La barricade est tombée, mais les champs squattés sont toujours là, toujours de boue ! On en a reconstruite et on vous attend nombreux-euses !

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