Archive mensuelles: février 2017

La propriété de l’Andra sur le bois Lejuc remise en cause par la justice !

Le tribunal administratif annule la délibération approuvant la convention d’échange foncier entre l’ANDRA et la commune de Mandres-en-Barrois

Communiqué de presse

Les faits et la procédure :
Dans le cadre des recherches qu’elle mène, notamment dans le laboratoire de recherche souterrain de Bure, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) a étudié la faisabilité du stockage en couche géologique profonde de déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue. Ses recherches ayant abouti à la faisabilité d’un tel stockage, l’ANDRA a proposé à la commune de Mandres-en-Barrois un échange foncier.

Par une délibération, adoptée à la suite d’un vote à bulletin secret le 2 juillet 2015, le conseil municipal de la commune de Mandres-en-Barrois a autorisé le maire à conclure avec l’ANDRA une convention relative à l’échange d’un bois communal contre une forêt située sur le territoire de la commune de Bonnet. Plusieurs habitants de la commune de Mandres-en-Barrois ont demandé au tribunal administratif de Nancy d’annuler cette délibération.

Par un jugement en date du 28 février 2017, le tribunal administratif a annulé cette délibération.

Le jugement du tribunal administratif :

Tout d’abord, si la commune déniait aux requérants un intérêt à contester la délibération approuvant l’échange de bois, le tribunal estime que les requérants avaient bien un intérêt, en leur qualité de contribuables communaux, à demander l’annulation de la délibération qui a des effets sur les finances communales et affecte la gestion du patrimoine de la commune.

Le tribunal relève ensuite que si l’article L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales autorise le vote à bulletin secret, c’est à la condition que le tiers au moins des conseillers présents le demandent. Or, selon la jurisprudence, il appartient à la collectivité d’établir que les conseillers présents l’ont réclamé ou, au moins, qu’ils ont accepté une proposition du maire en ce sens. Le tribunal considère que la commune n’a pas apporté cette preuve alors que les modalités de vote avaient été rajoutées a posteriori sur le compte-rendu de séance. Il juge par conséquent que la délibération a été adoptée
de façon irrégulière.

Un vice de procédure n’entraîne toutefois l’illégalité d’une décision que s’il a privé les intéressés d’une garantie ou a été susceptible d’influencer le sens de la décision. Au cas particulier, le tribunal estime que le vice de procédure, qui a permis de déroger à la règle générale selon laquelle le vote a un caractère public, a privé le public de la garantie de connaître le sens du vote des membres du conseil municipal.

Le tribunal annule donc la délibération du 2 juillet 2015.- 2 –

Pour terminer, le tribunal indique que le vice de procédure qu’il censure est régularisable et enjoint ainsi à la commune de Mandres-en-Barrois de le régulariser dans un délai de quatre mois par l’adoption d’une nouvelle délibération approuvant les termes de l’échange de forêt. A défaut la commune devra résilier la convention conclue avec l’ANDRA

Jugement n° 1503615 M. X ….. / Commune de Mandres-en-Barrois du 28/02/2017

Police partout, Andra nulle part !

Bruno Le Roux déclare cette semaine qu’il n’y aura pas de ZAD à Bure. Ça tombe bien, il n’y en a pas et il n’y en a jamais eu. Effet d’annonce pour un ministre qui n’a pas eu le temps de réviser sa copie avant d’être interpellé par le sénateur Christian Namy au Sénat ? Savait-il même où était Bure avant cette semaine ? On l’imagine rentrer à son ministère le soir même et demander à avoir au téléphone la nouvelle préfète de la Meuse pour avoir un rapport circonstancié sur la situation de ce nouveau « kyste » et exiger que des mesures soient prises « énergiquement » contre cette poignée de zadistes qui défraie la chronique.

L’été dernier, avant de tomber un mur de 1,2 km dans le Bois Lejuc, on avait déjà connu un mois d’occupation policière du territoire entourant Bure : contrôles policiers sur toutes les routes, réquisitions de fouille des véhicules renouvelées par tranche de 12h et passages incessants d’estafettes devant la Maison de Résistance, filmant et relevant les plaques d’immatriculation.

