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7 août : Fil d’info à couper le Bure

Un espace de non-mixité LGBTIQ a été ouvert voilà deux jours. Des repas et des moments conviviaux y sont organisés. Il est aussi possible d’y lire de nombreuses brochures.

La tente « écoute » a également été mise en place. L’idée de cet espace est de pouvoir parler dans la confiance et la confidentialité de violences et de dominations subies, de moments difficiles. Des permanences sont mises en place en mixité, en non-mixité femmes et en non-mixité LGBTIQ. Peut-être cette tente se développera-t-elle davantage dans les jours à venir.

skippie3Jeudi, le programme était extrêmement chargé ! C’était notamment la journée de lancement des discussions sur la COP 21.

La première discussion, à 10 h, concernait les enjeux de cette grand messe sur le climat qui se déroulera à Paris au mois de décembre. Une discussion en grand groupe, suivie d’une autre session, à 14h, en petits groupes autour des thèmes agriculture, énergie, lien avec la justice climatique, répression, déchets…

Un agenda international des mobilisations de l’automne a été présenté.

Les discussions reprennent vendredi sur ce sujet.

Le matin a également été l’occasion de se parler de non-exclusivite amoureuse et de sortir du conformisme du couple. Inventer et experimenter des relations libres et choisies.

La question de l’antispécisme (la lutte contre l’exploitation des autres animaux par l’humain) fait partie de la réflexion sur le camp. La restauration vegan continue de nous remplir de joie à chaque repas.

Il y eu un atelier « auto-défense physique en manif », mais aussi un atelier d’auto-défense juridique, ainsi qu’un autre d’auto-défense numérique. S’approprier des moyens de protection pour lutter contre un monde ultra sécuritaire semble indispensable sur un camp comme celui-ci, et les motivations pour s’autoformer viennent de partout. Merci à celleux qui partagent leurs savoirs sur ces questions !

skippiebzl2Dans l’après-midi, un atelier rap a aussi eu lieu à la maison de Bure (dessin de droite), on attend d’entendre ça à la radio !

Les discussions sur la gynécologie domestique se sont poursuivies dans le camp non-mixte. On y a abordé des tas de questions liées à nos sexualités, à nos corps et à la manière la plus adaptée de se les réapproprier, et d’éviter le plus possible les contacts potentiellement traumatiques avec la médecine allopathique, qui considère bien trop souvent nos corps comme des machines détachées d’émotions et de ressentis humains…

La question du regain réactionnaire et de l’exrême droite a fait l’objet d’une discussion en fin d’après-midi.Le postulat de départ posé est que l’extrême droite est un groupe hétérogène, et qu’à ce titre ses pratiques sont diverses. On a continué en parlant du contexte de regain d’intérêt pour ce groupe politique, regain qui pourrait éventuellement s’expliquer à travers les évènements récents (la mort de Clément Méric, les manifs pour tous…). Plus globalement, le constat est fait de la droitisation du paysage français et de la lepénisation des esprits. Le discours d’extrême droite devient décomplexé, et les idées qui y sont liées touchent une frange plus élargie de la société. Il est constaté aussi que les médias tendent à paticiper à la projection de ces idées, ainsi que les réseaux sociaux qui ont été largement investis par l’extrême droite. Enfin, les moyens de lutte sont discutés à travers une autocritique du mouvement antifa, le constat d’une nécessité de vigilance quotidienne face à la banalisation de certains propos et actes (racistes, sexistes, etc…) ainsi que celle de continuer à réfléchir collectivement pour effectuer un travail de veille, d’intervention et d’analyse pour lutter contre ces idéologies, en contextualisant ces outils par rapport aux territoires dans lesquels ces luttes s’inscrivent…

Dans la même veine, un autre débat a concerné le confusionnisme (théorie du complot). Il semble que des personnes confusionnistes aient manifesté leur vision du monde lors de cette discussion. Les participant.es ont essayé de définir le confusionnisme, les « confus ». Certains le définissaient comme un mélange des idées traditionnellement attribuées à la droite et à la gauche. Déconstruire leur discours ne suffit pas, on débusque la confusion à l’aune des actes militants des uns et des autres.

Il y a eu également une discussion sur la présence de l’alcool dans nos luttes. C’était une discussion détendue en grand groupe. Certain.es ont parlé de leurs expériences par rapport à l’alcool sur des lieux d’occupation, ZAD, camps, squat…). Notamment le fait que les lieux collectifs où l’alcool était interdit ne survivaient pas longtemps à cette interdiction. Certain.es pensaient que l’alcool pouvait nuire à l’image d’un lieu, d’autres expliquaient les circonstances qui menaient à l’alcoolisation. Une discussion en plus petit groupe a suivi sur l’alcool dans le cadre des lieux occupés et des questions comme : comment remplacer l’alcool, quelles solutions inventer ?

skippie2Réunions et ateliers :

Un incroyable atelier « Chant de luttes » a donné lieu à des créations vocales (à plusieurs voix) de haute volée sur des chansons comme « Je suis fille de.. », « Allez les gars », « Fusk Ushima »… (ci-dessous!)… Les participant.es en redemandent et les lanceuses d’atelier comptent bien en proposer un nouveau dans la journée de samedi. Pour plus de renseignements, regardez le programme mural du point info !

Une réunion non-mixte a eu lieu pour définir un moment de discussion collective mixte sur le sexisme, afin de réagir aux agissements dénoncés lors de l’AG de mercredi soir. Les participantes souhaitent expliquer le sexisme, le féminisme et l’interconnexion (l’intersectionnalité) des luttes en faisant preuve de pédagogie.

skippie1En soirée, un apéritif était proposé à Bonnet, un village proche, suivi d’une discussion sur l’avenir des terres agricoles et la question foncière : la façon dont l’ANDRA s’approprie toutes les terres autour du lieu du projet d’enfouissement. Une mobilisation des agriculteurices en colère serait un soutien fort. Des copains-copines de COPAIN (44, association de paysan.nes qui luttent contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) étaient présent.es pour échanger avec les paysan.nes du coin sur les modalités de défense d’un territoire face à un projet imposé…

La chaleur est toujours de rigueur, pensez à picoler de l’eau à tout va !

 

 

Contexte et historique de la lutte locale contre Cigeo

Le 3 août à 10h00, une grande discussion a eu lieu sur le contexte local de la lutte contre Cigeo et l’Andra. Nous étions entre 150 et 200 personnes. Différentes associations sont venues nous parler du processus qui a été mis en oeuvre pour implanter le « Centre industriel de stockage géologique » dans la région.

NB: Ce compte-rendu a été retranscrit par deux personnes volontaires, elles ont tout fait pour rester fidèles à ce qui s’est dit oralement, et nous invitons toutes les personnes qui voudraient approfondir cet aspect à se renseigner auprès du collectif Bure Stop, qui fédère toutes les initiatives locales d’opposition à l’Andra et à son projet Cigéo.

