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Fil info mars 2017

Ces dernières semaines…

… c’était plutôt tranquille, du jardinage et maraîchage quand il fait beau, des soirées jeux, du ménage, un peu de rénovation par ci par là…

Lundi dernier, on était plusieurs à assister à la passionnante conférence d’Isabelle Masson-Loodts sur la pollution environnementale liée aux déchets de la guerre de 14-18 et le lien avec CIGEO, sla continuité dans le projet prendre la Meuse comme poubelle, en déversant les déchets industriels d’aujourd’hui, ceux du nucléaire. Intervenaient également Claude Kaiser, Veit Stratmann et Corinne François pour élargir l’intervention sur les enjeux éthiques, artistiques et politiques du projet CIGEO.

Vous pouvez trouver plus d’information sur ses travaux au long cours sur : http://www.paysagesenbataille.be

17 mars

10h15 Trois fourgons de gendarmerie sont passés à vigie sud, ont pris des photos. Ils sont également montés au Chaufour (pour admirer la vue ?), on les a vu passer devant la maison un peu après. Notre cher commandant Dubois était parmi eux !

4 Mars

Un souffle d’énergie revient sur la Maison, qui était pourtant ressortie un peu fatiguée de la grande semaine de mobilisation contre Cigéo (et son monde (de merde)). Au programme aujourd’hui : rangement dans la grange et dans l’atelier, travaux préparatoires au futur jardin de plantes aromatiques et médicinales, réunion non-mixte, discussions passionnées sur nos projets (agricoles et autres) à venir, et repas chaleureux dans une cuisine qui ne désemplit plus. Le mois s’annonce calme sur le plan juridique et médiatique, mais ce que nous construisons ici n’est pas prêt d’être mis en pause.

RENCONTRE NATURALISTE ET FORESTIÈRE LE WEEK-END DU 1ER ET 2 AVRIL À BURE CONTRE LA POUBELLE NUCLÉAIRE

À Bure nous sommes en train de gagner une série de victoires importantes sur le terrain, avec une mobilisation importante dans le bois et lors de la manif du 18 février, et dans les tribunaux.

Plus que jamais, l’Andra est retardée dans ses « travaux préparatoires » dans le bois Lejuc. Elle doit mener à bien lesdits travaux, collecter des données environnementales, procéder à une batterie de forages et relevés géotechniques, etc, pour remplir le dossier de Demande d’Autorisation de Création à déposer courant 2018. Mais son calendrier risque d’être sérieusement compromis au vu de notre mobilisation, et aussi des manquements judiciaires de l’agence sur l’autorisation de défrichement, la validité de l’échange du bois, etc.

Cela nous donne donc encore un peu de temps pour continuer de construire une opposition déterminée et protéiforme ! En particulier, nous avons à coeur de relancer la dynamique « Naturalistes en lutte contre CIGEO », qui démarrée en 2016, avec des balades publiques organisées dans le bois Lejuc et la vallée d’Ormançon, et également des premières réunions pour poser les bases d’inventaires à venir de potentielles espèces à protéger.

Cette dynamique, agrégeant des centaines de curieux, passionnés, ou « professionnels » de la protection de l’environnement, a été cruciale à Notre-Dame-des-Landes pour ralentir le projet mais aussi partager largement des connaissances autour des écosystèmes, et populariser le bocage nantais : une belle brochure de témoignage est disponible ici (https://constellations.boum.org/spip.php?article117 ), sans compter tous les travaux notamment de François de Beaulieu, autour de l’histoire du bocage de Notre-Dame-des-Landes et de l’usage des communaux (voir le blog très fourni des NEL de NDDL ici :
https://naturalistesenlutte.wordpress.com/ ).

Sans faire un « copier-coller », cela serait pertinent qu’une telle dynamique se crée autour de Bure et dans le Grand Est. Au-delà du projet CIGEO, c’est toute la région qui est menacée par une cancérisation nucléaire, des milliers d’hectares d’espaces naturels, de gigantesques bassins versants, etc.

En outre, au-delà des inventaires d’espèces, plus le milieu des associations de protection de l’environnement, des forestiers etc se positionnera publiquement autour du refus du projet de poubelle nucléaire / et de la nucléarisation du territoire, plus il deviendra difficile pour l’Andra d’imaginer y recruter des prestataires de service
pour réaliser ses études d’impact et autres relevés de données.

