Archive mensuelles: juillet 2016

Du 8 au 19 août : Deuxième manche de l’été d’urgence à Bure !

arbre-bombe-nucleaireV2 Cigeo-mon bouleV4

Aux confins de la Meuse, il se trame quelque chose. Depuis le début de l’été, nous avons multiplié les manifestations contre la poubelle nucléaire et son monde. Nous nous sommes rassemblé.e.s à plusieurs milliers devant le « laboratoire » et avons occupé, pendant 3 semaines, le bois Lejuc pour bloquer les travaux. La résistance au projet CIGEO a trouvé le point de ralliement qui lui manquait. Un nouveau front s’ouvre contre le diktat des aménageurs.

Tout au long de ces semaines, nous avons été de plus en plus nombreux-euses. Des personnes venues de toute la France et d’Europe ont convergé vers Bure pour de grands rassemblements festifs. Beaucoup de vies ont été bouleversées par les événements récents. Certain.e.s habitant.e.s se sont retrouvé.e.s à dormir sur les barricades, dans la chaleur du mois de juillet. Des paysan.ne.s ont bloqué les voies d’accès avec leurs tracteurs. Des gen.te.s d’ici et d’ailleurs sont présent.e.s au quotidien, pour quelques jours, ou pour s’installer progressivement. 
Ils plongent dans la lutte et s’attachent à cette terre qu’ils ne connaissaient pas il y a encore deux mois, décidés à peupler ce territoire hostile d’une joie indestructible.

Après nos premiers succès, nous avons aussi essuyé des coups au moral et sur les corps. Nous avons été expulsé.e.s de la forêt, puis nous y sommes retourné.e.s, fort.e.s d’une énergie collective encore jamais ressentie. L’intensité du mouvement a poussé l’Andra, derrière sa propagande bien rôdée, à révéler son vrai visage répressif : des manifestant.e.s ont été blessé.e.s par les flashballs des gendarmes, par les manches de pioche des vigiles ou placé.e.s en garde à vue. A l’orée du bois, l’agence érige maintenant des murs et des barbelés. Les hélicoptères de la gendarmerie survolent les villages.

 Plus que jamais, à Bure, l’été d’urgence est déclaré.

#Occupybure



Une première étape a été franchie. Nous devons désormais penser au coup d’après et enraciner la résistance. Nous appelons à deux semaines de rencontres, du 8 au19 août pour poursuivre les chantiers en cours,  à l’ancienne Gare de Luméville (à 5 kilomètres de Bure). Nous y installerons un campement pour construire, échanger et s’organiser sur le long terme. Venez avec vos envies, vos idées et votre matériel. Nous imaginons promenades, blocages, débats, jeux grandeur nature, ateliers… Toutes les énergies seront les bienvenues pour  faire le procès du nucléaire et de son monde !

Le week-end du 12-13-14 août sera le point d’orgue du campement. Vendredi 12 août au soir : concerts ; samedi 13 : ballades et présentation de la lutte et dimanche 14, à 11h : grande manifestation contre le projet CIGEO et l’accaparement du bois Lejuc. 

Retrouvons-nous massivement à Bure pour ensevelir la poubelle nucléaire sous une irréversible marée humaine !

C’est maintenant que ça se passe !!!



ANDRA, DEGAGE ! RESISTANCE ET AFFOUAGES !
 CONSTIPONS LE NUCLEAIRE ET LE CAPITALISME !

Tract version « CIGEO ? Mon cul !« 

Tract version champignon arbre atomique

Informations pratiques

Nous aider

Informations médics

Recueillir une goutte de soleil

Avant le campement des 8 au 19 août prochains, voici un témoignage de la libération du bois Lejuc. Pendant 18 jours, c’est le projet de poubelle nucléaire qu’on a enterré et nos désirs qu’on a plantés dans le sol.

« L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons. » 

Capture d’écran 2016-07-29 à 13.53.06

Nous sommes rentrés dans le bois le 19 juin 2016. Le jour même il y a eu : une manifestation d’animaux divers déguisés en humains (des hiboux surtout), la mise en cage de sept ou huit vigiles fantomatiques, un banquet collectif et un joyeux sabotage de masse des clôtures déjà installées sur plusieurs kilomètres. Des gosses cherchaient des scies à leur taille, des habitants du coin jouaient de la pince, on construit déjà des barricades avec les morts de l’Agence. Un préau en bois massif est érigé au milieu d’une plateforme, moche et déserte encore le matin : « Salamandre » (ou Salle-à-Mandres), on l’appelle aussi le « couarail », ce qui désigne dans le patois lorrain le lieu de sociabilité villageoise.