Depuis quelques jours on sent que la préfecture et sans doute le ministère de l’intérieur témoignent d’un intérêt accru pour nous, opposant.e.s et habitant.e.s en lutte contre le projet CIGÉO. Ce jeudi, 23 février, au soir vers 23h, 2 fourgons de gendarmes et 2 estafettes étaient déployés tous feux éteints de part et d’autre de la Maison de Résistance. Ce samedi, 25 février, au matin ce sont des gendarmes équipés de pied en cap, armés de lanceurs de balles de défense, qui contrôlent et fouillent tous les véhicules sur les routes entourant Bure, papiers de réquisitions préfectorales à la main.

Intimidation ou stratégie de tension, on a vu l’année passée que le résultat était surtout une exaspération des riverain.e.s, une amplification de la mobilisation et un renforcement de notre propre détermination à lutter. Nous résumer à une poignée d’agitateurs, c’est méconnaître gravement le fait que nous accueillons des ami.e.s de nombreux et très différents réseaux de lutte que ces intimidations et contrôles confirment dans leur conviction que Bure est une lutte à soutenir dans les semaines et mois à venir. Chaque jour cette répression qui ne dit pas son nom, qui vise à nous marginaliser et à nous ficher, pour mieux s’en prendre à nous ensuite, démultiplie la solidarité dans toute la France et bien au-delà. Qu’ils s’en prennent à quelques-un.e.s d’entre nous et demain nous serons des centaines à manifester au pied de la préfecture, qu’ils répriment ces centaines et nous serons des milliers à défiler dans les rues de Bar-le-Duc et à camper dans le sud de la Meuse. Car il ne s’agit pas seulement ici de CIGÉO ou même de l’industrie nucléaire, c’est une certaine vision capitaliste, marchande et sécuritaire de l’avenir contre laquelle nous luttons ici et en bien d’autres endroits du monde.

Et dans la Meuse, depuis que mur et grilles sont tombés, c’est toute la région qui gronde, qui reprend du poil de la bête : dans les villages les langues se délient, les appels signalant les passages et mouvements de gendarmes se multiplient, les hostilités contre cette omni-présence policière s’accroissent. On applaudit dans les chaumières la claque que prennent ANDRA et nucléocrates, après des années d’extorsion de terres déguisées en acceptabilité sociale.

Alors oui, Mme la Préfète, M. Le Roux vous avez un problème, mais il est généralisé, c’est celui de générations qu’on a mal nourries, polluées, bétonnées, exploitées, expropriées et qui commencent à entrevoir, lorsqu’un mur nucléaire chute, qu’un projet d’aéroport capote, qu’un autre avenir est possible et qu’il ne se passera pas de conflictualité. Peut-être que vous nous causerez bien des larmes, mais nous vous opposerons une joie féroce, nos rires et nos chants, en dépit de tout. Vous pouvez nous contrôler, nous arrêter, nous fouiller, vous n’enfermerez et n’empêcherez pas l’imaginaire que nous portons, de se réaliser et de s’envoler, il a déjà bien pris son élan …

Les chouettes hiboux de Bure

Il n’y aura pas de Ministre de l’Intérieur va-t-en guerre à Bure !

Après être devenu un « marqueur » politique et l’objet d’une négociation entre Hamon et Jadot, voici que la lutte à Bure s’invite dans l’hémicycle du Sénat. Quand ils ne sont pas occupés à pantoufler leur retraite dorée, quelques sénateurs ont interpellé le ministre de l’Intérieur Bruno le Roux sur l’occupation actuelle du site du bois Lejuc à Bure, sans doute obligés de se positionner suite à la couverture médiatique conséquente de la manif’ du 18 février.

Le Roux, peu inspiré, nous a donc gratifié d’une prestation de sous-Valls, affirmant, bien entendu que « l’autorité de l’État et la loi » seraient respectés. On aurait au moins aimé que, entre Notre-Dame-des-Landes et Bure, la partition change légèrement pour avoir l’impression de ne pas réécouter une énième fois des disques rayés.