Nous sommes à un moment crucial, inédit de la lutte, où les forces vives qui se mêlent à la dynamique peuvent faire basculer le projet vers un coup d’arrêt.

/ Quelques naturalistes en lutte contre la poubelle nucléaire et des
hiboux de Bure. /

PROGRAMME 

SAMEDI 1ER AVRIL 

Matin : Prospections, balades et repérages libres

Midi : Repas tiré du sac à la Maison de résistance.

14h : Discussions (présentation des personnes et de la démarche, point
juridique, prospections [quand ? comment ?], positionnement des
associations…)

Soir : Sortie écoutes nocturnes (à confirmer)

DIMANCHE 

Matin : Prospections, balades et repérages libres

Midi : Casse-croûte partagé au lavoir de Mandres-en-Barrois

14h : Balade familiale depuis Mandres dans la vallée de l’Ormançon et le
Bois Lejuc

20h : Bilan du week-end et suites à donner

Info pratiques : 

Repas :  tiré du sac pour le midi. Pour le soir, il faudra s’adapter à la vie de la maison de résistance : soit ses habitant-es ont le temps de préparer le repas, soit nous aurons la joie de le préparer collectivement pour mieux apprendre à nous connaître !

L’hébergement est tout à fait possible (prévoir un sac de couchage), à la maison de résistance en forêt ou chez l’habitant-e militant-e du coin à la demande.

L’ANDRA est dans le jus, pas dans le bois ! Encore un effort pour lui faire boire la tasse !

Après avoir assisté impuissante à la chute de ses grilles le 18 février, l’Andra s’est pris cette semaine une belle volée de bois vert devant les tribunaux. Procès de l’occupation, appel sur le défrichement de l’été dernier, procès sur l’échange du bois… Les procédures lancées de part et d’autre, étroitement entremêlées, forment un sac de nœuds juridiques dont l’agence ne semble plus savoir comment se dépêtrer. Si le rapport de force se maintient sur le terrain, ces revers pourraient retarder le projet pour un bon moment.

Le 28 février, le tribunal administratif de Nancy a donné raison aux habitant-e-s de Mandres-en-Barrois et opposant-e-s en invalidant, pour vice de procédure sur la forme, la délibération du 2 juillet 2015 conseil municipal du village autorisant l’échange du bois Lejuc contre un bois mitoyen. Après plus d’un an et demi de mobilisations autour du bois qui ont ravivé la lutte comme jamais,, c’est un nouveau coup dur qui pose une sérieuse épine dans le pied des égoutiers de l’atome.

Le conseil municipal a maintenant 4 mois pour se « régulariser », c’est à dire refaire une délibération dans les formes pour reprendre une décision sur l’échange du bois. Le contexte a évolué, sur place les langues se délient, des riverain.es s’engagent, de nouvelles personnes viennent s’installer, la mobilisation (inter)nationale s’amplifie et les projecteurs sont braqués sur ce village où l’avenir de la filière nucléaire française est jeu. Finie l’époque des réunions à huis clos dans une mairie barrée par des vigiles ; révolue le temps où l’Andra pouvait exiger qu’une poignée de conseillers municipaux engagent leur village pour 100 000 ans lors d’un vote discret à 6h du matin.

La veille, le 27 février, lors du jugement de l’appel de l’Andra sur la décision du 1er août du TGI de Bar-le-Duc annulant l’autorisation de défrichement, un autre coup de théâtre a eu lieu, puisque l’Autorité Environnementale, qui avait rendu un avis favorable à l’agence lui permettant de défricher et forer sans étude d’impact préliminaire, l’a tout bonnement suspendu : la procédure de demande pourrait reprendre à zéro et tombe sous le coup de nouvelles lois durcissant les contraintes pour l’Andra Le délibéré aura lieu le 22 mai. Et l’agence n’a toujours pas d’autorisation préfectorale de défrichement.

Le 22 février, le tribunal a sursis à statuer sur la demande d’expulsion de Sven Lindstroem, habitant déclaré du bois, et renvoyé sa décision au 5 avril, après une demande d’entrevue du fameux hibou avec le président du TGI le 29 mars.