La Salamandre, la Gaie Pierre (à peine moins pacifique que l’abbé), la Rue-râle, la Hutte des classes… Des noms qui remplissent nos souvenirs et nos imaginaires ! Pour le monde, ces lieux n’ont jamais existé. Une ou deux mentions indifférentes dans « l’actualité » (ou dans l’oubli). Nous, on les construisait encore qu’on vibrait déjà de se battre pour eux. Et pourtant, n’importe quel architecte, ingénieur, journaliste ou touriste les aurait sans doute trouvées ridicules, ces cabanes, ces préaux, ces barricades : si fragiles mais tellement, tellement plus précieux que leurs immeubles smart en béton, leur laboratoire ou leur centre d’enfouissement ultra-sophistiqué. Presque tout lieu aujourd’hui est destiné à nous vendre des services. Mais quiconque est passé par le bois connaît la différence immense entre un lieu qui est fait pour nous et un lieu qui est fait par nous. Par nos foutues mains, grâce aux savoir-faire qu’un ami ou qu’un inconnu nous partage, grâce aux matériaux trouvés là autour – comme les arbres abattus par l’ANDRA -, ou que des voisins nous apportent en quantité.

Bon gré, mal gré, la cohabitation s’organise avec les oiseaux, les chiens, les hiboux et les tiques. Avec les humains au moins, il y a comme une complicité tenace : la complicité des fugitifs, des amis, des baroudeurs, ou des enfants qui jouent quand le (radio)chat de l’ANDRA n’est plus là. On n’aime pas trop parler de ZAD. Pour l’ANDRA, c’est une Zone d’Intérêt pour la Recherche Approfondie. Un jargon presque mignon. Parmi tant d’autres détours, on s’est appelés les ZIRAdieux, habitants de la Zone d’Insoumission à la Radio-Activité.

Personne ne parle de paradis, l’image de carte-postale faite pour les luttes en phase de récupération. On parle d’une auto-organisation qui avance à force d’expériences et de leçons, d’attention aux comportements sexistes entêtants, de fatigue due aux veilles prolongées sur les barricades. Mais au moins rien n’est jamais définitif puisque c’est une histoire qu’on écrit par nous-mêmes.

Capture d’écran 2016-07-29 à 13.53.41

 

Cette courte vie en forêt n’aurait rien signifié de plus qu’un caprice sans l’engagement politique, amical, combattif et logistique de villages voisins ou de la région, de Nancy, de Metz, de Verdun, des Vosges, de Reims, et souvent de plus loin encore. Des habitants du coin ont semblé dépasser une certaine gêne pour venir prendre l’apéro dans le bois libéré. On projette des films, on fait des balades, on plante des potagers, on construit au sol ou en haut d’un grand arbre, on gère un poil, on sabote encore un peu, on s’enhardie à caillasser un mannequin pendant des heures, on apprend à connaître les bois et reconnaître les plantes, on partage des savoirs d’auto-médecine, on parle stratégie, on se murmure autour du feu des histoires de lutte et de cœur, on fait des conneries, on transe en musique sur les énormes tuyaux métalliques laissés là par l’Agence… De foutues fêtes où tu vois des bolas voltiger, une disqueuse saboter, des copains-copines jouer, danser et hurler à la lune pleine.

Quand j’ai dû partir une ou deux fois de la forêt, c’était pour m’enfoncer dans les tubes souterrains, crasseux et trop lumineux du métro parisien. Ce n’est pas qu’un problème de paysage, hein. C’est que dans la forêt, l’abolition momentanée du Contrôle nous rend à une vie en commun infiniment plus intense et concrète. On n’a pas cherché à en faire une place-forte, mais plutôt une place de village qui se ramifie au creux les arbres. Avec enthousiasme, frénésie, fatigue ou douleur, nous avons tenté d’y ménager la place pour que s’y épanouisse quelque chose comme la liberté. Lorsqu’à l’expulsion, nous avons nous-mêmes brûlé une partie des habitations pour ralentir un peu le rouleau compresseur de la gendarmerie, après avoir fui, après qu’un copain a été brûlé, après qu’un paysan ami a vu son tracteur et sa bétaillère saisis, avant qu’un copain soit bientôt interdit de territoire, il a semblé que ces déchirements douloureux étaient le prix à payer pour avoir osé sentir « ce que vivre veut dire ».

A présent, quand on retourne dans le bois, on n’entend rien d’autre que l’inlassable et mortel ronronnement des machines du Progrès. Jusqu’à ce qu’on y mette un grain de sable assez puissant.