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Un représentant du Cedra 52 (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) commence à nous expliquer l’historique. Dans les années 80, les industriels des pays nucléarisés se retrouvent confrontés au problème des déchets nucléaires. La solution étant alors de les jeter en mer. L’enterrement des déchets a donc été envisagé dans la Creuse, mais la population n’a pas été consultée. La population locale, découvrant la situation, entre en résistance, suivie par les élus.

En 1987, quatre départements sont ciblés mais la situation n’était pas claire sur la localisation envisagée. Un moratoire est décidé en 1990 suite à la rebellion de la population.

En 1991, le député (PS) Christian Bataille est à l’initiative de la première loi relative au traitement des déchets  : il recherche des sites candidats en France avec un projet de laboratoire souterrain, un accompagnement économique pour les régions impactées, et des promesses d’emplois.

Fin 1993, quatre départements sont envisagés par Christian Bataille : la Vienne, le Gard, la Haute Marne et la Meuse, ces deux derniers ayant une frontière commune. La Meuse et la Haute Marne seront finalement retenus, avec Bure comme cible.

Jean-Pierre Remmelé, maire de Bonnet entre 1995 et 2014, agriculteur retraité, prend la parole pour raconter avec émotion l’implantation de Cigéo. Quatre ZIRA (Zone d’intérêt pour la recherche approfondie) sont envisagées sur la communauté de communes. Ce qui crée des tensions entre les quatre municipalités (Mandres-en-barrois, Ribeaucourt, Bonnet, Bure), car chacune convoite la «  descenderie  » qui est présentée comme un important facteur de développement économique.

Dans la commune de Bonnet, le conseil municipal vote à l’unanimité contre le projet. En octobre 2009, toutes ces municipalités sont invitées par l’Andra à la présentation du projet. Finalement, c’est une cinquième ZIRA qui est retenue, malgré le fait que personne n’en a entendu parler  ! Il s’agit de Bure. En janvier 2010, lors d’une autre réunion, les 4 maires sont réunis autour d’une table et font face à quatre fonctionnaires  : le préfet, le secrétaire de la préfecture, une stagiaire de l’ENA, et… le chef des RG de la région  ! Trois maires sur quatre souhaitent consulter leurs administrés, mais la préfecture sort alors un texte interdisant les référendums locaux. Seule la mairie de Bonnet tente de s’opposer en évoquant le principe de précaution en prenant une délibération contre l’enfouissement, entamant ainsi une bataille rangée contre l’ANDRA, et donc ontre l’État.
L’association EODRA (Elus opposés aux déchets radioactifs), avec le soutien de la population locale de la Meuse, rechigne car la loi Bataille imposait la création de plusieurs laboratoires, et cela n’est donc pas respecté.

En janvier 2000, un second laboratoire est donc envisagé parmi 16 départements candidats. Parmi eux, la Corrèze, département dont F. Hollande était député. Sous la pression des opposants, le projet du second labo est rejeté, alors que Hollande avait voté pour la loi Bataille de 1991.

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La mobilisation locale
L’opposition locale prend corps en 1994 avec une première manifestation contre CIGEO, à l’appel de diverses associations comme le CDR 55, le CEDRA ou l’EODRA, regroupant plusieurs centaines d’élus meusiens ayant signé contre CIGEO.

Corinne, militante locale, raconte : « En 1994, l’association Meuse Nature environnement a lancé l’idée de créer des collectifs de résistance. L’ensemble du département s’est mobilisé, on a fait des chaînes téléphoniques, des réunions mensuelles, des blocages du Conseil général, des manifestations, des recours juridiques, etc.. Car en 1994, à la vue du cahier des charges de l’ANDRA, on s’est rendu compte que le projet était de confiner les remontées radioactives en surface. Au fur et à mesure, on a découvert les dangers et l’ensemble des problèmes mettant en péril les générations futures, l’eau, les nappes phréatiques, etc. Le but de l’ANDRA est d’enfouir le problème pour 100 ou 200 ans. Il y a donc un risque que les générations futures ne puissent plus connaitre le lieu exact de la contamination. Le travail, avec des experts indépendants, met en évidence des problèmes techniques que l’ANDRA n’a toujours pas résolu : les déchets produisent de l’hydrogène qui peut devenir explosif, il y a donc des risques d’incendie en grande profondeur. Sans parler du transport  : il y aura deux convois de matières radioactives par semaine pendant 130 ans. Un risque insensé d’accident et de contamination. Comment prédire l’imprévisible?»

Jean-Marc Fleury, président de l’association EODRA, renchérit  : « la question du coût de cette opération est largement éludée par CIGEO alors que l’on sait qu’il s’agit aujourd’hui d’une opération de quelques 35 milliards d’euros, minimum. Et si les porteurs de ce projet suivent les recommandations de sécurité de l’IRSN et de l’ASN, on est au dessus de 50 milliards. L’État en a-t-il les moyens ? Non. Sur quoi va-t-il devoir rogner ? Il n’y a aucun contrôle, ni technique ni financier. Je fais partie du CLIS (Comité Local d’Information et de Suivi). En 2000, nous avons commandé une contre expertise. On s’est trouvé face à un gros problème : impossible d’expertiser le programme de l’ANDRA, car il n’y avait tout simplement pas de programme de recherche  ! Ici, ce qui est recherché par les sociologues et psychologues payés par l’ANDRA, c’est la capacité d’une population à accepter un tel projet. C’est la seul chose étudiée ici. A chacune de nos questions, l’ANDRA répond par l’opacité. Aujourd’hui, environ une quinzaine d’associations se battent contre le projet, avec chacune ses spécificités et ses modes d’action (manifestations, information citoyenne, actions juridiques, participation à la lutte anti-nucléaire nationale, etc.).

Irène, du collectif des Habitants Vigilants de Gondrecourt, explique  : Aujourd’hui le projet de poubelle nucléaire, une sorte de « CIGEO Valley » a permis à d’autres d’entreprises liées au nucléaire de prospérer aux alentours du labo. Par exemple  : à Saudron, Syndièse, un projet du CEA, est une usine de biocarburants dite «  de 2ème génération  » à 22 millions d’euros, destinée à engloutir la forêt alentour car le procédé utilise le bois. Le tout avec un permis de construire non déposé  ! A Velaine-en-Haye, EDF a construit une centrale logistique de pièces de rechange pour son parc de centrales nucléaires (37 millions d’euros). A une trentaine de kilomètres de là, à Void-Vacon, une plate forme de transit a été construite en 2009 par une filiale d’Aréva. Il s’agit d’une aire de repos de matières radioactives en provenance du Tricastin. Autre exemple: à Saint-Dizier, une usine de maintenance nucléaire pour Areva et EDF est en cours de construction pour 42 millions d’euros. De multiples entreprises devraient encore voir le jour autour de CIGEO.