Nous rappelons donc à M. Bruno Relou et tous les sinistres encravatés qui l’accompagnent, que jusqu’à présent, sur le terrain, c’est l’Andra qui ne respecte pas l’autorité de l’État et la loi : en étant condamné par le TGI de Bar-le-Duc pour avoir défriché 7 ha de bois de manière illégale ; en obtenant au forcing une forêt à l’issue d’un échange jugé illégal par la rapporteur publique du tribunal administratif de Nancy ; en maquillant les potentiels géothermiques d’ampleur du sous-sol ; en inventant des conclusions jamais prononcées à l’issue de débats publics bidons.

Non, vraiment, la seule « occupation » illégale et illégitime de territoire qu’il faille évacuer est bien celle que, depuis 25 ans, l’Andra inflige à toute la population meusienne et haut-marnaise, vues comme les poubelles d’une filière nucléaire en quête de relance, au mépris du consentement local, des manifs de milliers de personnes des années 90, des pétitions agrégeant plus de 100 000 signatures, des délibérations de certains conseils municipaux, de tous les refus massifs exprimés. Nous avons ainsi évacué l’Andra de son occupation illégale du bois Lejuc depuis juin 2016, et le 18 février, nous avons à 500 entamé le chantier, autrement plus conséquent, de l’expulsion du faux « laboratoire de recherche », une mascarade qui cache la vraie poubelle.

Que l’on ne s’y trompe pas : les politicien-ne-s et préfectures, d’un mandat à un autre, pourront bien jouer l’éternelle scène de la république bafouée rétablissant l’ordre dans les « ZADs », « kystes » et autres « territoires perdus », nous ne nous positionnerons pas par rapport à leurs fantasmes guerriers. Il n’y a pas de ZAD à Bure, mais 25 ans de lutte continue de tout un territoire contre un projet qui s’est implanté au mépris des gens, et 10 ans de vagues de militants qui s’installent peu à peu dans la région. Pas de hordes de cagoulés radicaux arc-boutés sur des cabanes, mais des centaines et des milliers de personnes, jeunes et moins jeunes, de tous horizons, déterminées et solidaires pour bloquer physiquement l’Andra dans la forêt depuis des mois et à s’en prendre aux grilles de son laboratoire pour mettre un frein à la fuite en avant de l’industrie nucléaire.

Il n’y aura pas de ministre de l’Intérieur va-t-en-guerre à Bure ! Expulsons le Sénat et l’Andra, pas le bois !

Des opposant.e.s au projet d’enfouissement de déchets nucléaire à Bure.

Site : vmc.camp

Contact : automedia.bure@riseup.net

Tel automedia : 07.53.54.07.31

Ça devient un peu Longuet cette histoire de poubelle nucléaire !

Décryptage de l’interview de Gérard Longuet sur France 3 Lorraine le 19 février 2017

Gérard Longuet, la main sur le coeur s’engage pour les générations futures tandis que les gendarmes sont montrés face aux manifestant.e.s, en vis à vis à l’écran

« Ces manifestants sont complètement décalés avec la réalité »

« Le stockage en couche profonde est une nécessité absolue pour la France »

Ah que c’est réconfortant quand une figure placide et grisonnante engoncée dans son costard nous rappelle à la raison. À écouter Gérard Longuet sur France 3 Lorraine ce 19 février, la manifestation qui a eu lieu à Bure, la veille , semble bien futile et inconséquente au regard de ce grand projet d’utilité publique qu’est l’enfouissement des déchets nucléaires.

Oui c’est vrai que le stockage souterrain est une nécessité absolue, mais il l’est uniquement pour une industrie nucléaire acculée à qui il ne reste pas d’autre alternative de survie, après des années passées à jeter les fûts radioactifs dans l’océan en Somalie et les entreposer en Sibérie, que de les enterrer bien profond, loin des yeux et du coeur des générations suivantes.

