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Lundi 10 août : Fil d’infos à couper le Bure

Nous sommes encore quelques dizaines lundi matin à nous réveiller sous la pluie, prenant notre courage à deux mains pour continuer à démonter et ranger le campement.

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Le message circule qu’un gars agressif s’est pointé vers 8h30 pour accuser les participant.e.s au campement d’avoir arrosé sa façade de peinture verte et de merde. On prend conscience qu’il peut revenir mettre ses menaces à exécution et on réfléchit à comment se défendre tou.te.s ensemble le cas échéant.

Mais ça ne nous empêche pas de continuer à démonter des barnums, des toilettes sèches, les douches, l’éolienne, les panneaux solaires, rassembler le matériel à restituer, ramasser tout ce qui traîne. L’idée commence à circuler de se retrouver à la gare en septembre pour se donner des nouvelles, garder les liens et passer un bon moment ensemble.

Les fabuleuses cantines qui se sont occupées de remplir nos ventres et enchanter nos papilles toute cette semaine, sont sur le départ. Alors comme pour les chantiers, on repart en cantine autogérée et des ami.e.s nous préparent des beignets de courgettes avec du riz et une délicieuse sauce tomate-oignon.

Certain.e.s discutent avec des habitant.e.s du coin qui nous racontent comment ils et elles ont vécu ces dernières semaines avec nous. Illes nous remettent des coupures de journaux évoquant le campement, le projet Cigéo éjecté de la loi Macron et les dernières déclarations des technocrates de l’Andra.

Les notes prises lors de l’assemblée de clôture de dimanche ont commencé à être rassemblées et mises en forme, dans le but d’être partagées, par exemple sous forme de brochure. Cela nous semble important pour prendre acte ensemble de ce que nous avons vécu et construit pendant ces dix jours, nos réussites et nos échecs, afin de ne pas toujours repartir de zéro, d’avancer sur ces histoires d’action politique, d’organisation collective, de lutte contre les discriminations, etc…

Suite à plusieurs demandes, des personnes réfléchissent aussi à une brochure qui raconterait comment ce campement s’est organisé pendant les nombreux mois qui ont précédé.

La pluie cesse peu à peu, la nuit tombe et de petits groupes se retrouvent tantôt pour chanter, débriefer, se chauffer près du brasero jusque tard dans la nuit

Ce fil d’infos à couper le Bure sera peut-être le dernier, car le camp est officiellement terminé, mais on reste là tout près, et la lutte continue !

Si vous voulez rester au courant des prochaines aventures, vous pouvez vous inscrire sur la liste de diffusion campvmc@lists.riseup.net et bien sûr continuer de venir sur http://vmc.camp qui ne va pas s’arrêter d’être alimenté.

Communiqué : une visite très désagréable !

Ce matin, notre campement, qui arrive sur sa dernière journée et sa clôture, a eu une bonne et une mauvaise surprise à son réveil.

M. Emmanuel Hance, responsable pour l’eau, les activités humaines et la biodiversité, accessoirement maître-chanteur notoire de l’ANDRA a eu le droit à un ravalement de façade bénévole de la part d’un groupe d’action qui nous a transmis son communiqué dans la foulée (voir site http://vmc.camp/2015/08/10/une-action-contre-laccaparement-des-terres-par-landra/). Pour un individu aussi méprisé dans les environs de Bure, c’est très étonnant que ça ne lui soit pas arrivé auparavant.

La mauvaise surprise, c’est que ce même individu s’est invité sur le terrain de notre campement ce matin, peu avant 8h, et s’est livré à des menaces non voilées à notre encontre, disant que dès ce soir nous allions le regretter et ne serions plus là. Comme si les actes d’un groupe pouvaient être imputables aux centaines de personnes qui s’y sont retrouvées durant ces dix derniers jours et démontent désormais le campement. Menacer d’expropriation, intimider et exercer des pressions sur les agriculteurs et habitant-es des environs a visiblement fait naitre chez M. Hance un sentiment d’impunité très prononcé.

Ce monsieur doit sans doute s’imaginer qu’il a la force de l’intimidation pour lui. Mais nous n’avons absolument aucune crainte de ce qu’il pourrait entreprendre, bien au contraire : nous avons la conviction que tout ce qu’il pourrait entreprendre ne ferait que publiciser son nom, délier les langues et rendre visible son action néfaste des années passées, en discréditant l’ANDRA et sa stratégie de corruption et d’oppression sur tout un territoire.

Nous sommes des centaines de personnes, venues de multiples réseaux et collectifs militants, qui se sont rassemblées et retrouvées à Bure tout au long de ce campement ou au cours des dernières années. Nous avons en nous la colère et la détermination de tou-tes ceux et celles qui ne tolèrent plus qu’on leur impose des projets ruineux et mortifères sous couvert de démocratie. Nous attaquer c’est nous grandir, nous renforcer, parce que face à la loi du silence qui couvre les malversations des aménageurs du territoire, notre arme première est la parole. Face à l’isolement, notre première arme est la solidarité.

Nous avons accueilli des habitant-es des environs, les comités de lutte locaux, construit des moments précieux avec elles et eux. Des liens tels que l’ANDRA n’en tissera jamais malgré toutes ses tentatives pour se rendre acceptable. Ceux qui dérobent à un territoire son histoire, sa vitalité, sa fierté et ses ressources et qui prétendent lui substituer une pâle économie de déchets mortels ne récolteront jamais que mépris et haine des populations.

S’il devait arriver quoi que ce soit de désagréable ou de malveillant, ce qui s’est passé cette nuit réjouira incomparablement la population du sud de la Meuse et elle nous soutiendra. Il ne sera pas facile de nous stigmatiser et nous isoler. Nous conseillons plutôt à l’ANDRA d’opter pour ce qu’elle fait de mieux quand il s’agit d’opposition : se taire, ne pas faire de vagues et continuer à creuser son trou patiemment ; nous saurons le combler.