Claude Kaiser, Association La Graine. « Dans la Meuse, on trouve ici concentrées toutes les horreurs du capitalisme. On nous a dit « peut importe ce que vous pourrez dire, vous l’aurez, la seule façon d’empêcher l’implantation de CIGEO est de mettre 10.000 personnes dans la rue ». Mais avec 7 habitants au km2, comment mettre 10.000 personnes dans la rue ? C’est bien la raison pour laquelle ce site a été choisi, nous a-t-on répondu. Je n’ai plus aucun espoir dans ce système. Il faut mettre en place un rapport de force, car ils ne comprennent que ça. Aujourd’hui, on sent un vrai renouveau dans la lutte. La mobilisation a pris un bel essor avec le blocage du débat public en 2013. Ce pseudo débat a été perturbé puis finalement empêche par des centaines de militants locaux. Pour les vieux militants que nous sommes, c’est un grand coup de fouet et beaucoup d’émotion. Il y a eu les 100 000 pas à Bure le 7 juin, l’occasion de réunir prés de 2000 personnes. On n’avait pas vu ça depuis longtemps. Et désormais, le projet mobilise bien au-delà de la Meuse et la Haute Marne. Par l’action de TOUS, dont le camp VMC, on sent que le rapport de force commence à se structurer. Un des problèmes reste que les gens pensent qu’ils n’ont pas les moyens de faire arrêter le projet. Maintenant, je pense qu’il est possible de mettre ces 10 000 personnes dans la rue. Et ça commence aujourd’hui !

Questions dans la salle

En quoi la loi Macron accélère t-elle le projet de BURE ?
A l’origine, il y a la loi Bataille de 91, puis une nouvelle loi sur les déchets nucléaires votée en 2006. Cette dernière, relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, définit une politique nationale, renforce la transparence dans ce domaine, et met en place des dispositions de financement ainsi que d’accompagnement économique. L’autorisation pour l’enfouissement en couche géologique profonde ne sera délivré que si la « réversibilité » du stockage est assurée pour au moins 100 ans. Mais il y avait une date limite pour l’autorisation de la création d’un centre de gestion durable des déchets, et ce délai arrive à terme. C’est pourquoi le gouvernement a accepté, dans la dernière loi Macron, de valider un amendement – déposé par Gérard Longuet, sénateur LR de la Meuse –qui entérine cette « réversibilité ». (Même si le 6 août, nous avons appris que le Conseil constitutionnel vient d’invalider cet amendement).
Mais la « réversibilité » n’est qu’un concept psychologique pour assurer l’acceptabilité sociale. L’Andra est capable de truquer les résultats scientifiques et les associations luttent juridiquement. Le cahier des charges est public. Mais le site de l’ANDRA est tellement blindé de documents qu’il est difficile de s’y retrouver. Au CLIS, on a commandité une contre expertise. Ce ne fut pas possible car il n’avait pas de programme de recherche à expertiser! C’est une anecdote invraisemblable à propos de la supercherie de ce projet. Cela pose aussi le problème de la capacité d’une population à accepter un projet aussi terrible.
Nous connaissons un centre d’enfouissement, le WIPP au Nouveau Mexique (USA) où il y a eu, en février 2014, un accident suivi de fuites radioactives. Les futs les « moins dangereux », qui du moins n’auraient pas été envisagés comme dangereux, ont contaminé 21 ouvriers et les installations souterraines. Il n’y a que très peu d’information relayé mais Mediapart a réalisé un bon dossier sur ce sujet.

Combien de personnes travaillent autour du projet et combien d’emplois sont prévus?
La totalité des emplois directs et indirects est de 280, répartis sur les deux départements. Mais il n’y a qu’une dizaine de personnes réellement du coin qui sont employées. Loin des promesses formulées au début.

Pourquoi ne pas boycotter les instances crées par les institutions ?
Le CLIS de Bure est le seul (organe) qui ait de réels moyens financiers. Grâce à lui, plusieurs études ont été réalisées grâce a l’intervention des opposants.

5 août : Fil d’info à couper le Bure

DSC_9280Deux jours depuis le dernier fil d’infos, et tant de choses à raconter. Les arrivées se sont multipliées et le campement fourmille de près de 700 personnes qui s’activent partout, se retrouvent, se donnent des nouvelles, s’occupent de missions de la vie quotidienne, rejoignent les différents lieux de discussions et ateliers, partent en balade.

Entre autres choses, ce matin, une partie du collectif Mauvaise troupe, auteur de « Constellations, trajectoires révolutionnaires du jeune 21è siècle », propose une discussion dans le grand chapiteau. Ils et elles commencent par des lectures de récits de plusieurs NoTav sur des batailles dans la Vallée, et d’habitant.e.s de Notre-Dame-des-Landes et des alentours qui évoquent les premières assemblées de lutte et comment elles ont évolué en réunissant de plus en plus de personnes différentes, ou du rapport aux médias. Puis s’enchaîne une présentation du mouvement NoTav, de sa dimension populaire, des moments forts qui ont construit un sentiment de puissance collective et de solidarité. La lutte de Notre-Dame-des-Landes, nourrie d’une histoire de lutte assez différente, met davantage de temps à prendre une dimension populaire. Mais une notion émerge qui permet de dépasser la question de la lutte contre l’aéroport et d’envisager quelle serait la vie sur la ZAD après l’abandon du projet : comment faire commune, pas au sens administratif actuel mais au sens de la Commune de Paris, du mouvement ouvrier à Nantes en 68 ou d’Oaxaca. Comment revenir sur les succès et les échecs liés aux histoires de ces luttes, comment se construire à partir de ça ; autrement dit de mettre en commun, des forces, des visions, construire ensemble.

En parallèle avait lieu un atelier autour des médias, de l’automédia et des médias libres, avec des personnes qui travaillent sur des projets de sites d’infos alternatives comme Paris Luttes Infos, La Rotative, ou sur des versions papier automédia type journaux de ZADs (Roybon, NDDL…). La discussion s’est ouverte sur la question juridique de l’automédia et le rapport à la loi en particulier, notamment autour du droit de diffusion, du droit de réponse à la presse bourgeoise et de la responsabilité des écrits produits. Puis plus concrètement, ont été abordées en vrac les questions de nos financements et de la mutualisation de nos ressources, de l’autonomie face à la diffusion de nos médias, de la présence de journalistes plus ou moins problématiques sur nos espaces de vie (et de comment l’on pourrait s’en prémunir…)…

Dans l’après-midi, une balade est partie du camp pour continuer à explorer les environs.