« C’est un projet qui mûrit lentement, depuis 1993, cela fait 24 ans que nous avançons sur ce projet en respectant à la fois les études scientifiques, les débats publics, et les procédures législatives, puisque l’année dernière nous avons voté le texte définissant la réversibilité. »

Ça mûrit lentement mais ça s’impose violemment si on en croit les très violentes manifestations qui ont accueilli l’implantation des quatre projets de labo en France dans le milieu des années 90. Trois d’entre eux avaient dû être abandonnés devant la virulence de l’opposition de la population qui par endroit avait réagi avec la même détermination que celle qu’on connaît au village révolté emblématique de Plogoff. Au final, seul celui de Meuse, malgré des mobilisations de milliers de personnes et une pétition de plusieurs dizaines de milliers, le laboratoire a réussi à voir le jour à Bure avec, à l’époque, la fausse promesse qu’il ne serait pas assorti d’un centre d’enfouissement. 20 ans après on se retrouve avec un des plus grands projets d’Europe et des centaines de km de galeries souterraines en prévision. Au passage, on notera que c’est très unilatéralement que notre ami Longuet, déjà aux premières loges à l’époque, avait posé la candidature de la Meuse pour un labo, on comprend qu’aujourd’hui il se déplace sur un plateau télé pour défendre son morceau de pain alors que Benoît Hamon et Yannick Jadot évoquent pour la première fois en 25 ans l’éventualité d’un abandon du projet à Bure.

Et pour ce qui concerne les études scientifiques, une scientifique de l’IRSN avouait encore récemment sur France Culture que la récupérabilité des colis et la possibilité de réversibilité du projet étaient encore loin d’être acquises techniquement. Pourtant les politiciens n’ont que ce mot magique à la bouche, comme une imprécation magique qui absout de toute nécessité de se justifier. Ainsi la loi de réversibilité tant attendue par l’industrie nucléaire depuis 2006 a tenté de s’introduire par douze fois dans les lois d’économie numérique et dite « Macron » avant de finalement être votée en plein mois de juillet 2016 par 20 députés dans l’hémicycle. Quant au débat public de 2013, il avait finalement du être dépaysé sur internet, tellement il avait été chahuté par les meusiens remontés contre ce simulacre de démocratie qui les faisait participer à une décision déjà actée.

« Il faut préparer l’avenir »

« C’est pour les départements de la Meuse et de la Haute-Marne un atout formidable d’être accrochés à un atout stratégique français qu’est le nucléaire, nous avons des soutiens à l’économie, nous avons des implantations d’EDF qui viennent sur place, et donc nous avons besoin de ce projet. »

Quel beau syllogisme que celui qui dit que parce qu’on arrose abondamment une région d’argent pour lui faire accepter l’implantation d’une industrie déficitaire(1), qu’on crée de l’emploi avec de la dette et une facture phénoménale adressée à l’avenir (41 milliards d’euros au moins pour CIGÉO(2), on représente une opportunité incontournable. Plutôt que cet argent public distribué par les GIP Meuse et Haute-Marne2 contribuent à favoriser le développement global d’un département, on le conditionne à l’acceptation d’une mono-industrie en position de monopole absolu, dont la population sera hyper-dépendante. Les projets liés au nucléaire prolifèrent depuis peu en Meuse et Haute-Marne : une blanchisserie de vêtements du nucléaire ici, un centre de retraitement de déchets radioactifs là ou encore une usine de montage de pièces de centrales à un autre endroit. Et n’en déplaise à M. Longuet, la population locale n’y voit pas une manne économique providentielle : à Gudmont-Villiers, une grande partie du village s’oppose avec virulence à l’implantation de l’usine de retraitement. Quant à l’implantation d’EDF, elle est on ne peut plus cynique : à Velaines une immense bâtisse noire a fait son apparition et continue de s’étendre, collée à une ancienne usine en liquidation, la SODETAL, que ses ouvriers tentent de reprendre en coopérative. En Meuse, l’industrie nucléaire est un vautour qui se repaît des restes de la désindustrialisation de ces 60 dernières années. Elle ne propose rien, elle s’impose à travers un « There Is No Alternative ». Utiliser un appui d’argent public pour financer des salles des fêtes dans des villages qui se désertifient et s’acheter la dignité et l’histoire d’un territoire, ce n’est rien d’autre que de la colonisation.