Cette semaine, le soutien de celles et ceux qui nous ont accompagné nous renforce dans notre détermination à nous opposer radicalement au projet CIGÉO et à l’industrie nucléaire !

Collectif VMC

Contact Presse : vmc+presse@riseup.netwww.vmc.camp – 07.58.23.08.97

Une action contre l’accaparement des terres par l’ANDRA

Ce matin l’automédia a reçu un communiqué d’action qui réjouira certainement du monde (téléchargeable ici) :

Réduisons l’ANDRA et Hance à l’impuissance !

Dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 août, nous avons rendu une petite visite de courtoisie à Emmanuel Hance, négociateur des acquisitions foncières de l’ANDRA et salarié de l’Observatoire Pérenne de l’Environnement. Souvent surnommé « le bon Dieu sur terre » par les habitant.e.s qu’il harcèle depuis des années pour obtenir leurs terres par des échanges opaques, il nettoie sans ménagement le territoire de celles et ceux qui y vivent et cultivent pour y implanter la pire des poubelles radioactives.

Pour lui rappeler le harcèlement quotidien qu’il inflige aux habitant.e.s et paysan.ne.s de la région depuis plusieurs années et lui manifester tout le respect qu’il nous inspire, nous avons joyeusement déversé des litres d’excréments sous ses fenêtres, sur son paillasson et devant son salon. Nos quelques crottes dans son jardin ne pèsent toutefois pas bien lourd par rapport aux 100 000 m3 de déchets radioactifs que Hance cherche à enfouir dans le sud-Meuse.

stockage de surface

Stockage de surface

Nous avons également pris au mot la politique de greenwashing de l’ANDRA, mise en œuvre par Hance à travers l’O.P.E. (le machin destiné à sauvegarder la mémoire de la nature pré-nucléaire pour mieux étudier sa destruction), en aspergeant abondamment sa façade d’un gros vert qui tache. Rien de tel qu’un petit nettoyage vert pour se remettre les idées en place, pas vrai Manu ?

encore un peu

L’ANDRA se met au vert

Cette petite escapade nocturne n’est que le début d’une résistance collective. Car au vu de la colère qu’Emmanuel Hance inspire partout où il traîne sa moustache et son 4×4 noir, la riposte contre le système qu’il sert pourrait être beaucoup plus forte.

Hance fait de la région un désert social, permettant à l’ANDRA d’acquérir, avec la complicité des SAFER, près de 3000 hectares en Meuse et en Haute-Marne, sans compter les autres départements où aucune donnée n’est disponible. Pour un projet dont l’emprise des installations au sol est d’environ 400ha, on se demande bien à quoi rime tout ce gavage foncier, si ce n’est accentuer un peu plus la désertification du territoire en faisant grimper les prix et en empêchant les jeunes de s’installer. Certains habitants se préparent même à ce que leurs villages soient rasés d’ici à 20 ans…

Hance méprise la volonté populaire quand, accompagné de deux vigiles, il interdit l’accès au conseil municipal de Mandres-en-Barrois en juillet pour échanger le bois communal de Lejus avec le bois de la Caisse en dépit du refus déjà fermement exprimé lors de la consultation des habitant.e.s en janvier 2013.

Hance négocie bien au-delà de toute limite éthique, en n’hésitant pas à harceler les personnes âgées pour s’emparer de leurs terres, à appeler inlassablement jour après jour pour vaincre toute volonté de résistance, à brandir la menace d’expropriation pour intimider ses interlocuteurs. Beaucoup ont tenté de résister mais ont cédé ou déménagé par peur des contrôles. Il se raconte même dans le village de Saudron qu’un jeune agriculteur aurait fait un AVC suite à un échange conflictuel.

Hance divise pour mieux régner, en accentuant les rivalités déjà fortes entre agriculteurs et familles pour arriver à ses fins, en profitant du climat de résignation et d’isolement si fort dans ces villages en dépeuplement. En effet beaucoup ont peur, certains culpabilisent, quelques un.e.s ferment les yeux et surtout, tout le monde se suspecte et s’accuse.

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Mise en oeuvre de la réversibilité.

Mais cette atmosphère de résignation, d’isolement et de rancœurs a assez duré. Par ce geste, nous voulons mettre en évidence le fait que face à celles et ceux qui sont décidé.e.s à ne pas laisser s’installer l’horreur radioactive, Hance et le système qu’il sert sont vulnérables.

Nous invitons les habitant.e.s, paysan.ne.s, propriétaires de terres à cesser d’avoir peur de celui qui incarne le cynisme de l’ANDRA, à tirer un trait sur leurs divisions et s’allier pour refuser collectivement cet accaparement des terres. Il est plus qu’urgent de réagir et s’organiser : d’ores et déjà de nombreux agriculteurs ont perdu l’usage de plusieurs centaines d’hectares de terres de l’ANDRA dédiées aux futurs chantiers. Ces terres qui ne peuvent plus être cultivées, c’est l’aménagement par le vide et la fabrique du désert orchestrés par l’ANDRA qui prennent corps et réclament des réponses. Notre colère n’est pas réversible.

Résistons ensemble face à l’accaparement des terres et la désertification de nos lieux de vie !

un peu de green bashing

Qui sème des radiations récolte des étrons !



8 août : Fil d’info à couper le Bure

Le camp approche peu à peu de sa fin et certain.es participant.es sont déjà reparti.es. Mais ce n’est pas pour autant que les énergies se relâchent !