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Dans le même temps, une discussion avait lieu sous le grand chapiteau à propos des ZADs. Nommée « Retours critiques sur les ZADs et perspectives« , cette discussion a permis d’explorer les déconvenues et les réussites liées à cet outil qu’est une « ZAD », d’aborder de façon approfondie la question de l’ancrage local et l’importance d’un terreau de lutte qui va au-delà de la simple occupation par des squatteureuses. Le retour sur la ZAD de Sivens, notamment, a été l’occasion de faire le bilan sur les oppositions qui ont pu naître entre locaux/locales et occupant.es et les incompréhensions qui en ont découlées. Des interventions autour d’autres ZADs (Roybon, Notre-Dame…) ont pu permettre d’inscrire cette forme de lutte dans une temporalité historique et d’ouvrir le débat sur la nécessité d’une mémoire collective. Enfin, à partir d’expériences de la ZAD de Notre-Dame, l’échange s’est ouvert sur les perspectives liées à ces formes d’occupation et sur comment elles pouvaient être l’occasion d’arracher à l’état des espaces de vie où il serait possible de réinventer nos vies au sens large, de déconstruire nos rapports notamment de domination et nos constructions oppressives, et de travailler à dépasser l’entre-soi militant et la tendance à s’enfermer sur nos modes de vie respectifs. La discussion s’est finie sur la nécessité de dépasser et se détacher de « la ZAD » et de ce que ce terme peut aujourd’hui véhiculer, notamment à travers l’usage qu’en font les médias, et sur l’importance de ne pas brider nos imaginaires dans ce terme, ainsi que de construire l’hétérogénéité autour de ce que nous offre ces espaces de vie et de faire des ponts entre nos luttes.

Dans la soirée, une assemblée générale extraordinaire a été proposée à mi-camp. Cette assemblée a été l’occasion d’évoquer les questions de dominations sexistes, transphobes, lesbophobes ou racistes vécues sur le camp.

Dès le début de l’assemblée générale, qui se déroulait sous le chapiteau central après le repas du soir, un groupe a demandé la parole et a lu un communiqué pour dénoncer les différentes formes d’oppression et de domination constatées sur le camp. Cette prise de parole a entraîné de longs échanges sur ces questions, et la manière dont elles étaient prises en compte dans nos luttes de manière générale, et sur l’espace du camp en particulier. Bien que la tension ait été palpable toute la discussion, et les échanges parfois peu sereins, des ressentis très forts liés aux oppressions vécues ici ont pu être exprimés, et la nécessité d’ouvrir d’autres espaces de discussions liés aux questions du sexisme dans nos milieux a été posée de façon claire. Suite au(x) prochain(s) épisode(s) donc…DSC_9363Différentes commissions ont également présenté des informations d’ordre technique sur la vie du camp. Quelques éléments en vrac :

– le nombre de personnes participant aux commissions (Vladimir, Martine, Nestor, etc.) qui contribuent à la vie du camp est assez faible par rapport au nombre de personnes présentes (environ 160 sur 600). Inscrivez-vous à l’espace dédié, sous la tente qui accueille le Point Info (espace central);

– le camp a un coût (à vue de nez, 29 000 balles) et 15 000 euros ont été récoltés avant le camp et depuis le 1er août. Plusieurs caisses de soutien sont disposées à l’accueil, à la tente infos, aux différentes cantines, pour accueillir les contributions ; le détail des dépenses est consultable auprès de l’équipe thunes.

– des crieurs et crieuses circulent dans le camp avec les petits messages qu’ill et elles trouvent dans la boîte de la tente Infos. Si vous avez une info à faire passer, vous pouvez faire appel à elles !

– le collectif Bla est présent avec son matériel de traduction simultanée et a mis en place une caisse prix libre pour être soutenu. On salue également le travail impressionnant des volontaires polyglottes qui traduisent en direct en anglais, allemand, russe, espagnol, portugais les discussions du grand chapiteau.

– l’équipe anarcho-pompiers a fait un point sécurité ; vu la chaleur, faites gaffe aux départs de feux !

– l’équipe médic manque de personnes motivé.es et formé.es. Pour remédier à ça, illes proposent un atelier « Conseils en action » jeudi à 17h30 ainsi qu’un rendez-vous « Formation street médic » à 19h, le tout à la tente médic derrière la gare.

– enfin, une éolienne est en cours de construction et sera finie aujourd’hui. Vers toujours plus d’autonomie !

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Nous profitons de ce fil d’info pour lancer un petit appel. Etant donné que la maréchaussée procède à de plus en plus de contrôles dans les environs du camp, nous serions rassuré.es si nous pouvions compter sur le soutien d’avocat.es ami.es. Qu’illes n’hésitent pas à nous contacter s’illes veulent apporter leur aide.

 

A bientôt pour le prochain fil d’infos.

Radio Active 88 FM : VMC sème ses ondes

DSC00147Depuis dimanche soir, une antenne autogérée émet sur la fréquence 88 MHZ, audible dans un rayon d’action de quelques kilomètres autour du campement VMC. Annonces info-traflics, interventions ponctuelles et spontanées sur la vie du camp, reportages et témoignages réalisés par l’équipe Automedia… Un outil que chacun.e peut s’approprier au cours du rassemblement, en apostrophant les copines et copains de l’automedia.

Ceux qui ont quelque chose à dire, n’hésitez pas à venir nous voir. Pour les autres, à vos transistors !

Jour J : Fil d’info à couper le Bure…

DSC_9055Nous y voilà, le camp est dressé ! Des copains et copines s’installent, toujours plus nombreux-ses, et des tentes poussent comme des chardons (ardents) dans l’espace camping. Les nouveaux arrivant.e.s gagnent la tente info où on leur explique le fonctionnement du campement, les différents groupes qui se réunissent entre eux pour éviter de faire des assemblées générales trop souvent, les tâches du quotidien qui tournent entre ces groupes… Autant dire que ça fourmille dans tous les sens car une partie du montage et du défrichage du terrain reste encore à faire, mais pas d’inquiétude, on ne manque pas de bras et de bonnes volontés. Un atout pour le moral des participant.e.s : la nourriture est toujours aussi bonne. L’Est Républicain, pour sa part (édition du 2 août), sort sa prose bucolique en parlant d’un « repas frugal, végétarien et véganien [sic] ».

Pendant ce temps, le camp des Ami(e)s de S!lence s’achève dans la bonne humeur. Surtout que certain.e.s ont décidé de rester pour nous tenir compagnie. Chouette!