« Le législateur (décidera du retrait des colis). C’est un débat national, à aucun moment il ne s’agira d’une affaire technique réservée à quelques spécialistes. Naturellement les spécialistes français et mondiaux s’exprimeront, mais la décision de la réversibilité s’il y a une opportunité, ce sera le législateur dans dix ans, dans vingt ans ou plus, puisqu’on sait que le chantier va durer plus d’un siècle. »

Et hop, comme pour les partenaraits public-privé qui endettent les collectivités publiques pour 25 ans, sauf que là la patate chaude est renvoyée à dans 100 ans, quand tous les Longuet & Cie auront finit de voir leurs os blanchir dans la fosse commune de l’incurie des nucléocrates. Il suffit de confier tout ça à des spécialistes : des spécialistes de l’irradiation sur 100 000 ans qui s’associeront à des spécialistes de la langue de bois et on aura un projet spécialement dangereux pour l’avenir, comme la mine d’Asse polluée par des fûts nucléaires déposés dans du sel en Allemagne et le centre du WIPP où un incendie s’est déclaré et a irradié des ouvriers aux États-Unis. Dans 100 ou 1000 ans, s’il faut conserver une mémoire de tout ça, c’est bien celle des noms des responsables qui, du haut de leur expertise auront hypothéqué l’air et les nappes phréatiques. Pour sûr, on gravera le nom de Longuet sur des stèles de béton pour se souvenir qu’il y a des hommes et femmes réellement criminels dont les décisions vénales sont nuisibles pour l’humanité.

« Oui mais enfin, sauf qu’il n’y a pas de nappes à moins 500 m dans l’argile, qui est parfaitement étanche. Vous savez, il y a déjà quinze ans d’étude sur l’argile, le callovo-oxfordien de Bure, et ces quinze ans d’étude ont montré qu’il y avait une étanchéité absolument parfaite »

C’est sans doute parce que ces galeries sont parfaitement sûres, que tout est mis en œuvre pour garantir la sécurité des installations dans de l’argile, qu’un éboulement de paroi a emporté et tué un ouvrier de l’entreprise Eiffage, employé au creusement des tunnels, en janvier 2016. À ce jour aucune enquête n’est parue pour expliciter l’accident, seuls les bons mots des responsables de com de l’ANDRA, véritables virtuoses de l’ellipse.

Nous avons des adversaires qui se réveillent de façon violente.

Non, pourquoi craindre le pire ? Je crois que les gens peuvent réfléchir au fait que dès lors que notre génération a bénéficié du nucléaire, nous ne pouvons pas laisser à nos enfants et à nos petits-enfants un problème sans solution (main sur le cœur).

Les cagoulés sont très gentils, enfin ils sont violents d’ailleurs, mais ils ne règlent rien.

Je crois que c’est un débat de qualité. Les cagoulés n’apportent aucune solution et aucune réponse, j’ajoute même pas de questionnement. J’ai aimé le débat public parce que nous avons évolué, le débat avec des gens passionnés qui sont hostiles, c’est passionnant, avec ceux qui caillassent, ça n’a aucun intérêt.