_MG_9281pCe matin, un groupe s’est réuni pour aborder une discrimination dont on parle relativement peu : l’âgisme. Parmi les réflexions proposées, on a vu le fait que l’âgisme se distingue de discriminations plus binaires comme le racisme où le sexisme, dans le sens où les personnes sont opprimées pendant leur enfance avant de devenir oppresseuses à l’âge adulte, puis d’être de nouveau opprimées en vieillissant. Différentes thématiques ont été abordées, par exemple le fait que nos luttes sont dégradées par la plupart des médias qui les attribuent uniquement à des jeunes qui vont un jour changer, mûrir, laisser tomber leurs belles illusions et rentrer dans le rang…

Il y a également eu une assemblée antinucléaire pour tenter de faire le point sur là où en est la lutte aujourd’hui. On cherche à identifier et viser les points névralgiques du nucléaire aujourd’hui : les réseaux de transport et flux ferroviaires, lignes THT, infrastructures, identifier les points sensibles dans l’idée de mettre des bâtons dans les rouages de la pieuvre nucléaire. Une personne semble chercher à (re)définir le lien entre le nucléaire et le capitalisme. Il est exprimé aussi le besoin de se redéfinir au-delà de nos définitions multiples pour agir ensemble. Il est rappelé que les malfaiteurs en bande organisée sont les lobbies qui créent ces projets mortifères. Ne pas se laisser entraîner dans une inversion des rôles , portons notre message haut et fort en arrêtant de s’excuser, assumons nos idées, nos actions.

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L’après-midi a eu lieu une discussion sur les perspectives de lutte contre cigéo, avec un rappel du début des travaux sur la voie ferrée dédiée au transport des déchets radioactifs à partir de décembre 2015 et du débat législatif qui aura lieu au premier semestre 2016. Plusieurs pistes sont envisagées : tout d’abord un appel à créer dès maintenant des groupes locaux de soutien un peu partout qui se réuniraient régulièrement pour populariser la lutte contre Cigéo et organiser des actions décentralisées : manifs, blocages, animations clown, actions juridiques. Une autre préoccupation anime l’assemblée : maintenir et faire grandir les liens entre les luttes et les individus comme cela est tenté à la Zad de Notre-Dame-des-Landes par exemple. Et tisser d’autres solidarités avec des luttes sociales à partir des liens existants ou créés pendant le camp VMC. Il y a l’envie aussi d’utiliser davantage les outils de communication dont nous disposons : radios, journaux, internet, pour informer régulièrement de ce qui se passe. Diffuser largement le film « Poubelle la vie » qui évoque l’histoire de la lutte contre cigéo et les politiques d’acceptabilité sociale qui participent à imposer ce genre de projet. Agir contre contre la propagande du projet cigéo, par exemple contre le discours techno-scientiste posé comme référence, qui suit la logique du capitalisme et brouille les pistes, ainsi qu’informer sur la réversibilité (la croyance diffusée par l’andra qu’on pourra remonter les déchets sans problèmes si on change d’avis plus tard…). Et pourquoi pas organiser un autre camp par ici dans quelques mois?

A la tombée de la nuit, une écoute collective commence dans le chapiteau. Il s’agit d’extraits d’un documentaire sonore en 5 épisodes réalisé à partir de témoignages de lutte contre la THT Cotentin-Maine. Ce mouvement contre la construction d’une ligne à 400 000 volts dans la Manche de 2005 à 2013 a réuni de nombreuses formes d’action, des recours juridiques aux sabotages en passant par les manifs à plusieurs milliers de personnes. Des participant.e.s de l’assemblée antiTHT ont décidé d’aller enregistrer les voix des personnes qui ont vécu cette lutte, afin qu’elles racontent à leur manière leur histoire, bien loin de l’histoire officielle. Ces témoignages ont aussi été pensés pour être partagés avec des personnes en lutte contre Rte ou d’autres projets ailleurs, comme par exemple dans les Alpes, en Aveyron ou à côté de Lille.

Cette écoute collective clôturée par la chanson du Pieu de Marc Robine est immédiatement suivie d’un open mic à l’entrée du camp, puis d’une boom !

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La simulation d’accident de Void-Vacon fait jaser

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Visiblement nous sommes les seuls à ne pas nous prendre trop au sérieux dans cette histoire de simulation d’accident nucléaire de Void-Vacon : l’Est Républicain titrait ce matin « Bure : piratage du site de la Mairie de Void-Vacon » (téléchargeable ici en cas de modif/disparition de cet article)

Et la préfecture elle-même semble avoir pris l’évènement très (trop) au sérieux si on en juge son communiqué :

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Balade à travers champs

    Ce texte a été transmis à l’équipe automédia du camp VMC de Bure (juillet 2015), et est retranscrit ici tel que.