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Cet après-midi, la grande AG de lancement a rempli le chapiteau principal. Le collectif VMC et les différentes commissions ont été présentés, avant d’aborder une longue discussion sur les perspectives de ce rassemblement qui nous a occupé jusqu’à 20 heures. Nos ami(e)s non francophones ont pu les suivre et y participer grâce au matériel du collectif de traduction BLA, et surtout grâce à des participants volontaires polyglottes qui ont traduit les propos de l’assemblée en simultané.

La tente ciné a été installée ce soir, et le vélo projecteur inauguré par la même occasion — un tandem bricolé pour fournir du courant 24 V et assurer l’alimentation d’un ordi portable et d’un vidéoprojecteur. C’est « Bouh! », un documentaire qui retrace la vie collective du squat grenoblois « Les 400 couverts », qui a ouvert la première séance de projection (une quinzaine de films seront projetés durant toute la durée du campement).

Sur les routes et alentours, la maréchaussée est sortie de sa réserve ce dimanche. Quelques contrôles sporadiques ont eu lieu à Ligny et Houdelaincourt, sur des axes de circulation empruntés par toute personne venant nous rejoindre. Pour éviter les mauvaises surprises, un collectif local, La Graine, assure depuis samedi une vigie permanente, dès six heures du matin, à l’entrée du village de Mandres-en-Barrois, situé à moins de six km de nos bases. En fin de journée, ils ont reçu la visite d’un fourgon de gendarmerie qui s’est arrêté quelques instants. Une visite de courtoisie, semble-t-il…

DSC_9086Lundi 3 août, c’est l’ouverture des discussions. Cette première journée sera dédiée à la lutte locale contre Cigéo. Dès le début de la matinée, les associations de la région regroupés dans le collectif Bure Stop, qui s’échinent depuis bientôt vingt ans contre ce nuisible projet d’enfouissement des déchets nucléaires, viennent faire un historique de la lutte passée . Ensuite, une petite balade sera proposée pour découvrir les environs (la première d’une grande série). Nous ferons une halte à Mandres au moment du repas du soir et regagnerons le camps en empruntant d’autres itinéraires qui restent encore à construire…
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J-2 : Fil d’info à couper le Bure

DSC_8937On y arrive, plus que deux jours et ça commence ! Au réveil nous étions environ 70 pour l’assemblée de chantier de la journée. Il arrive du monde en continu à Bure et sur le terrain : on quitte l’entre-soi des derniers jours pour entrer de plein-pied dans la dimension du campement. Il n’y a pas de mystère, à beaucoup on fait bien plus de choses : tous les chantiers peuvent avancer simultanément avec 4-5 personnes sur chacun. Nos problèmes les plus épineux d’approvisionnement en eau et en électricité se résolvent au fur et à mesure, grâce à l’afflux de nouvelles idées et expériences. DSC_9006Partout les structures s’érigent et apparaissent comme des champignons : celles qu’on prévoyait et celles qu’on a l’heureuse (et parfois un peu moins heureuse) surprise de découvrir. Ce matin on a fait un gros point sur la bienveillance collective : bruit, chiens (à ce propos, merci de lire les informations pratiques en rouge ICI), alcool, viande grillée et autres sujets qui peuvent fâcher et qu’il est toujours bon d’anticiper.

Parallèlement, le camp des Ami-es de Silence arrive à son terme dans une ambiance joyeuse, avec une soixantaine de personnes. L’exercice un peu difficile de partition du terrain a finalement fonctionné bien mieux que nous l’espérions mutuellement : mardi soir une pièce de théâtre et aujourd’hui une promenade de découverte de la région ont réuni les un-es et les autres. Ce soir nous lancerons une première projection sur le terrain, du film  « Poubelle la vie » sur le terrain, pour présenter le campement VMC aux Ami-es de Silence.

En ce qui concerne l’ambiance dans les environs, on voit peu de gendarmes et on s’en porte bien. Il faut croire que tout le monde (en interne ?) n’a pas du apprécié l’excès de zèle de la semaine passée. Ce midi une estafette était postée au carrefour de Mandres mais pas de contrôles à signaler. Néanmoins prudence sur les routes : grosse opération de contrôle routier prévue sur 18 départements de l’est de la France selon Loractu (info à prendre avec prudence et sans déductions hâtives : pour l’heure on a qu’une seule source pour cette opération). Par contre on apprécie peu que des camions de surveillance surmontés de mats et caméras télescopiques longent notre campement avec leur escorte. Ça ne correspond pas trop aux moyens matériels légers qu’annonçait le préfet dans son interview de lundi.

Si jamais vous vous en voyez/subissez/craignez d’en subir, un numéro a été mis en place pour nous signaler ou se renseigner sur les présences policières autour de Bure. Il s’agit du 07.58.23.08.97.

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La vraie photo de notre campement

Côté médias, les appels continuent d’affluer sur le téléphone presse (+33(0)6.05.72.43.75), de l’Allemagne et les médias nationaux à présent. On sent que la communication des derniers jours n’a pas été vaine : nos messages concernant le projet de campement commencent à ressortir assez fidèlement dans les articles que nous pouvons lire. Ci-contre une petite dédicace à Reporterre qui s’est trompé de 45° dans la prise de vue de notre campement; il s’agit en vérité de la ferme de notre voisin. Le réseau sortir du nucléaire nous a fait une chouette publicité avec son communiqué.

On vous attend impatiemment ici, on est désolés de ne pas pouvoir davantage répondre aux sollicitations pour les covoiturages, on manque de voitures et des places dans celles qui viennent. Bon courage à vous pour celleux qui viennent en stop et à très vite !

Venir à Bure : info traflics, covoiturages et navettes

1401129836_2064537698 INFO TRAFLICS – samedi 8 août

12H00 : méfiance aux alentours de Mandres-en-Barrois et Bonnet, deux villages proches de Bure. Des contrôles ont eu lieu.

Vendredi 7 août :

Journée chaude pour la maréchaussée !

23H50 : un camion de gendarmes mobiles sur le parking de l’hôtel-restaurant de l’Andra, des gendarmes derrière les grilles du bâtiment.

22H30 : 2 camions de gendarmes mobiles et une vingtaine de flics en gilets au niveau de l’antenne, sur la route vers Bure (D132).

22H10 : des flics au niveau de la ferme à la sortie de Mandres (l’un de leurs postes d’observation préférés).

20H30 : 2 canons à eau, 2 fourgons de GM, une voiture partent de Joinville. Ah oui, et aussi 20 camions de GM sur la nationale Chaumont-Saint Dizier, vers Joinville.

17H30 : contrôles conducteurs sur la route Joinville-camp, avant Saudron.

16h20 : 2 voitures de gendarmerie entre Mandres et Bure, dans les champs. Et aussi, 2 autres, en fourgonettes, posées sur la route de l’église vers Bonnet quand on vient de Mandres, entourées d’une quinzaine de bleus. Décidément, le camp c’est trop the place to Bure.