 

Et de ces fêtes, et de ces abris de fortune, il reste peu de photos, peu de textes, mais un souvenir qui restera longtemps tapi dans nos tripes et prêt à resurgir pour enfanter d’autres rêves et d’autres combats.

 

 Un enfant perdu qui n’est plus seul, parmi les ZIRAdieux.

 

 

NOUS NE SOMMES PAS DES GUERILLEROS

Quelques éclaircissements sur les affrontements et ledit « durcissement » du week-end de réoccupation du 16 & 17 juillet à Bure

P7160005

Dans la lutte contre la poubelle nucléaire, tout le monde a sa place. Notre objectif n’est pas l’affrontement avec les forces de police, mais la construction d’un mouvement large, ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent bloquer ce projet et refuser la résignation. Nous l’avons dit et nous le répétons : il y a les barricades physiques, politiques, juridiques et médiatiques. C’est notre stratégie commune qui permettra d’intensifier la résistance et de stopper partout l’aberration CIGEO.

Ce qu’il s’est passé ce week-end du 16 & 17 juillet à Bure est fort. Ce n’est pas si souvent que ça, dans la tranquille campagne meusienne, que l’on voit un cortège hétéroclite de 500 personnes déterminées à reprendre un bois « sécurisé » par les forces de l’ordre. Il n’en fallait pas plus pour que la couverture médiatique locale, par ailleurs plutôt positive, commence à installer – après les tentatives de « zadification » des dernières semaines – l’imaginaire d’une « guérilla rurale » ou d’un « durcissement » du mouvement. Il est vrai que, en vingt ans d’implantation diffuse de l’ANDRA, d’achat des terres et des consciences, c’est la première fois que des gaz arrosent un cortège, que des pierres sont jetées, et surtout que des dizaines de personnes sont blessées sous les attaques de la milice privée de l’Andra ou par les tirs de flashballs.

Il est pourtant hors de question de réduire la portée historique de ce week-end aux affrontements et à la répression, même si la préfecture, l’ANDRA et ses vigiles ont voulu installer ce climat de tension. Parler « d’escalade de la violence » vise à faire peur, réduire et homogénéiser la diversité de ce qui se vit.

Nous sommes multiples

A l’inverse, ce qui s’est joué ce week-end témoigne d’une intelligence prometteuse. Tandis que des centaines de personnes couraient à travers champs pour contourner les gendarmes, d’autres restaient à distance, sur la colline, pour être à l’abri des gaz et des grenades. Certains rampaient dans les blés pour s’infiltrer dans la forêt alors que d’autres jouaient de la musique devant la flicaille ou chantaient, d’autres encore préparaient la cuisine. Des tracteurs ouvraient des chemins dans les céréales pour acheminer le ravitaillement. Une chaîne humaine prenait la suite : pelles, pioches, gamelles, tentes, sourires. C’est ainsi que tout le monde a pu pique niquer dans la forêt. Certains enlevaient les masques de plongées tandis que d’autres garaient les poussettes d’enfants. A l’ombre des grands hêtres, un camp de base se montait et au dessus de nos têtes certains construisaient des ponts suspendus dans les arbres. Des jeunes du coin rencontraient des militants d’ailleurs et une AG sur les perspectives de la lutte s’organisait à deux cent personnes, interrompue pendant 1h30 par une attaque policière, elle reprenait plus tard à l’orée d’une barricade.

Ce week-end, il n’y a pas eu de militant-e-s surentraîné-e-s ou « professionnels » mais un cortège peuplé de nombreuses personnes différentes qui, devant l’affront du blocage policier empêchant d’accéder à un chemin communal, décide de ne pas reculer et de tenter, par différentes manières, de rentrer dans la forêt. Il y a eu, dimanche après-midi, devant les attaques des gendarmes mobiles sur les barricades construites la veille, une foule compacte qui décide, aussi, de ne pas battre en retrait. Cheveux noirs, cheveux blancs, visage découvert ou masqué, violon et accordéon, jets de pierre ou banderole. Non, il n’y a pas de « guérilla zadiste » et de technique particulièrement rodée qui s’appliquerait partout mais une multiplicité de pratiques qui dans l’intensité d’un moment se complète et s’harmonise. Une saine et légitime défense.

ET LA FORET ELLE EST A QUI ? ELLE EST A NOUS !

ANDRA, DEGAGE ! RESISTANCE ET AFFOUAGES !

Les rendez-vous à venir : 

– Tout l’été (et au-delà) à Bure : #Étéd’urgence est déclaré, actions, discussions, blocages, chantiers, contre les travaux de CIGEO dans le bois de Mandres, l’ANDRA et son monde !