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Il est 13h et quelques. Le thermomètre affiche mille degrés à l’ombre, et on est une cinquantaine à se rassembler au point info : le programme indique « Balade à travers champs », et il paraît qu’il s’agit en fait d’une balade aux pieds de pylônes du coin, ça donne envie ! Le mot tourne que c’est « départ à 13h30 PÉTANTES », mais une partie des personnes qui ont préparé la balade ne sont pas encore là, alors on les attend. Assez vite il est proposé de faire un petit point, lors duquel on apprend que l’objectif de cette balade est de transmettre des savoirs et des expériences qui viennent notamment de luttes contre des lignes à Très Haute Tension (THT), et en l’occurrence des pratiques de déboulonnage et autres sabotages de pylônes. Il nous est rappelé de bien rester groupéEs, de porter attention aux potentielles présences de keufs, de ne surtout rien toucher sans gants, de ne pas prendre nos téléphones portables (géolocalisation, écoute…), et de ne pas prendre de papiers d’identité si on décide ensemble de refuser en bloc les contrôles d’identité, etc.
Comme d’hab, l’inertie de groupe nous fait décoller avec un peu de retard, mais ça y’est, c’est parti !
On croise très vite une estafette de gendarmerie, aucun doute sur le fait qu’ils aient été renseignés, d’ailleurs on en croisera bien d’autres plus tard…
PlusieurEs retardataires nous ont rattrapéEs dans les dix premières minutes de marche, mais ça y est, le binôme équipé de talkies chargé de clore le cortège est à l’arrière, et on traverse des champs, plein de champs ! Du blé coupé ras sur des dizaines d’hectares s’étalant sur les collines jusqu’à l’horizon, avec quelques îlots d’arbres bien touffus parsemés par-ci par-là, et c’est plutôt stylé comme endroit en fait! Le petit village avec ses toits de tuiles en contrebas fait très pittoresque, on se croirait dans « La petite maison dans la prairie » !!
Au bout de genre quarante minutes de marche, les personnes qui portent un peu la promenade nous proposent une pause dans un bois, lors de laquelle illes nous montrent quelques outils (clef à douille de 46, 35, 27, bras de levier, scies à métaux), en nous rappelant de bien toujours utiliser des gants pour les manipuler et de les nettoyer à l’acétone. On décide aussi qu’on ne fera aucune manipulation réelle si on estime qu’il y a trop de flics, ce qui en rassure plusieurEs 😉
Une personne questionne l’objectif du déboulonnage : est-ce pour faire tomber le pylône ? À quoi bon déboulonner pour le symbole ? L’explication tombe sous le sens, il s’agit là d’apprendre à se solidariser, à se sentir fortEs ensemble, à apprendre à se déplacer à plusieurs dizaines, à partager des savoirs et des pratiques, de plus, il s’agit aussi clairement de faire chier Rte en leur coûtant de l’argent et en faisant parler de la lutte.
C’est assez chouette, on papote, des personnes traduisent en anglais et en espagnol, et après un quart d’heure on repart en marche tranquille le long des bois et à travers champs. C’est assez agréable de voir qu’il y a une attention portée aux personnes qui marchent moins vite : on entend régulièrement l’équipe qui clôt le cortège dire à l’équipe qui ouvre de ralentir, on resserre le groupe, et on s’assure que tout le monde va bien.
Le groupe arrivant en haut d’une colline, on a le loisir de pouvoir observer les pylônes à quelques centaines de mètres. Au pied d’un, deux points noirs se déplacent dans les champs, on les identifie rapidement comme étant des moto-cross de keufs. Mais pas d’autres flics à l’horizon! L’avantage de ce coin, c’est que les pylônes sont au milieu des champs, inaccessibles en véhicule, les flics déploient donc des motos, mais c’est pas évident de transporter un car de CRS en moto 😉
Il fait toujours grave chaud!!
Au fur et à mesure qu’on avance, les deux motos bougent, mais ne tentent évidemment rien, juste nous observent. On vise donc le pylône, et en s’en rapprochant on voit débarquer au loin quatre ou cinq véhicules de gendarmerie, genre deux estafettes, une voiture banalisée, et deux camionettes. Pas la chance, la route passe loin du pylône! On trace donc tranquillement vers notre cible, qu’on atteint en une quinzaine de minutes. On commence alors la « leçon » par l’observation de la plaque d’identification, laquelle nous indique le numéro du pylône, la commune dont il dépend, le transformateur source, le transformateur de destination, et la tension dans les câbles (en l’occurrence 400 000 V). Puis on apprend quoi déboulonner, où scier, le rappel des gants pour ne pas laisser d’empreintes, et de nombreuses techniques et précautions : pour les boulons, il faut une douille de 46 à la base, puis 35 quand on remonte et 27, 26, 25 plus on va haut. Il est parfois utile d’avoir avec soi du dégrippant et de chauffer l’écrou avec une lampe à souder : ça facilite le travail! Il est d’ailleurs plus facile de déboulonner en maintenant l’écrou d’un côté avec une clé plate et en dévissant de l’autre côté avec une clé à cliquet et une rallonge (genre barre de métal). On apprend qu’il y a environ 700 boulons par pylône. C’est donc une sacrée entreprise de se mettre à tous les dévisser, et ça oblige à grimper et se rapprocher des câbles sous tension, ce qui peut être plutôt dangereux… De toutes façons on ne peut pas enlever tous les boulons, le poids de la structure pesant sur les boulons restants, les derniers seront coincés en force, et on ne pourra pas du tout les sortir. Par contre, si on enlève tous les boulons de la partie basse du pylône, il y a un endroit particulier qui peut lâcher si on exerce une pression dessus, sympathique n’est-ce pas?! Il y a aussi parfois l’opportunité de déboulonner des pylônes qui sont en cours de montage, à terre (ils sont d’abord assemblés au sol en trois ou quatre parties puis élevés et fixés en hauteur à l’aide d’une grue ou d’un hélicoptère), et dans cette situation on peut encore plus s’en donner à coeur joie, à très nombreux-ses, et disperser tous les éléments dans les espaces alentours! Remettre des boulons ne coûte pas bien cher à Rte, mais s’ils ne savent pas quels pylônes ont été déboulonnés, ils sont obligés de tous les vérifier, ça leur prend du temps et leur coûte de l’argent. Habituellement les installations sont vérifiées environ une fois par an.
En dehors du déboulonnage, il est aussi possible de scier la base des pieds, juste à la limite du plot en béton. Jusqu’à maintenant il a été remarqué que Rte se contente alors de ressouder les parties sciées, apparemment ça ne les oblige pas à reprendre toute la structure. Par contre s’il y a plusieurs points de sciage et plusieurs points de soudure il est possible qu’au bout d’un moment ça devienne plus compliqué pour eux.
Aussi, quand des cornières ou des barres ont été déboulonnées, on peut les tordre à la main jusqu’à une certaine taille de section. Ça oblige Rte à faire venir des éléments de rechange depuis un dépôt de matériel pour les remplacer, en plus de reboulonner.
On peut aussi retenir que si un pylône tombe, il va probablement entraîner dans sa chute les deux pylônes qui lui sont rattachés, provoquant possiblement un énorme arc électrique, très dangereux voire mortel pour qui se trouve à portée.
Tout le long de cette session, des personnes ont tenu un drap entre nous et les flics stationnés à environ 600m. Les 5 véhicules s’étant rapprochés sur une petite route, on peut se douter que ces enfoirés prenaient des photos, voire plus (on apprend d’ailleurs qu’il existe des moyens de capter les sons à très longue distance, même sans voir sa cible…), photos qu’ils auront plaisir à utiliser lors de procès (ce que nous ne souhaitons pas!). De l’autre côté les motards nous ont surveillés à cinquante mètres, mais se sont vite-fait barrés quand quelques-unEs d’entre nous sont alléEs vers eux… Je crois que certaines personnes ont été rassurées que ces motards ne soient pas insistants et que les voitures de keufs restent loin, cependant, on a choisi de ne rien mettre en pratique à ce moment, mais plutôt de continuer la marche vers le prochain pylône… Toujours sous un million de degrés au thermomètre, tout le monde avec un tissu sur la tête, voire devant le visage pour éviter les photos, on a fait une nouvelle pause de plusieurs minutes après 200 mètres de marche, afin de décider ensemble de la suite : la masse de flics s’était déplacée et mise entre nous et notre lointain objectif… On en a profité pour s’échanger encore quelques trucs et astuces, des histoires de procès, des lieux de chourre de matos, l’avancée de l’histoire du déboulonnage (qui a donc commencé avec des pylônes pas encore debout, que l’on pouvait déboulonner à la main, puis debouts mais pas en service, puis en service, etc), et d’autres anecdotes. On a fini par décider de rentrer au camp, sans prendre et faire prendre de risque. Le retour s’est fait sans encombre, les flics sont restés loins, tant mieux! On a fait le dernier kilomètre assez éparpilléEs mais pas trop, et avons fini sur un debrief apportant quelques nouveaux détails ainsi que des récits d’actions assez chouettes. J’ai l’impression que tout le monde a passé une bonne aprem, malgré le soleil qui frappait vraiment fort!
Vivement la prochaine !

