Face aux armes de la police

Retour d’expérience écrit aux lendemains de la manifestation du 15 août que l’on publie aujourd’hui.

A quelques jours de la dernière confrontation, la redescente est difficile. Les activités retournent à la normale mais les images et reviviscences envahissent nos consciences comme les éclats métalliques envahissent nos chairs.

La facture humaine est salée : deux bléssé-e-s graves dans nos rangs. Pas question ici d’alimenter une bataille de chiffres ni des descriptions sensationnelles. Nous appelons bléssé-e-s graves les personnes dont les lésions laisseront des séquelles physiques à vie, des personnes avec un corps abimé et une vie modifiée définitivement.

Les médias ne parlent que d’un bléssé grave, car l’autre personne a préféré cacher ses blessures, refuser les soins, taire son nom.

Les autres bléssé-e-s, qui souffrent dans leur corps pour plusieurs semaines avec traumatismes lourds (fracture osseuse, hemorragies interne, plaies; contusions) et des handicaps transitoires, sont carrément innombrables, au risque de les banaliser.

L’impact psychologique n’est pas mesurable mais on le devine. Tou-te-s sommes choqué-e-s. Certain-e-s développeront une rage encore plus féroce de l’ennemi, avec la volonté d’en découdre, des potes à venger, des comptes à régler, les flics devront payer pour ça. Certain-e-s reverront leurs ambitions à la baisse. Trop dangereux. Certain-e-s se replieront, abandonneront un type d’actions voire la lutte. Certain-e-s adapteront leurs stratégies.

Tou-tes avons pris la mesure du danger.

La première ligne, bien qu’elle puisse nous exciter avec son lot de sabotages, de fumées et d’explosions, avec la dose nécessaire de courage, de folie et d’adrénaline, reste un véritable champ de bataille avec ses armes de guerre. dont nous commençons à avoir la triste expérience des dégats.

Non, une grenade assourdissante ne fait pas qu’un gros boum et un coup de vent, l’effet blast est une onde très violente qui traverse les tissus et lèse les organes, qui a plongé nos camarades dans les convulsions et la surdité. Non les flashballs ne tirent pas de fausses munitions, elles ont fracturé les cotes de nos camarades et explosé leurs artères. A d’autres elles avaient pris les yeux pour toujours. Quant aux grenades de désencerclement tout le monde sait qu’elles sont redoutables, trouant vétements peaux muscles et viscères, brûlant et infectant la chair, pulvérisant les chaussures et les pieds en un tas de charpille et d’os en bouillie. A un autre camarade elles avaient pris la vie.

Comment en sommes nous arrivé-e-s là? Aurions nous pu mieux faire face aux blessures et aux détresses psychologiques ? Et surtout, aurions nous pu les éviter? Ont elles valu la peine? Quel est le sens de tout cela?

Sur le champ de bataille de guerre, il faudra y aller carrément prêt-e-s ou plus du tout.

Pas du tout si on n’a pas une bonne raison. Pas pour montrer qu’on est là, ou parce qu’il faut faire des évènements. Sur le déroulement de l’action, nous avons tou-te-s à nous en emparer. ll semble lâche de reprocher le défaut de stratégie à un quelconque groupe supposé action ou organisateur. Médicteam, légalteam – ainsi que toutes autres commissions et individues- portons la responsabilité de l’action collective, à moins d’assumer avoir suivi des instructions comme des moutons, ou comme des poulets (tout spécisme à part). Non nous ne sommes pas que l’accompagnement logistique ni le « service après vente » de l’action, nous avons décidé de la mener et la cautionnons de fait en acceptant de se préparer à récuperer des personnes bléssées.

Nous devrons être carréments prêt-e-s si l’objectif est clair et valable. Les moyens d’éviter les blessures alors seront de partir équipé-e-s, et de savoir rentrer au bon moment. Les lunettes de piscine ne suffisent plus, l’heure est aux masques à gaz, aux chaussures coquées, aux protège tibias, et autres gilets de protection.

Mis à part notre manque éventuel de préparation, une autre grande leçon de cette confrontation est l’insécurité liée au système de secours et de soins officiels qui légitime absolument l’auto-organisation « médic ». Il faut noter qu’aucune personne n’a été arrétée lors de la manifestation / confrontation, mais que l’essentiel de la répression a frappé les personnes bléssées qui ont été identifiées des les interventions par les pompiers et poursuivies jusque dans leur lit d’hopital.

Selon un article de presse, la préfecture a eu possession des comptes rendus des pompiers.

Un-e camarade hospitalisé-e pour un acte chirurgical a subi audition libre et perquisition des ses affaires par la police dans sa chambre d’hopital.

Nous savons que la police peut être autorisée par le procureur, selon une procédure tout à fait légale, à contrôler les identités de personnes « suspectes » dans les services d’urgence et autres services hospitaliers.

Nous savons aussi que la police ne s’encombre pas de la procédure légale, et s’est introduite en force dans les services d’urgence sans autorisation de la direction hospitalière, pour relever des identités de camarades avec la compliance inacceptable du personnel soignant, bien plus soumis à l’autorité qu’au secret médical.

A l’hopital, ielles sont obligé-e-s de vous soigner mais ielles ont (le droit ? le devoir ?) de vous balancer.

A consulter sur le sujet : petit guide du / de la manifestant-e aux urgences, écrit par Sud-Santé-Sociaux de Rennes en cliquant ici.

 

Dans ces conditions, le refus de soins n’est pas un acte inconscient et paranoiaque mais désespérément pragmatique. Le système oblige les camarades bléssé-e-s à choisir entre la santé et la liberté.

Nous, tou-te-s medics et tou-te-s opposant-e-s, devons absolument prendre acte que tout contact avec le système de soins officiel nous expose à la répression, et nous organiser en conséquence, c’est à dire réserver nos appels des secours aux détresses vitales. Beaucoup trop d’appels des secours se font en effet dans la panique et sont évitables ou différables dans le temps. Prenons le temps de réfléchir et de demander conseil : impressionnant n’est pas toujours grave, et grave n’est pas toujours urgent.

Cela implique d’augmenter nos possibilités internes ( évaluation de la gravité, niveau de connaissance, niveau de soin, niveau d’équipement), et aussi de mettre en place des réseaux parallèles de soins : professionnel-le-s ami-e-s, cabinets d’examens ami-e-s, renforcer les liens avec les camarades larges travaillant dans le système de santé (syndicats, associations, ect).

Rien n’est neutre, pas plus le système de soins que la police que la justice que les médias. Nous sommes en guerre, nous le savons. Le gouvernement prolonge l’Etat d’urgence en France depuis près de 2 ans d’une manière indécente, pour rendre toute manifestation illégale; toute plainte contre la police irrecevable, toute contestation massacrable. A bure le 15 aout 2017, la manifestation a été bloquée dès la sortie du village. Les grenades ont été tirées au sol à hauteur des personnes lieu de en l’air, totalement gratuitement et non par nécéssité et sans aucune gradation des moyens.

Et que l’ANDRA tue, que l’Etat tue, nous le savons aussi.

Mais on ne s’arretera pas, on s’adaptera. La guerre continue.

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