– Prochain gros temps fort pour continuer de bloquer le chantier dans la foulée du week-end de réoccupation du 16 & 17 juillet : week-end d’action et de mobilisation du 13 & 14 août !

Contact : sauvonslaforet@riseup.net / tel media 07 58 65 48 89 / tel info générales 07 58 13 18 61

Infos : vmc.camp / burestop.eu / burezonelibre.noblogs.org

19 juillet – Récit du blocage d’un camion transportant le mur de l’ANDRA

Récit du blocage d’un camion transportant le mur de l’ANDRA

Nous publions ici un récit du blocage matinal d’un camion transportant des morceaux de mur de l’ANDRA, mardi 19 juillet entre 8h30 et 10h.

Un camion chargé de morceaux de murs de béton, immatriculé SK, s’arrête dans Bure. Le conducteur est sorti du véhicule avec une feuille où était noté l’adresse du laboratoire de l’ANDRA. Il demandait sa route. Il ne parlait pas bien français. Il a demandé si nous étions des touristes. Des copains se sont approchés pour parler avec lui et certains avec l’intention de monter sur le camion. Comme le chauffeur était dans l’incompréhension de la situation, nous lui avons demandé quelle langue lui parler. Il parlait italien. Une copine lui a donc expliqué en italien notre opposition au projet et que les murs qu’il transportait étaient destinés à la construction du mur autour de la plateforme dans le bois Lejuc. Il a alors exprimé qu’il comprenait qu’on s’oppose au projet et qu’il trouvait ça bien, et que ça ne le dérangeait pas que son camion reste bloqué là pendant trois jours. On lui a proposé de prendre un café, il a souri. Il a cependant demandé à ce qu’on appelle son patron avec son téléphone pour lui expliquer la situation. Personne n’a appelé car dans l’agitation, il ne nous a finalement pas donné son téléphone. Des copains ont commencé à peinturlurer le camion et le chargement ( « Première sommation » a été inscrit sur la cabine).

IMG_0470Un deuxième camion est arrivé et a essayé de dépasser le premier. Le conducteur arrêté a alors demandé pourquoi nous laissions passer son collègue. Nous avons alors arrêté le second camion en pensant qu’il travaillait pour la même entreprise. Un copain a alors aspergé le pare-brise avec de la peinture. Le second camion s’est arrêté un peu plus haut que le premier, en laissant le passage libre aux voitures.

La gendarmerie est arrivée par la route de l’église. Ils étaient quatre, plus le commandant Dubois (responsable principal des opérations sur le projet). Les copains se sont éloignés du camion sauf deux qui se sont fait arrêter. D’un coup environ 70 personnes ont accouru en criant : « Libérez nos camarades !». Un copain arrêté a essayé de s »échapper mais un gendarme lui a couru après et l’a rattrapé. Ils ne voulaient pas les relâcher. Sous la pression des opposant-e-s qui commençaient à entourer les gendarmes, ils ont dû rendre les deux copains. Ensuite, d’autres gendarmes sont arrivés en renfort. Plusieurs fourgons de gendarmes sont arrivés par trois côtés. Ils se sont déployés dans les rues adjacentes. La route principale était dégagée. La tension a monté et pas mal de personnes se sont faites gazer de bon matin.

Un(e) copain(e) est venu(e) prévenir que le second conducteur était vraisemblablement un conducteur indépendant qui travaillait pour une papeterie et que son camion était un camion loué. Nous avons alors pris l’initiative de nettoyer le camion, pensant que celui-ci n’avait pas de liens avec le projet. Un(e) copain(e) a essayé de porter un café au premier conducteur, les flics ont refusés. Il/Elle est allé(e) vers le second conducteur pour lui en proposer.

3 fourgons de gendarmes mobiles sont arrivés et se sont déployés notamment à proximité du campement et des véhicules. Quelque temps plus tard (15-20min), les policiers se sont repliés sous les huées, les chants et les danses des opposants. Sur fond de musique « Alors on danse » de Stromae, les gendarmes s’en sont allés, sous le regard amusé de quelques habitant-e-s du village… « Ce n’est que le début », prédisait l’un d’entre eux, regardant avec satisfaction les gendarmes reculer, lesquels montraient pour la première fois en 20 ans le village de leur sales gueules casquées.