À visiter : https://antitht.noblogs.org

Accident nuke à Void-Vacon ?!

accident_void8 août. Réveil bizarre ce matin. Ça s’affole dans tous les sens. Void-Vacon est une ville entre Bure et Nancy, et là-bas une boite de transport filiale d’Areva sert de plateforme pour des convois d’UF6 (composés d’uranium), et ça devait arriver non?

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Le site de la mairie ne répond pas, mais on a reçu une capture d’écran ce matin…

COMMUNIQUE / URGENT

LEGER INCIDENT DE TRANSPORT DANGEREUX – RISQUE DE POLLUTION

Un accident de circulation vient d’avoir lieu ce matin en centre ville, rue Notre Dame, devant la pharmacie non loin du croisement avec la rue Louvière.

Nous attendons confirmation des services préfectoraux, mais il s’agirait d’un des nombreux camions qui transitent par la plateforme des établissements LMC, filiale d’Areva Transport.

Nous demandons à la population de ne surtout pas paniquer, mais le principe de précaution nous conduit à conseiller aux habitants de rester confinés dans leurs domiciles jusqu’à nouvel ordre en évitant de se rendre en centre ville.

A priori, aucun danger de radioactivité n’est à prévoir mais en raison du type de matières transportées habituellement (des colis renfermant des composés d’uranium destinés à être utilisés dans les centrales nucléaires), une pollution chimique n’est pas à exclure (de type acide
fluorhydrique).

La municipalité de Void-Vacon est consciente des risques encourus par ces transports fréquents. Mais elle reste totalement confiante dans la manière dont les autorités sauront gérer ce problème momentané. La circulation devrait être rétablie dans les plus brefs délais. Un nouveau
bulletin sera diffusé dès que possible.

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Un préfet très emmerdé…

On a reçu ça dans la boite de VMC…

Vendredi matin, aux alentours de 3 heures du matin, cinq sacs de compost frais de toilettes sèches ont été vidés sur les marches de la préfecture de la Meuse à Bar-le-Duc, et deux tags les accompagnants : « AREVA, REPREND TA MERDE » et « NUCLEAIRE = POUBELLE ETERNELLE ».

Et encore, notre merde à nous, elle est compostable. Pas comme les tonnes de déchets nucléaires hautement radioactifs que l’Etat envisage d’enterrer sous nos pieds, et qui resteront dangereux pendant plusieurs centaines de milliers d’années.

Ce message a été déposé parce que le préfet de la Meuse est largement impliqué dans les projets de l’ANDRA, bras armé de l’Etat pour digérer les résidus immondes de l’industrie nucléaire dont AREVA est le fleuron.

Par son aveuglement et son refus de prendre en compte des principes de précaution les plus évidents, ce préfet met en péril l’avenir commun des formes de vie et se rend ainsi complice de la destruction des écosystèmes et des nappes phréatiques.

Habitué comme ses congénères à passer l’éponge sur les exactions de la FNSEA qui déverse régulièrement son purin devant ses fenêtres, il devrait facilement trouver un débouché pour nos déchets organiques.

Notre civilisation est un bateau ivre, s’enfonçant dans des eaux sombres et glaciales. Nous formons ensemble un radeau de survie fuyant ce naufrage promis. Ne laissons pas leurs poubelles polluer plus longtemps nos vies.

Empêchons leurs fantasmes morbides de devenir notre destin.

Des défenseurs unis des derniers espaces sauvages

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7 août : Fil d’info à couper le Bure

Un espace de non-mixité LGBTIQ a été ouvert voilà deux jours. Des repas et des moments conviviaux y sont organisés. Il est aussi possible d’y lire de nombreuses brochures.