16h10 : 3 cars de CRS et 8 véhicules plein de GM se sont joint à leurs potes à l’entrée de l’autoroute à Chaumont. On en est donc à 18 véhicules de GM, 3 cars de CRS et 2 véhicules anti-émeutes, et 2 voitures de gendarmerie sont arrêtées entre Mandres et Bonnet, youpi.

11h : voiture banalisée grise garée près de BZL depuis 20mn…

COVOITURAGES et NAVETTES

On reçoit pas mal de demandes pour venir à Bure dès à présent et du 1er au 10 août. Nous vous invitons à ajouter vos demandes et vos propositions sur le site covoiturage-libre.fr ou sur toute autre plate-forme similaire qui vous conviendrait. Bure (55290) est maintenant disponible dans les options du site,  mais Luméville-en-Ornois est le village le plus proche du site, vous pouvez donc l’indiquer comme destination.

Vous pouvez publier une nouvelle annonce en indiquant que vous êtes passager-e à la recherche d’un-e conducteur-ice vers Luméville-en-Ornois ou Bure : http://www.covoiturage-libre.fr/nouveau.php.

Si vous venez de Paris, vous pouvez également prendre un covoiturage pour Nancy et descendre à Ligny-en-Barrois. De là, il y a possibilité de rejoindre Bure en faisant du stop devant le magasin Carrefour (route D966 au sud de Ligny en Barrois). Ca marche aussi si vous venez de Nancy.  

Si vous venez en voiture et que vous voulez connaître la présence ou non de checkpoint de contrôles (rares mais existants) sur les routes, appeler au numéro Bison futé : 06.05.72.43.75. Lisez les conseils juridiques en cas de contrôle routier avant de venir.

Nous tenterons également, dans la mesure de nos possibilités, d’organiser des navettes entre Bure et Joinville pour les personnes qui arriveraient en train (horaires de train ici et ). Si vous  êtes coincé.e.s à Joinville ou en stop sur les petites routes autour de Bure, appelez au 07.53.39.67.03 (n° navettes) pour qu’on voie si on peut venir vous chercher.

Circulez, y’a plus rien à voir, la loi Macron fait passer à la sauce 49-3 le feu vert à l’enfouissement des déchets nucléaires

*Communiqué Coordination BURESTOP* (BURESTOP 55 + EODRA + BZL + HABITANTS VIGILANTS + MNE + MIRABEL LORRAINE ENVIRONNEMENT)

COMMUNIQUE Jeudi 9 juillet 2015 Cigéo/BURE :

Circulez, y’a plus rien à voir, la loi Macron fait passer à la sauce 49-3 le feu vert à l’enfouissement des déchets nucléaires !!

 

*Les promoteurs de Cigeo, après maintes tentatives malheureuses pour fourguer celui-ci au sein d’une loi qui n’a rien à voir, réussissent leur coup.* *La Coordination BURESTOP dénonce ce tour de force indigne, démonstratif des « méthodes » dans le monde du nucléaire.*

Mercredi 9 juillet 2015, en troisième et dernière lecture à l’Assemblée nationale, le gouvernement a imposé la loi Macron en ayant une ultime fois recours à l’article 49-3 et passant donc outre le débat à l’Assemblée nationale, avec en prime un beau cavalier législatif : le feu vert déguisé à Cigeo/BURE.

*C’est expéditif, scélérat, imprudent, dangereux, malhonnête, totalement inféodé au pouvoir des lobbies industriels et terriblement méprisant de l’opinion citoyenne.**


*** L’article /201* /impose sans discussion sa propre définition de la réversibilité. L’autorisation de construire Cigeo sera donnée sans demander l’avis des parlementaires comme prévu initialement et l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) va peut-être faire l’économie des recherches sur le sujet qu’elle projetait en 2015. Pas de précision sur la fumeuse phase « pilote » qui n’est autre que la phase de lancement de l’enfouissement. Sur l’issue de celle-ci, aucune date, aucun cahier des charges : l’Andra a les coudées franches et… le flou dont elle a besoin pour travailler toute seule dans son coin, sans regard démocratique extérieur.

Un bel exemple de l’incroyable pression qu’exercent à tout prix et en toute impunité les adorateurs du nucléaire (et les lobbies du BTP ?) qui font, malheureusement, la loi dans ce pays. Et pourtant. Les déboires financiers colossaux d’Areva, le flop industriel enfin révélé de la construction d’un EPR qui ne fonctionnera jamais (cuve en acier défectueux et bétons poreux) n’arrivent toujours pas à émouvoir une classe politique aveuglée ou soumise.

Comme le laboratoire de Bure, Cigeo et sa phase « pilote » sont là pour faire croire qu’il existe une solution aux déchets nucléaires. Par ce biais, c’est la prolongation de la durée de vie des réacteurs que le Gouvernement cautionne aujourd’hui. L’enfouissement des déchets nucléaires les plus dangereux est un projet extrêmement coûteux, technologiquement immature et, pour de nombreux experts, irréalisable. Alors que Cigeo/BURE est annoncé comme le plus gros chantier d’Europe à venir, il y a de quoi s’inquiéter. En attendant, ce sont les consommateurs qui paient et paieront les erreurs de décision de leurs élus.

*Pour les associations et collectifs de la Coordination BURESTOP, cette manoeuvre est indigne mais elle ne change rien.

* Faire l’économie d’une bonne explication du projet Cigeo, tant citoyenne que parlementaire, n’est pas forcément un bon calcul. Leur détermination est inchangée et la mobilisation continue. De nombreuses actions sont prévues cet été.


 

ANNEXES


 

/Récapitulatif des tentatives d’intrusion de modifications législatives pour faciliter l’autorisation du projet CIGEO dans le projet de loi sur la transition énergétique et le projet de loi sur la croissance et l’activité – Synthèse le 02 juillet 2015./ <http://mirabel-lne.asso.fr/f/SYNTHESE_RECAP_amendements_cigeo_2013_2015.pdf> +

/Schémas du processus d’autorisation pour l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, Projet Cigéo, Loi du 28 juin 2006 & principales modifications apportées par l’article 201 de la loi Macron/ <http://mirabel-lne.asso.fr/f/Schemas_comparatifs_loi2006_projetMacron.pdf> LOI MACRON / article 201 : http://www.assemblee-nationale.fr/14/ta-pdf/2934-1-art_49-3.pdf

 

Cigéo/BURE, en finir – Déchets nucléaires, surtout ne pas enfouir, arrêter d’en produire!!

 

20/07 au 03/08 : partage du terrain avec les Ami-e-s de Silence

Du 20 juillet au 3 août le terrain que nous allons investir pour le campement de cet été sera également habité par un autre campement plus discret et familial, celui, annuel, des Ami-e-s de la revue écologiste Silence!