IMG_0482

À Mandres, l’ANDRA emploie une milice de mercenaires armés, avec la bénédiction de la gendarmerie

Jeudi 21 juillet, Jean-Paul Baillet a continué la contre-offensive médiatique de l’ANDRA débutée depuis quelques jours en accordant une interview rapide à l’Est Républicain, sous titrée « le droit de manifester, pas celui de détruire », où le directeur technique déplore « l’escalade de la tension chez les antinucléaires ». Interrogé sur les agissements très violents de la milice privée sur des manifestant-e-s lors du week-end du 16 & 17 juillet, filmés par France 3, il répond, de manière mensongère, que « les images (télévision) ne sont pas claires, il est toutefois possible qu’il y ait eu un geste maladroit, mais ce sont les manifestants qui se sont risqués dans le bois, dont ne sortent pas les gardiens ». Remettons les choses à leur place : ce week-end, la vraie violence était du côté de l’ANDRA et ses milices, et des plaintes vont bientôt être déposées, non pas pour « gestes maladroits », mais pour violences volontaires, ayant pour certaines entraîné des jours d’ITT.

Lors de la manifestation pour la réoccupation du bois Lejuc à Mandres-en-Barrois, les vigiles de l’ANDRA ont multiplié les agissements extrêmement agressifs et violents à l’encontre des manifestant-e-s, et ce sous l’œil bienveillant, voire avec la collaboration, de la gendarmerie nationale.

Il est nécessaire de souligner que ces « vigiles » sont en fait de véritables mercenaires, des nervis à la solde de l’ANDRA, dont le rôle n’est bien sûr pas d’assurer la protection du bois Lejuc, mais bel et bien de terroriser les manifestant-e-s et l’opposition populaire au saccage de ce bois par l’emploi de méthodes paramilitaires d’intimidation et d’agression.

En témoigne ainsi leur équipement, complètement hétéroclite, mélange de matériel militaire, de boucliers en plexiglas, de protections sportives, de lunettes de ski, etc. On est bien loin de la tenue particulière que doivent revêtir les agents de sécurité privée. On pourra notamment remarquer sur les photos prises ce week-end par divers journalistes l’absence totale d’identification ou d’insigne, pourtant obligatoire.

mercenairesmandres_16-juil-2016_b

Mais, outre leur accoutrement, le plus frappant est probablement leur armement, comprenant bombes lacrymogènes d’importante capacité, gants plombés, voire manches de pioches et bâtons de fortune en guise de matraques. Les gendarmes sont à peine mieux équipés !

Et si, lorsque les caméras de France 3 filment les débordements violents de ces vigiles contre des manifestant-e-s pacifiques, les gendarmes ont tôt fait d’endosser le beau rôle et de s’interposer, il ne faut pas se leurrer : les hommes de main de l’ANDRA constituent pour les gendarmes mobiles un appui incontestable, prêts qu’ils sont à faire toute la sale besogne que les forces de l’ordre « officielles », bridées par leur « code de déontologie », ne peuvent se permettre.

Pour preuve, on pourra par exemple constater la présence de ces nervis de l’ANDRA au beau milieu des gendarmes mobiles sur les photos ci-dessus, prises samedi midi sur la Voie Romaine (une voie publique, donc, située hors du bois Lejuc), équipés et armés de bâtons, sans le moindre insigne ou brassard, avec la bénédiction du commandant de gendarmerie, positionné seulement à quelques mètres d’eux. Peu de temps après que ces images ont été prises, ces vigiles ont même été jusqu’à frapper des personnes assises à terre, comme l’attestent les images explicites diffusées par France 3.

Le samedi après-midi, ce sont des charges très violentes, indéniablement concertées et coordonnées entre gendarmes mobiles et vigiles, qui ont été menées contre les manifestant-e-s qui souhaitaient s’approcher de l’imposant mur d’enceinte en béton que l’ANDRA est en train d’ériger tout autour du bois Lejuc. À plusieurs reprises, les manifestant-e-s, pris-es sous une pluie de grenades lacrymogènes, furent attaqué-e-s sur le flanc par des groupes de vigiles frappant aveuglément tou-te-s celles et ceux qui passaient à leur portée.

Les personnes qui furent attrapées par les vigiles lors de ces charges ont alors été exfiltrées derrière leur position puis, maintenues au sol, elles ont été rouées de coups (pieds, poings, bâtons, etc.) et aspergées de gel lacrymogène à bout portant en plein visage. Plusieurs interminables minutes plus tard, leur supplice enfin achevé, ces personnes furent remises aux gendarmes, bien contents d’avoir pour une fois le beau rôle dans cette tactique éculée de manipulation psychologique du « good cop / bad cop ».

oeil beurre noir détouré

Les témoignages recueillis par l’équipe juridique, et les nombreuses blessures qui ont dû être soignées sur le terrain par les équipes médicales, attestent tou-te-s de l’extrême violence déployée par les mercenaires de l’ANDRA, et de l’impunité que les gendarmes leur accordaient.