La tente « écoute » a également été mise en place. L’idée de cet espace est de pouvoir parler dans la confiance et la confidentialité de violences et de dominations subies, de moments difficiles. Des permanences sont mises en place en mixité, en non-mixité femmes et en non-mixité LGBTIQ. Peut-être cette tente se développera-t-elle davantage dans les jours à venir.

skippie3Jeudi, le programme était extrêmement chargé ! C’était notamment la journée de lancement des discussions sur la COP 21.

La première discussion, à 10 h, concernait les enjeux de cette grand messe sur le climat qui se déroulera à Paris au mois de décembre. Une discussion en grand groupe, suivie d’une autre session, à 14h, en petits groupes autour des thèmes agriculture, énergie, lien avec la justice climatique, répression, déchets…

Un agenda international des mobilisations de l’automne a été présenté.

Les discussions reprennent vendredi sur ce sujet.

Le matin a également été l’occasion de se parler de non-exclusivite amoureuse et de sortir du conformisme du couple. Inventer et experimenter des relations libres et choisies.

La question de l’antispécisme (la lutte contre l’exploitation des autres animaux par l’humain) fait partie de la réflexion sur le camp. La restauration vegan continue de nous remplir de joie à chaque repas.

Il y eu un atelier « auto-défense physique en manif », mais aussi un atelier d’auto-défense juridique, ainsi qu’un autre d’auto-défense numérique. S’approprier des moyens de protection pour lutter contre un monde ultra sécuritaire semble indispensable sur un camp comme celui-ci, et les motivations pour s’autoformer viennent de partout. Merci à celleux qui partagent leurs savoirs sur ces questions !

skippiebzl2Dans l’après-midi, un atelier rap a aussi eu lieu à la maison de Bure (dessin de droite), on attend d’entendre ça à la radio !

Les discussions sur la gynécologie domestique se sont poursuivies dans le camp non-mixte. On y a abordé des tas de questions liées à nos sexualités, à nos corps et à la manière la plus adaptée de se les réapproprier, et d’éviter le plus possible les contacts potentiellement traumatiques avec la médecine allopathique, qui considère bien trop souvent nos corps comme des machines détachées d’émotions et de ressentis humains…

La question du regain réactionnaire et de l’exrême droite a fait l’objet d’une discussion en fin d’après-midi.Le postulat de départ posé est que l’extrême droite est un groupe hétérogène, et qu’à ce titre ses pratiques sont diverses. On a continué en parlant du contexte de regain d’intérêt pour ce groupe politique, regain qui pourrait éventuellement s’expliquer à travers les évènements récents (la mort de Clément Méric, les manifs pour tous…). Plus globalement, le constat est fait de la droitisation du paysage français et de la lepénisation des esprits. Le discours d’extrême droite devient décomplexé, et les idées qui y sont liées touchent une frange plus élargie de la société. Il est constaté aussi que les médias tendent à paticiper à la projection de ces idées, ainsi que les réseaux sociaux qui ont été largement investis par l’extrême droite. Enfin, les moyens de lutte sont discutés à travers une autocritique du mouvement antifa, le constat d’une nécessité de vigilance quotidienne face à la banalisation de certains propos et actes (racistes, sexistes, etc…) ainsi que celle de continuer à réfléchir collectivement pour effectuer un travail de veille, d’intervention et d’analyse pour lutter contre ces idéologies, en contextualisant ces outils par rapport aux territoires dans lesquels ces luttes s’inscrivent…

Dans la même veine, un autre débat a concerné le confusionnisme (théorie du complot). Il semble que des personnes confusionnistes aient manifesté leur vision du monde lors de cette discussion. Les participant.es ont essayé de définir le confusionnisme, les « confus ». Certains le définissaient comme un mélange des idées traditionnellement attribuées à la droite et à la gauche. Déconstruire leur discours ne suffit pas, on débusque la confusion à l’aune des actes militants des uns et des autres.

Il y a eu également une discussion sur la présence de l’alcool dans nos luttes. C’était une discussion détendue en grand groupe. Certain.es ont parlé de leurs expériences par rapport à l’alcool sur des lieux d’occupation, ZAD, camps, squat…). Notamment le fait que les lieux collectifs où l’alcool était interdit ne survivaient pas longtemps à cette interdiction. Certain.es pensaient que l’alcool pouvait nuire à l’image d’un lieu, d’autres expliquaient les circonstances qui menaient à l’alcoolisation. Une discussion en plus petit groupe a suivi sur l’alcool dans le cadre des lieux occupés et des questions comme : comment remplacer l’alcool, quelles solutions inventer ?

skippie2Réunions et ateliers :

Un incroyable atelier « Chant de luttes » a donné lieu à des créations vocales (à plusieurs voix) de haute volée sur des chansons comme « Je suis fille de.. », « Allez les gars », « Fusk Ushima »… (ci-dessous!)… Les participant.es en redemandent et les lanceuses d’atelier comptent bien en proposer un nouveau dans la journée de samedi. Pour plus de renseignements, regardez le programme mural du point info !

Une réunion non-mixte a eu lieu pour définir un moment de discussion collective mixte sur le sexisme, afin de réagir aux agissements dénoncés lors de l’AG de mercredi soir. Les participantes souhaitent expliquer le sexisme, le féminisme et l’interconnexion (l’intersectionnalité) des luttes en faisant preuve de pédagogie.

skippie1En soirée, un apéritif était proposé à Bonnet, un village proche, suivi d’une discussion sur l’avenir des terres agricoles et la question foncière : la façon dont l’ANDRA s’approprie toutes les terres autour du lieu du projet d’enfouissement. Une mobilisation des agriculteurices en colère serait un soutien fort. Des copains-copines de COPAIN (44, association de paysan.nes qui luttent contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) étaient présent.es pour échanger avec les paysan.nes du coin sur les modalités de défense d’un territoire face à un projet imposé…

La chaleur est toujours de rigueur, pensez à picoler de l’eau à tout va !