Faut-il s’inquiéter que M. Longuet soit atteint d’Alzheimer ? Parce qu’il semble avoir oublié beaucoup de choses. L’opposition « violente » ne date pas d’hier : dès le début du projet, en mars 1999 des agriculteurs avaient empilé des bottes de paille contre les premières grilles du laboratoire et y avaient mis le feu. Dans les deux-sèvres, à Neuvy-Bouin, des gendarmes s’étaient fait assaillir par la population, entravant et attaquant les machines de forage. Il n’y a jamais eu de débat public, jamais de dialogue, depuis la loi Bataille de 91, la population a systématiquement été mise devant le fait accompli des décisions de l’Andra avec le concours des gouvernements successifs. Quand une entreprise publique s’affranchit des lois pour aller défricher un bois soustrait à une commune à l’insu d’une partie de ses habitant.e.s, on peut s’attendre à ce que ces dernièr.e.s n’aient plus très envie de « dialoguer ». Le seul dialogue que comprend l’Andra, c’est celui du rapport de force, celui de nos corps qui entravent leurs machines de chantier, celui de centaines de bras qui abattent leurs murs et leur grilles soutenus de façon invisible mais sincère par la population environnante, réduite à l’omerta.

Gérard Longuet, le 20 mai 66 à Paris, tente de s’interposer dans l’arrestation d’un autre membre d’Occident

Pour ce qui concerne le passé de notre ami Longuet, rappelons brièvement ses classes à l’extrême-droite, dans les rangs d’Occident, les casseurs de gauchistes autoproclamés. En 1967 il a notamment écopé d’une condamnation pour complicité de violence et voie de fait avec armes avec douze autres militants d’extrême-droite. En revenant sur cet épisode récemment, il déclarait « nous étions jeunes et libres, il s’agissait de rites initiatiques de jeunes gens, un folklore d’aspect paramilitaire ».

Contrairement à lui, il ne s’agit pas pour nous, lorsque nous renversons des grilles et nous opposons à la police qui les protège, de rites ou de folklore ou encore d’entraînements martiaux mais bien d’une résistance, parfois désespérée, mais idéaliste, contre un aménagement violent et implacable du territoire, une destruction généralisée des environnements naturels, sous couvert de déclarations d’utilité publiques. Ces dernières ne servent en vérité qu’à nourrir les appétits financiers des grandes multinationales françaises du béton et les parachutes dorés de leurs amis énarques et gouvernants.

Les visages coupables qui se dissimulent derrière cette casse généralisée d’un système social qui serait juste et respectueux de chacun.e et de l’environnement dans lequel nous vivons, sont bien plus innombrables que nos dérisoires masques de hiboux : ceux d’entrepreneurs, de décideurs, d’ingénieurs, de scientifiques, de communicants, de commerciaux, de toutes ces chevilles laborieuses qui caillassent nos rêves et contribuent à désenchanter l’avenir en produisant du fatalisme. Contrairement à beaucoup de ceux-là qui le font par application professionnelle, dans une forme atténuée de la banalité du mal(2) , M. Longuet fait partie des fachistes qui sous la férule de Pasqua ont échangé, dans les années 70-80, la barre de fer contre un portefeuille d’actions libérales et de responsabilités dans les coulisses gouvernementales. Fondamentalement, il n’y a que la dimension de la nuisance qui a changé, pas son fond : au lieu de faire le coup de point en ratonnant quelques piquets de grèves, on ratonne l’ensemble des ouvriers à coups de plans d’austérité et on brade toute une population contre un pactole atomique. Ce  qui est certain c’est que ce n’est pas M. Longuet qui passera sa retraite sous le vent irradié d’une poubelle nucléaire, pour récompense de ses très loyaux services envers l’industrie nucléaire au cours des 30 dernières années; on imagine qu’il bénéficiera d’un coquet butin pour finir ses jours sous un soleil (ir)radieux.

Nous, nous sommes dans le camp de ceux qui préparent l’avenir pour nos enfants, et le callovo-oxfordien, qui est parfaitement stable depuis des millions d’année le restera pour quelques milliers d’année.

Vivement la disparition de tous ces dinosaures politiques qui nous promettent une poubelle pour 100 000 ans comme seul horizon d’avenir, qu’on puisse les enterrer avec leurs méfaits dans les strates profondes du callovo-oxfordien !

(1) AREVA en faillite a du être rachetée par EDF qui accuse une baisse importante de sa croissance pour l’année à venir.