IMG_4656

Dimanche 17 juillet lors de l’après-midi, l’assaut de la barricade sud fut à nouveau une opération concertée et coordonnée entre forces de gendarmerie et miliciens de l’ANDRA, comme en témoigne la photo publiée le lendemain par l’Est Républicain. Encore une fois, les vigiles (situés sur la droite de la photo) ne portent aucun insigne ni brassard, mais sont bel et bien armés : un imposant gourdin en bois est très nettement visible, par exemple.

mandres_17-juil-2016

Dans un contexte électrique où la seule réponse du pouvoir aux mouvements sociaux massifs qui traversent le pays est une répression policière et judiciaire violente et systématique, sans cesse renforcée par un état d’urgence prolongé jusqu’à la nausée ;

Dans un contexte où l’opinion publique face à l’atome tend à s’inverser, et où le nucléaire civil ne pourra bientôt plus servir de cache-sexe aux intérêts militaires, économiques, industriels, et néo-coloniaux de la France ;

Nous ne pouvons que nous inquiéter de voir l’État et l’ANDRA recourir à des milices privées, formées de mercenaires armés et violents, agissant en toute impunité et hors de tout cadre légal. Nous dénonçons la présence de tels groupes paramilitaires au sein du bois Lejuc, ainsi que la connivence des forces de l’ordre qui profitent bien de cette situation.

« Quand le cirque politicien ne suffit plus à nous faire parler, à nous faire taire, on maintient l’ordre à coups de sabre, on lâche la bride à la flicaille. »

Infos : vmc.camp / sauvonslaforet@riseup.net / 0758654889

Communiqué : mais qui sont les complices de la poubelle nucléaire ?

lundi18juillet

Lundi 18 juillet, de bon matin, un groupe de 15 personnes s’est positionné devant l’entreprise Vichard Frères, située 58 Grande rue à Suzannecourt, juste à côté de Joinville. Cette boîte participe à la construction du projet d’enfouissement de déchets radioactifs.

Leur objectif était d’empêcher les camions de sortir de l’entreprise et cela tombait bien puisqu’une main rebelle avait auparavant pris soin de cadenasser la grille. Les personnes ont ensuite déployé une banderole « entreprise complice de la poubelle nucléaire » sur la route. À chaque voiture qui passait a été distribué de l’information sur le projet CIGEO et des explications sur la raison du blocage, à savoir la participation régulière de l’entreprise Vichard frères aux travaux de l’ANDRA, à Bure et ailleurs.

La même matinée, des ouvrier-e-s de Cattanéo SAS, (suite…)

Fil info – Semaine du 18 au 24 juillet 2016

Dimanche 24

  • Un dimanche calme entre départ et arrivée de militant.e.s, quelques notes d’instruments de musique animent la maison de la résistance. Des personnes viennent de débarquer ce dimanche en pensant passer quelque temps dans la forêt, nous ne sommes malheureusement plus dans le bois.
  • Ce sont pour le moment les gendarmes qui l’occupent. Mais rien n’est perdu, soyons nombeu.ses.x le 12, 13 Août (prochaine date de mobilisation à Bure) et dès maintenant pour bloquer les travaux !
  • Pendant la préparation du repas du soir se déroule une AG pour échanger sur les perspectives de la lutte.
  • Au niveau des chantiers, à la gare de Luméville, le support pour la tonne à eau est presque terminé.

Samedi 23

Nous partons à midi en ballade avec les naturalistes en lutte vers le bois. Nous sommes une soixantaine, certain.e.s sous un masque de hibou.

Nous espérons passer par l’entrée sud de la forêt grâce à l’invitation « porte ouverte » de l’ANDRA ci-dessous via la magazine papier glacé que chaque foyer meusien et haut-marnais reçoit dans sa boite-aux-lettres.

photo1

À une centaine de mètres de l’entrée, les gendarmes se déploient juste derrière le commandant Dubois. S’ensuit un long échange, où s’opposeront arguments juridiques contestant les travaux de l’ANDRA, et parole d’un commandant aux abois, qui semble affaibli.

Pour des prétendues « raisons de sécurité » que le Commandant Dubois refuse d’expliquer, seuls les naturalistes en lutte et l’avocat pourront rentrer dans le bois, le reste de la ballade repart en arrière pour tenter un passage vers la vallée d’Ormançon. Jusqu’en fin d’après-midi, l’équipe naturalistes et autres spécialistes (cartographe, géologues…) pourront relever, photographier, échanger lors d’un long parcours en forêt, et ceci peut-être pour la dernière fois sans avoir à passer par un fastidieux processus de demande d’autorisation pour faire des contre-expertises (si premières expertises il y a vraiment eu de la part de l’ANDRA…).