 

 

Contexte et historique de la lutte locale contre Cigeo

Le 3 août à 10h00, une grande discussion a eu lieu sur le contexte local de la lutte contre Cigeo et l’Andra. Nous étions entre 150 et 200 personnes. Différentes associations sont venues nous parler du processus qui a été mis en oeuvre pour implanter le « Centre industriel de stockage géologique » dans la région.

NB: Ce compte-rendu a été retranscrit par deux personnes volontaires, elles ont tout fait pour rester fidèles à ce qui s’est dit oralement, et nous invitons toutes les personnes qui voudraient approfondir cet aspect à se renseigner auprès du collectif Bure Stop, qui fédère toutes les initiatives locales d’opposition à l’Andra et à son projet Cigéo.

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Un représentant du Cedra 52 (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) commence à nous expliquer l’historique. Dans les années 80, les industriels des pays nucléarisés se retrouvent confrontés au problème des déchets nucléaires. La solution étant alors de les jeter en mer. L’enterrement des déchets a donc été envisagé dans la Creuse, mais la population n’a pas été consultée. La population locale, découvrant la situation, entre en résistance, suivie par les élus.

En 1987, quatre départements sont ciblés mais la situation n’était pas claire sur la localisation envisagée. Un moratoire est décidé en 1990 suite à la rebellion de la population.

En 1991, le député (PS) Christian Bataille est à l’initiative de la première loi relative au traitement des déchets  : il recherche des sites candidats en France avec un projet de laboratoire souterrain, un accompagnement économique pour les régions impactées, et des promesses d’emplois.

Fin 1993, quatre départements sont envisagés par Christian Bataille : la Vienne, le Gard, la Haute Marne et la Meuse, ces deux derniers ayant une frontière commune. La Meuse et la Haute Marne seront finalement retenus, avec Bure comme cible.

Jean-Pierre Remmelé, maire de Bonnet entre 1995 et 2014, agriculteur retraité, prend la parole pour raconter avec émotion l’implantation de Cigéo. Quatre ZIRA (Zone d’intérêt pour la recherche approfondie) sont envisagées sur la communauté de communes. Ce qui crée des tensions entre les quatre municipalités (Mandres-en-barrois, Ribeaucourt, Bonnet, Bure), car chacune convoite la «  descenderie  » qui est présentée comme un important facteur de développement économique.

Dans la commune de Bonnet, le conseil municipal vote à l’unanimité contre le projet. En octobre 2009, toutes ces municipalités sont invitées par l’Andra à la présentation du projet. Finalement, c’est une cinquième ZIRA qui est retenue, malgré le fait que personne n’en a entendu parler  ! Il s’agit de Bure. En janvier 2010, lors d’une autre réunion, les 4 maires sont réunis autour d’une table et font face à quatre fonctionnaires  : le préfet, le secrétaire de la préfecture, une stagiaire de l’ENA, et… le chef des RG de la région  ! Trois maires sur quatre souhaitent consulter leurs administrés, mais la préfecture sort alors un texte interdisant les référendums locaux. Seule la mairie de Bonnet tente de s’opposer en évoquant le principe de précaution en prenant une délibération contre l’enfouissement, entamant ainsi une bataille rangée contre l’ANDRA, et donc ontre l’État.
L’association EODRA (Elus opposés aux déchets radioactifs), avec le soutien de la population locale de la Meuse, rechigne car la loi Bataille imposait la création de plusieurs laboratoires, et cela n’est donc pas respecté.

En janvier 2000, un second laboratoire est donc envisagé parmi 16 départements candidats. Parmi eux, la Corrèze, département dont F. Hollande était député. Sous la pression des opposants, le projet du second labo est rejeté, alors que Hollande avait voté pour la loi Bataille de 1991.

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La mobilisation locale
L’opposition locale prend corps en 1994 avec une première manifestation contre CIGEO, à l’appel de diverses associations comme le CDR 55, le CEDRA ou l’EODRA, regroupant plusieurs centaines d’élus meusiens ayant signé contre CIGEO.

Corinne, militante locale, raconte : « En 1994, l’association Meuse Nature environnement a lancé l’idée de créer des collectifs de résistance. L’ensemble du département s’est mobilisé, on a fait des chaînes téléphoniques, des réunions mensuelles, des blocages du Conseil général, des manifestations, des recours juridiques, etc.. Car en 1994, à la vue du cahier des charges de l’ANDRA, on s’est rendu compte que le projet était de confiner les remontées radioactives en surface. Au fur et à mesure, on a découvert les dangers et l’ensemble des problèmes mettant en péril les générations futures, l’eau, les nappes phréatiques, etc. Le but de l’ANDRA est d’enfouir le problème pour 100 ou 200 ans. Il y a donc un risque que les générations futures ne puissent plus connaitre le lieu exact de la contamination. Le travail, avec des experts indépendants, met en évidence des problèmes techniques que l’ANDRA n’a toujours pas résolu : les déchets produisent de l’hydrogène qui peut devenir explosif, il y a donc des risques d’incendie en grande profondeur. Sans parler du transport  : il y aura deux convois de matières radioactives par semaine pendant 130 ans. Un risque insensé d’accident et de contamination. Comment prédire l’imprévisible?»