Initialement prévu pour se prolonger jusqu’au 5 août, nous avons mutuellement convenus de déplacer les dates de nos campements afin que ceux-ci se chevauchent le moins possible. Nous aurons donc 3 jours en commun au début de campement, ceux du montage/démontage.

En amont du campement, nous avons prévu un chantier du 20 au 26 juillet, dans le même temps où s’effectuera le montage de leur campement, nous partagerons donc le terrain en deux parties, afin de poursuivre nos travaux d’aménagement, tout en respectant l’intimité de nos voisin-e-s.

Nous invitons celles et ceux qui nous rejoignent à s’installer dans les espaces que nous avons convenus ensembles et à veiller à ce que nous nous côtoyions en bonne intelligence et dans le respect les unes des autres.

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Bure et l’argent de Bure !

On parle de Bure, on appelle à y venir cet été, mais finalement il s’y passe quoi exactement ?

Bure c’est un village de 86 habitants dans la Meuse, à 250 km à l’est de Paris, dans un triangle entre St Dizier, Nancy et Chaumont où la densité de population est de 6 habitants au km².

Contrairement à ce que certainEs en pensent, ce n’est pas pas une région grise et hostile, couverte de champs et d’éoliennes, c’est un pays vallonné, dont les collines sont couronnées de forêts et où les vallons accueillent des pittoresques cours d’eau et étangs. Bref, un chouette endroit boisé qui aurait beaucoup à pâtir d’une poubelle nucléaire.

Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas eu de résistance dans la région, mais la faible densité de population a rendu le rapport de force bien inégal et en 1999 le projet de laboratoire pour l’enfouissement de déchets radioactifs de l’ANDRA [1] s’est établi dans la Meuse définitivement.

Les 5 années précédentes, comme dans tous les endroits pressentis pour le projet de l’ANDRA, les mobilisations avaient pourtant été houleuses : l’ANDRA avait été muré à Bar-le-Duc, des sabotages sur les forages, des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont battu le pavé à Verdun, Bar-le-Duc, Nancy et Chaumont mais n’ont pas suffi à faire reculer le projet.

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Le campement du 1er au 10 août à Bure n’est pas le premier de la région, un autre campement avait déjà eu lieu en été 2000, face au chantier du futur laboratoire, et avait rassemblé près de 2000 personnes. Plus tôt dans l’année, un immense mur de paille adossé au chantier avait été incendié en mars par 500 personnes venues de toute la France. Entre 2000 et 2007 plusieurs autres campements, actions et rassemblements seront organisés en face du laboratoire.

En 2004, les militants locaux du collectif Bure Zone Libre achètent une maison avec l’appui du réseau sortir du nucléaire, à Bure, et la restaurent pour en faire la Maison de la Résistance (avec une salle de réunion et un dortoir qui peuvent accueillir plusieurs dizaines de personnes).

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la Maison de la Résistance de Bure

Entretemps le projet s’est précisé : le projet initial de laboratoire dédié à l’étude du comportement des sols dans l’éventualité d’un enfouissement de déchets nucléaires est devenu un projet d’enfouissement de déchets nucléaires de haute activité et à vie longue (très radioactifs avec une activité de 100 000 à 1 million d’années).

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vue aérienne du labo

Il ne devait pas y avoir de stockage de surface de déchets à faible radioactivité, et les derniers schémas de l’ANDRA montrent du stockage de surface au niveau du laboratoire. Et depuis 5 ans les projets initiés par l’ANDRA, le Commissariat à l’Énergie Atomique, Areva ou EDF se multiplient : un projet de gazéification du bois en vue de produire de l’agrocarburant a fait son apparition sous le nom de SYNDIÈSE au-dessus des villages de Bure et Saudron, tandis que des infrastructures s’installent à Gondrecourt et Haudelaincourt, que l’ANDRA rachète peu à peu une surface gigantesque de terrains dans la Meuse (elle en possède déjà 3000 ha). Depuis janvier 2015, des travaux de prélèvement puis de pose de balises de géomètres, ont en outre commencé tout au long d’une ancienne voie ferrée que l’ANDRA aimerait remettre en activité pour le transport de deux convois par semaine au moins de déchets nucléaires, depuis Gondrecourt jusqu’au laboratoire.

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vue globale
La ZIRA = zone d’intéret et de recherche approfondie, est la zone qui accueillera les galeries souterraines
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plan des galeries

Si la résistance a perdu un peu de son offensivité des débuts, on peut y voir plusieurs raisons : en 2004, Sébastien Briat, un jeune de 22 ans, très investi dans la lutte antinucléaire lorraine, est happé par un train de transports de déchets et décède. Cet évènement dramatique met un coup au moral d’un grand nombre de militants locaux. Peu après, l’opposition au débat public, initiée par les militants locaux, produit un effet pervers de fatalisme devant le cynisme des institutions : un grand nombre d’habitantEs des environs se font une raison devant un adversaire qui bénéficie de tous les pouvoirs et droits. L’ANDRA échange des terrains qu’elle possède contre ceux dont elle ne dispose pas encore, brandissant la menace d’expropriation devant celleux qui lui résistent. L’argent coule à flot dans les municipalités : via le groupement d’intérêt public de la Meuse (GIP Meuse) tous les projets de rénovation, construction dans les villes et villages de la Meuse, reçoivent un appui d’a minima 15 % de l’argent corrupteur de l’ANDRA. 50 millions d’euros et bientôt 60 ont été débloqués pour acheter les maires de la Meuse et ceux de la Haute-Marne (soit donc 500 euros par habitantEs de la Meuse). Les maires qui s’opposent ne reçoivent rien du tout s’ils n’accèptent pas ces 15 % et finissent par soit démissionner, soit ne pas être réélus, soit enfin par céder à contrecoeur. On ne voit plus de village autour de Bure qui n’ait pas de nouveaux lampadaires, routes, égoûts, abribus, etc.

Les agriculteurs peu nombreux dans la région (beaucoup de gros propriétaires de plus de 200 ha) ont échangé leurs terres déjà, acculés par des nécessités de maintenir leur exploitation à flot. Mais depuis quelques mois ils se rendent compte que ce n’était qu’un avant-goût : un nouveau remembrement des terres est à l’ordre du jour. A terme c’est toutes les terres que l’ANDRA convoite.

Cette politique très aboutie de corruption au porte à porte, dans les mairies et chez les particuliers crée un climat de tension, de honte et d’amertume latente, où les langues se délient facilement pour médire de l’ANDRA mais se taisent quand on aborde la question des concessions.