Pendant ce temps en longeant la vallée, tirant notre petite charrette dans laquelle se trouve le repas de midi, nous arrivons sur un chemin carrossable. Deux voitures de gendarmes se déploient sur notre gauche, nous nous engageons à droite sur le chemin de pierre où s’établira bientôt la suite du mur qui englobe chaque jour un peu plus le bois Lejuc.

photo2

La vision de cette saignée dans les bois… Quelques semaines auparavant s’élevaient ici des arbres que l’ANDRA a abattus.

Les gendarmes finissent par nous rattraper, impossible de les prendre de vitesse, il y a des enfants avec nous. C’est une trentaine de gendarmes qui nous escorterons jusqu’à l’entré du chemin d’où nous sommes arrivé.

Nous pique-niquons dans une clairière en bordure, les gendarmes resterons mobilisés pendant tout le repas. Après mangé, un groupe repart vers la maison, l’autre arrive à rejoindre l’équipe naturalistes en passant par le vieux chêne du Bois Lejuc au grand damne du Commandant Dubois : Nous n’avons « pas le droit d’être dans cette propriété privée » qu’est cette magnifique forêt pourtant encore non grillagée à cet endroit.

Heureux de nous retrouver, les naturalistes sautent sur le repas et improvisent tout de suite un coin pique-nique en installant des troncs pour s’asseoir sur le bout de ce chemin carrossable encore en chantier. Échanges de chips et de noms savants, on se raconte nos ballades, avec le Commandant Dubois à côté qui attend que nous ayons fini de manger notre camembert.

Nous sommes ensuite escortés jusqu’à la sortie du bois et sommes contraints de passer à travers champs en longeant « le mur » dont seule la vue suffit exprimer le mélange de notre malaise, notre dégoût et notre légitime colère :

photo3Le dîner est autour d’un maffé à l’ancienne gare de Luméville (autre lieu militant). Un peu de musique et de danse animeront la soirée. La gare est actuellement en chantier avec le collectif des Scotcheuses qui file un coup de main, les dernières tuiles du préau ont été posées.

 

 

Vendredi 22 juillet :

  • Après une période intense de mobilisations, d’actions, d’occupation et de réoccupation depuis le mois de Juin, alors que la fatigue se fait ressentir en plein #Eted’urgence, nous avons à nouveau marqué notre présence et détermination ce matin en érigeant une barricade à l’entré sud du bois.
  • Quelques minutes s’écoulent, 3 camions de GM sortent du bois vers notre position. Nous enflammons la barricade et repartons calmement.
  • L’après-midi, après de chaleureux échanges autour d’un repas collectif, un nouveau départ vers la forêt s’organise. Armé de tambours et de casseroles, la déambulation musicale descend la pente entre le petit bois du chaufour et le bois Le Juc. Le vent se lève, le ciel s’obscurcit, une vingtaine de gendarmes se déploient. Nous sommes à quelques dizaines de mètres de la ligne de gendarmes mobiles, quelques mercenaires de l’ANDRA sont visibles à l’extrême droite des gendarmes, près de l’entrée du bois. Un éclair déchire le ciel, certain-e-s crient leur colère face à ces forces d’un ordre nucléarisé. Cinq gendarmes repartent vers leurs véhicules, nous nous avançons de quelques mètres, ils reviennent, la situation se fige, le tableau est noir. Les premières gouttes de pluie tombent sans sommation, l’orage est au-dessus de nous, nous repartons vers le chaufour en musique.
  • Ne laissons pas l’ANDRA détruire le bois communal de Mandres-en-Barrois
  • Lors de cette balade, la pensée que nous soyons des milliers amène l’espérance d’une réoccupation victorieuse. Encore une fois, notre seule limite, c’est le nombre.
  • Soyons nombreu-ses-x à converger dans les semaines à venir pour stopper les travaux et des milliers le 13 et 14 août pour reprendre le bois !

 

Jeudi 21 juillet : (suite…)

Communiqué de presse des équipes médicale et juridique du mouvement d’occupation du Bois Lejuc sur les violences subies par les manifestant.e.s

Dimanche 17 juillet 2016, Bure.