(2) Les Groupements d’intérêt Publics sont des institutions publiques départementales « d’accompagnement économique » qui subventionnent abondamment tous les villages environnants : chantiers, festivals, associations, etc. Une sorte de compensation à l’installation de l’ANDRA qui achète les consciences et contribue à rendre acceptable l’inacceptable au travers de la mise en place d’un processus d’acceptabilité sociale.

(3) La banalité du mal que pointait Hannah Arendt dans le procès d’Eichmann qui se défendait de n’aoir fait que son travail de technocrate en organisant l’exécution massive des juifs dans les camps d’extermination.

Les grilles de l’ANDRA renversées par 20 ans de colère contenue !

 » Si on avait fait ça il y a 25 ans ça ne se serait pas passé comme ça « 

Un ancien agriculteur de Mandres, passant en voiture
pour saluer le cortège arrivant devant les grilles de l’Andra

Le 18 février devait être une journée de mobilisation contre l’expulsion prochaine du Bois Lejuc, elle aura au final été un nouveau grand moment de déconfiture infligé à l’Andra.

Sous un soleil frais et timide, à 11h du matin, une longue colonne chamarrée et joyeuse de près de 600 personnes s’est étirée entre Bure et le Bois Lejuc. L’occasion d’observer au passage, depuis le point de vue culminant du Chaufour, l’imposant laboratoire de l’Andra et les emplacements des futurs travaux liés à l’installation de la poubelle nucléaire CIGÉO. Le cortège a symboliquement suivi les pas des deux précédentes manifestations de réoccupation de la forêt, lors de l’été 2016, avant de s’y engouffrer, le temps de partager un repas servi par la cantine et de découvrir les différentes habitations. Une ambiance chaleureuse, tandis que 700 rubans jaunes distribués à chacun.e venaient décorer les branches pour symboliser la résistance du bois au désert nucléaire.






Vers 15h, chacun.e muni.e de morceaux de mur de l’Andra détruit en août dernier, un cortège de près de 700 personnes a repris la route en sens inverse pour rejoindre le laboratoire en repassant par Bure. Sur place, un important dispositif policier retranché derrière un mur de barbelés et des grilles anti-émeutes gardait tout le pourtour de la place forte. Une image aussi saisissante que celle d’un mur d’un kilomètre enserrant un bois : celle de l’industrie nucléaire acculée, retranchée derrière ses hautes murailles gardées par la soldatesque.

La foule, unie, au pas rythmé par le son roulant de la batucada, le martèlement métallique des pierres sur les glissières de sécurité, et des hurlements de hiboux et de loups a poursuivi son chemin avec détermination,dans une ambiance électrique. Elle s’est déployée en arc-de-cercle depuis la route, tout au long du bâtiment de l’écothèque, et une bonne partie du cortège, avançant et reculant tour à tour vers les grilles, est finalement parvenue à renverser une grande partie de celles qui avaient réchappé à la virée nocturne de l’avant-veille, sous une pluie de grenades lacrymogènes. Hors de portée des tirs, le reste des manifestant.e.s de tous âges et horizons les encourageaient, enthousiastes, en cris et en musique, tout en peinturlurant la route et enflammant le grand phénix bariolé construit à cet effet, symbole d’une lutte populaire qui renaît de plus belle depuis quelques années. Une ambiance loin de celle décrite par la préfecture qui voudrait réduire une colère populaire légitime, longtemps refoulée, à l’acte isolé d’une « cinquantaine d’individus cagoulés ». Mais l’éternel discours médiatico-policier de la minorité de casseurs ultraviolents n’a plus de prises face au réel : celui de la solidarité joyeuse et sans faille de l’ensemble de la manifestation pour attaquer directement le laboratoire, sur son terrain, pour la première fois depuis 25 ans . Si le monde qu’on nous promet est celui que promeut l’Andra quand elle s’impose par la résignation à une population méprisée, alors oui, nous sommes tout.e.s les casseur-heureuses de ce monde-là.

Face aux tombeur.ses de grilles, les gendarmes mobiles, répliquant par des charges aux grenades de désencerclement et assourdissan