Depuis quelques mois des coupes importantes ont lieu dans les forêts et les projets de Syndièse se précisent : des dizaines d’hectares de forêt meusiennes, avec le blanc-seing de l’Office Nationale des Forêts devraient passer à la broyeuse pour produire de l’agrocarburant. Des tractations ont commencé avec les mairies pour le rachat des forêts communales. Si on ne peut pas faire de lien entre les coupes qui ont eu lieu récemment dans les forêts autour de Bure et ce projet, on peut dans déjà s’inquiéter de la privatisation des forêts [2] pour produire des granulés de chauffage à grande échelle : les projets de scieries monstrueuses (projet avorté du Morvan) et de transformation du bois à des fins énergétiques fleurissent partout en France et menacent de nombreux arbres centenaires. Et ce n’est rien à côté de ce que Syndièse [3] va consommer : 90 000 tonnes de biomasse par an, soit donc 20 % des ressources forestières lorraines exploitables ; et il ne tient qu’à un tampon de l’ONF pour transformer un bout de forêt en exploitation.

Si on en revient au projet CIGÉO, plusieurs problématiques en font indéniablement le plus grand et nuisible chantier de France :

Regarder le film « Bure pour l’éternité » sur le centre d’enfouissement en Finlande permet de se rendre compte que l’enfouissement des déchets radioactifs n’est rien d’autre qu’un grand poker menteur organisé par des politiques et scientifiques véreux. A aucun moment, les spécialistes ne parviennent, aussi bien à l’ANDRA qu’en Finlande ou au WIPP [4] aux États-Unis à produire un discours cohérent et même rassurant. Ce n’est qu’une suite de spéculations et de réajustements par des apprentis-sorciers qui n’ont aucune idée des comportements géologiques des sols dans les 1000 ans à venir, et des contextes politiques des 50 ou 100 ans à venir.

Le projet consiste à creuser un tunnel de plus de 2km de long sous le village de Bure afin d’accéder à 260 km de galeries de stockage et 100 km de galeries de liaison, à 500m sous Bure, puis de les remplir et de sceller le trou après 130 ans d’exploitation.

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cigeo

Le tout avec la garantie prétendue qu’il n’y aura pas de fuite d’eau (ce qui pourrait s’avérer très dangereux en terme de corrosion ou d’interactions chimiques avec les produits stockés), pas de mouvements excessifs des sols (en 100 000 ans, il est pour le moins difficile d’estimer ce genre de choses), pas de fuites d’air contaminé par les cheminées d’aération et que pendant 100 ans on pourra inverser le processus et ressortit la poubelle de son trou.

Cette dernière condition est définie par le principe de réversibilité et doit faire l’objet d’une loi avant que tout projet d’enfouissement nucléaire puisse avoir lieu en France. Gérard Longuet, député de la Meuse, promoteur actif du lobby nucléaire, et ses amis ont ainsi tenté à 14 reprises d’introduire un amendement de réversibilité dans la Loi Macron et y sont parvenus à 4h du matin avec 40 députés dans l’hémicycle avant que le texte soit rejeté le 10 juin.

Plusieurs questions se posent : que vont devenir les milliers de tonnes de terre qui seront extraits de 300 km de galeries ? Seront-elles déversées, comme on le suppose, dans la superbe vallée d’Ormançon qui court au-dessus de Bure, au coeur de la forêt ? Et que va-t-il sortir des cheminées d’aération qui vont surplomber Bure à moins d’un km ? Quelle radioactivité sera mesurable au long d’une voix ferroviaire qui va accueillir a minima deux trains de déchets nucléaires par semaine ? Quelles surprises se cachent encore dans la boîte de pandore de CIGÉO quand on voit que le projet s’est enrichi progressivement de nouvelles excroissances hideuses, telle une hydre qui jaillit des souterrains du laboratoire et convoite toute la région autour ? La dernière question qui est posée par les opposants (et pas seulement [5]) c’est celle du gouffre financier qui s’annonce : le projet CIGÉO est d’ores et déjà chiffré à 42 milliards d’euros …

Au premier salon du nucléaire qui s’est tenu au Bourget en octobre 2014, on distribuait à l’entrée la carte ci-dessous, plutôt martiale et avec Bure au centre d’une cible de 80km de rayon pour l’implantation d’un « cluster de compétences nucléaires ». Cluster est un mot de l’ennemi indéniablement : il signifie quelque chose comme « on va prendre un territoire, le privatiser à fond et y implanter tout un tas d’entreprises, d’industries et d’écoles qui vont générer un maximum d’argent pour ces dernières, sous couvert de dynamiser la région ». Et quand on lit « nucléaire » derrière « cluster », qu’on se rend compte que le rayon recouvre tout un département, difficile de ne pas y voir le sacrifice organisé d’un territoire en vue d’y grouper tout ce que le nucléaire a à se reprocher. Quoi de plus idéal qu’un territoire qui compte 6 habitants au kilomètre carré pour se cacher des regards ? Surtout quand on a patiemment travaillé ce territoire au corps, par la corruption, la culpabilisation et l’acceptation.

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carte de Bure

La lutte à Bure ce n’est pas simplement une occupation opposée à un grand projet nuisible, c’est bien plus vital que ça : c’est la course contre la montre contre un projet monstrueux qui couvre la totalité d’un département et déborde sur ses voisins, qui va conduire à des conséquences irréversibles et désastreuses pour les 100 000 années à venir au moins. Car contrairement à ce qu’on croit, à Bure rien n’est encore joué tant qu’aucun déchet n’est entreposé dans une galerie. Et ça ne arriver à aucun prix ! C’est la lutte contre une société financière mondialisée qui détruit cyniquement les écosystèmes, privatise les sols, l’air, l’eau et le vivant pour en tirer le jus de ses bénéfices.

C’est toute la Meuse qui doit être occupée en résistance à ce projet !Retour ligne automatique
Et c’est toute l’Europe qui doit se mobiliser contre ces projets !Retour ligne automatique
Nous avons besoin de réseaux pour étendre la lutte, nous avons besoin de lieux pour l’ancrer dans la durée et de moments de convergence pour la concentrer et l’amplifier !

Notes

[1Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, anciennement rattaché au Commissariat à l’énergie atomique et depuis 1991 et la loi Bataille, établissement public à caractére commercial et industriel (EPIC).

[2Rapport de l’Assemblée nationale sur la biomasse au serivce du développement durable : http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i1169.asp

[3Plus d’infos sur Syndièse sur http://mirabel-lne.asso.fr/content/syndiese

[4Au printemps 2014, le WIPP aux USA, centre d’enfouissement construit sur le même modèle et les mêmes promesse que Bure, a connu un incendie qui a provoqué l’irradiation de 22 ouvriers, le dégagement de radioactivité par les cheminées d’aération et l’arrêt de l’exploitation et l’impossibilité d’extraire les déchets dans les galeries