Ce samedi 16 juillet 2016, des habitant.e.s, des paysann.e.s, des militant.e.s, des familles et des soutiens internationaux, ont participé à la manifestation de réoccupation de la forêt de Mandres-en-Barrois. Ce bois tricentenaire, ayant déjà subi les dégâts causés par les premiers travaux illégaux de l’ ANDRA, est voué à disparaître pour laisser place au projet insensé d’enfouissement des déchets nucléaire CIGEO.

Ce cortège d’au moins 400 personnes, unies par le désir de défendre ce bois et d’empêcher la poursuite de ce projet et de ces travaux illégaux, a convergé vers la forêt. Cette manifestation joyeuse et déterminée s’est achevée par un grand repas et par une nuit au sein du bois Lejuc.

Au lendemain de cet événement, les équipes médicale et juridique du mouvement, ayant pris en charge les personnes blessées et recueilli de nombreux témoignages, en tirent un constat alarmant.

Tout au long de la journée du 16 juillet, les participant.e.s ont rapporté les innombrables agressions commises par le service de sécurité privé de l’ANDRA. Equipés de boucliers transparents, de casques, de matraques, de sprays lacrymogènes, de manches de pioches et de frondes, ces soi-disant « vigiles » chargés de la sécurisation du site se sont en réalité constitués en une véritable milice mobile, allant au contact et pourchassant dans les champs et dans les bois les manifestant.e.s pour les passer à tabac et voler leurs affaires. (suite…)

Fil info – Semaine du 11 au 17 juillet 2016

Dimanche 17 juillet

  • 7h : dans le bois, la nuit a été calme et les occupant.e.s n’ont été réveillé.e.s que par le chant des oiseaux !
  • 8h50 : la milice de l’Andra est de retour. 20 vigiles se mettent en position près de la barricade sud.
  • 9h25 : une dizaine de fourgons de gendarmes mobiles et deux voitures de polices viennent d’être vues à Joinville, roulant en direction de Bure.
  • 9h45 : 5 fourgons et une voiture de police ont dépassé Saudron.
  • Des soutiens sont partis devant les gendarmeries où sont les personnes actuellement en cours d’audition. Appel à faire entendre notre soutien aux camarades à l’intérieur => gendarmeries de Bar-le-Duc (1 gardé à vue), Commercy (2 gardés à vue) ; ces trois personnes sont entendues actuellement ! À Void-Vacon, la personne a déjà été entendue.
  • 10h30 : les gardes mobiles sont arrivés sur le site et se déploient, notamment vers la barricade sud.
  • 15h38 : assaut éclair, puis repli des flics, au niveau de la barricade sud. Des vigiles parcourent le bois.
  • 16h20 : nouvelle charge.
  • 16h30 : il semble que les gardes mobiles soient en train de tester la résistance des occupant.e.s du bois. Envoi massif de gaz lacrymogènes.
  • 17h15 : tentative d’expulsion. Une pelleteuse défonce les barricades, mais elles seront reconstruites à nouveau plus loin.
  • 21h15 : la forêt est toujours occupée. Le repas du soir a lieu sur place.
  • 23h50 : les 4 personnes en garde-à-vue viennent d’être libérées sans être poursuivies !

Samedi 16 juillet, le grand jour !  (suite…)

Pourquoi nous réoccupons le bois Lejuc ?

Pourquoi nous réoccupons le bois Lejuc ?

C’est l’histoire d’un territoire colonisé depuis 20 ans par la mafia nucléaire, son argent facile, ses façades ravalées, ses jolis lampadaires et ses vigiles patibulaires, ses caméras et ses visites scolaires, sa fabrique de la résignation et du consentement mou, ses morts de chantiers, sa catastrophe à petite dose.

C’est l’histoire d’un projet qui, sous couvert de « rendre service aux générations futures », organise et pérennise la dépendance à une filière moribonde, creuse des trous interminables pour une accumulation de déchets interminable.

C’est l’histoire d’une lutte de plus de 30 ans, ici, ailleurs, contre l’implantation d’une poubelle nucléaire, combat qui sinue de lieux en lieux, refus assumés, massifs, à coup de manifs monstres, de foules en colère, de goudron et de plumes contre l’ANDRA.

C’est l’histoire d’une forêt occupée et, pour la première fois en 20 ans, d’un lieu libéré du joug de l’ANDRA et de ses travaux, l’histoire de la possibilité, même fugace, d’une prise contre un ennemi partout insaisissable et inatteignable.

C’est l’histoire d’une agence qui, sous couvert de « projet de territoire » ou « d’intégration territoriale », organise l’occupation policière, la surveillance diffuse et la paranoïa des habitant-e-s. Le projet dingue, inédit, prométhéen, sur des centaines d’années, de la reconfiguration (suite…)