Jean-Marc Fleury, président de l’association EODRA, renchérit  : « la question du coût de cette opération est largement éludée par CIGEO alors que l’on sait qu’il s’agit aujourd’hui d’une opération de quelques 35 milliards d’euros, minimum. Et si les porteurs de ce projet suivent les recommandations de sécurité de l’IRSN et de l’ASN, on est au dessus de 50 milliards. L’État en a-t-il les moyens ? Non. Sur quoi va-t-il devoir rogner ? Il n’y a aucun contrôle, ni technique ni financier. Je fais partie du CLIS (Comité Local d’Information et de Suivi). En 2000, nous avons commandé une contre expertise. On s’est trouvé face à un gros problème : impossible d’expertiser le programme de l’ANDRA, car il n’y avait tout simplement pas de programme de recherche  ! Ici, ce qui est recherché par les sociologues et psychologues payés par l’ANDRA, c’est la capacité d’une population à accepter un tel projet. C’est la seul chose étudiée ici. A chacune de nos questions, l’ANDRA répond par l’opacité. Aujourd’hui, environ une quinzaine d’associations se battent contre le projet, avec chacune ses spécificités et ses modes d’action (manifestations, information citoyenne, actions juridiques, participation à la lutte anti-nucléaire nationale, etc.).

Irène, du collectif des Habitants Vigilants de Gondrecourt, explique  : Aujourd’hui le projet de poubelle nucléaire, une sorte de « CIGEO Valley » a permis à d’autres d’entreprises liées au nucléaire de prospérer aux alentours du labo. Par exemple  : à Saudron, Syndièse, un projet du CEA, est une usine de biocarburants dite «  de 2ème génération  » à 22 millions d’euros, destinée à engloutir la forêt alentour car le procédé utilise le bois. Le tout avec un permis de construire non déposé  ! A Velaine-en-Haye, EDF a construit une centrale logistique de pièces de rechange pour son parc de centrales nucléaires (37 millions d’euros). A une trentaine de kilomètres de là, à Void-Vacon, une plate forme de transit a été construite en 2009 par une filiale d’Aréva. Il s’agit d’une aire de repos de matières radioactives en provenance du Tricastin. Autre exemple: à Saint-Dizier, une usine de maintenance nucléaire pour Areva et EDF est en cours de construction pour 42 millions d’euros. De multiples entreprises devraient encore voir le jour autour de CIGEO.

Claude Kaiser, Association La Graine. « Dans la Meuse, on trouve ici concentrées toutes les horreurs du capitalisme. On nous a dit « peut importe ce que vous pourrez dire, vous l’aurez, la seule façon d’empêcher l’implantation de CIGEO est de mettre 10.000 personnes dans la rue ». Mais avec 7 habitants au km2, comment mettre 10.000 personnes dans la rue ? C’est bien la raison pour laquelle ce site a été choisi, nous a-t-on répondu. Je n’ai plus aucun espoir dans ce système. Il faut mettre en place un rapport de force, car ils ne comprennent que ça. Aujourd’hui, on sent un vrai renouveau dans la lutte. La mobilisation a pris un bel essor avec le blocage du débat public en 2013. Ce pseudo débat a été perturbé puis finalement empêche par des centaines de militants locaux. Pour les vieux militants que nous sommes, c’est un grand coup de fouet et beaucoup d’émotion. Il y a eu les 100 000 pas à Bure le 7 juin, l’occasion de réunir prés de 2000 personnes. On n’avait pas vu ça depuis longtemps. Et désormais, le projet mobilise bien au-delà de la Meuse et la Haute Marne. Par l’action de TOUS, dont le camp VMC, on sent que le rapport de force commence à se structurer. Un des problèmes reste que les gens pensent qu’ils n’ont pas les moyens de faire arrêter le projet. Maintenant, je pense qu’il est possible de mettre ces 10 000 personnes dans la rue. Et ça commence aujourd’hui !

Questions dans la salle

En quoi la loi Macron accélère t-elle le projet de BURE ?
A l’origine, il y a la loi Bataille de 91, puis une nouvelle loi sur les déchets nucléaires votée en 2006. Cette dernière, relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, définit une politique nationale, renforce la transparence dans ce domaine, et met en place des dispositions de financement ainsi que d’accompagnement économique. L’autorisation pour l’enfouissement en couche géologique profonde ne sera délivré que si la « réversibilité » du stockage est assurée pour au moins 100 ans. Mais il y avait une date limite pour l’autorisation de la création d’un centre de gestion durable des déchets, et ce délai arrive à terme. C’est pourquoi le gouvernement a accepté, dans la dernière loi Macron, de valider un amendement – déposé par Gérard Longuet, sénateur LR de la Meuse –qui entérine cette « réversibilité ». (Même si le 6 août, nous avons appris que le Conseil constitutionnel vient d’invalider cet amendement).
Mais la « réversibilité » n’est qu’un concept psychologique pour assurer l’acceptabilité sociale. L’Andra est capable de truquer les résultats scientifiques et les associations luttent juridiquement. Le cahier des charges est public. Mais le site de l’ANDRA est tellement blindé de documents qu’il est difficile de s’y retrouver. Au CLIS, on a commandité une contre expertise. Ce ne fut pas possible car il n’avait pas de programme de recherche à expertiser! C’est une anecdote invraisemblable à propos de la supercherie de ce projet. Cela pose aussi le problème de la capacité d’une population à accepter un projet aussi terrible.
Nous connaissons un centre d’enfouissement, le WIPP au Nouveau Mexique (USA) où il y a eu, en février 2014, un accident suivi de fuites radioactives. Les futs les « moins dangereux », qui du moins n’auraient pas été envisagés comme dangereux, ont contaminé 21 ouvriers et les installations souterraines. Il n’y a que très peu d’information relayé mais Mediapart a réalisé un bon dossier sur ce sujet.

Combien de personnes travaillent autour du projet et combien d’emplois sont prévus?
La totalité des emplois directs et indirects est de 280, répartis sur les deux départements. Mais il n’y a qu’une dizaine de personnes réellement du coin qui sont employées. Loin des promesses formulées au début.

Pourquoi ne pas boycotter les instances crées par les institutions ?
Le CLIS de Bure est le seul (organe) qui ait de réels moyens financiers. Grâce à lui, plusieurs études ont été réalisées grâce a l’intervention des opposants.