Jamais, historiquement à Bure, la verrue du nucléaire et son projet de poubelle n’ont été autant contestés et délégitimés sur le terrain comme dans les tribunaux. Mais rien n’est joué. Contrairement à ce que titrait certains grands journaux reprenant la dépêche AFP du 28 février, le projet de stockage n’est pas (encore) gelé. La délibération du conseil est annulée, mais l’agence reste encore propriétaire sur le papier. Surtout, les membres du conseil municipal de Mandres pourraient reprendre une décision autorisant l’échange, car ils-elles subissent une forte influence des nucléocrates, que ce soit par l’emploi de membres de leurs familles ou l’attribution de baux de chasse ou agricoles. L’Andra peut continuer d’avancer sur tous les autres secteurs où elle doit faire ses relevés de donnés pour pouvoir déposer sa Demande d’Autorisation de Création avant 2018, même si le calendrier est compromis.

Face à tout cela, il va falloir continuer de se bouger, dans de nombreuses directions :

  1.  En aucun cas les 4 conseillers municipaux de Mandres entachés de conflits d’intérêt ne devraient pouvoir voter. Sans parler du maire, véritable VRP décomplexé des éboueurs irradieux, maintenant nommé « délégué CIGEO » à la Communauté de Communes.
  2. Après le flou du 27 février sur le défrichement et la demande d’étude d’impact, il faut également bloquer l’Andra de toute possibilité de poursuivre ses funestes travaux préparatoires et autres relevés de données, non seulement dans le bois Lejuc mais partout ailleurs. Nous appelons les associations environnementales et naturalistes du Grand Est et d’ailleurs, approchée discrètement par l’agence pour participer à son étude d’impact globale, à se positionner publiquement contre le projet dans sa totalité, fausse « phase pilote » ou « caractérisation environnementale » y compris, et refuser de collaborer avec l’artisan d’une nucléarisation funeste pour la région.
  3. Quant au délai sur l’expulsion du bois après l’audience du 22 février, c’est l’opportunité de consolider l’occupation, les autres installations à Bure, les projets agricoles et tout ce qui fait que des dizaines de personnes se projettent à long-terme sur place.

De prochains rendez-vous seront donc bientôt lancés début avril, pour un printemps résistant, joyeux et toujours aussi déter’ !

Gardez vos déchets, on garde la forêt ! Andra dégage, résistance et affouages !

Infos : vmc.camp / Facebook Bure à cuire / Twitter ZIRADIES

La propriété de l’Andra sur le bois Lejuc remise en cause par la justice !

Le tribunal administratif annule la délibération approuvant la convention d’échange foncier entre l’ANDRA et la commune de Mandres-en-Barrois

Communiqué de presse

Les faits et la procédure :
Dans le cadre des recherches qu’elle mène, notamment dans le laboratoire de recherche souterrain de Bure, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) a étudié la faisabilité du stockage en couche géologique profonde de déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue. Ses recherches ayant abouti à la faisabilité d’un tel stockage, l’ANDRA a proposé à la commune de Mandres-en-Barrois un échange foncier.

Par une délibération, adoptée à la suite d’un vote à bulletin secret le 2 juillet 2015, le conseil municipal de la commune de Mandres-en-Barrois a autorisé le maire à conclure avec l’ANDRA une convention relative à l’échange d’un bois communal contre une forêt située sur le territoire de la commune de Bonnet. Plusieurs habitants de la commune de Mandres-en-Barrois ont demandé au tribunal administratif de Nancy d’annuler cette délibération.

Par un jugement en date du 28 février 2017, le tribunal administratif a annulé cette délibération.

Le jugement du tribunal administratif :

Tout d’abord, si la commune déniait aux requérants un intérêt à contester la délibération approuvant l’échange de bois, le tribunal estime que les requérants avaient bien un intérêt, en leur qualité de contribuables communaux, à demander l’annulation de la délibération qui a des effets sur les finances communales et affecte la gestion du patrimoine de la commune.

Le tribunal relève ensuite que si l’article L. 2121-21 du code général des collectivités territoriales autorise le vote à bulletin secret, c’est à la condition que le tiers au moins des conseillers présents le demandent. Or, selon la jurisprudence, il appartient à la collectivité d’établir que les conseillers présents l’ont réclamé ou, au moins, qu’ils ont accepté une proposition du maire en ce sens. Le tribunal considère que la commune n’a pas apporté cette preuve alors que les modalités de vote avaient été rajoutées a posteriori sur le compte-rendu de séance. Il juge par conséquent que la délibération a été adoptée
de façon irrégulière.

Un vice de procédure n’entraîne toutefois l’illégalité d’une décision que s’il a privé les intéressés d’une garantie ou a été susceptible d’influencer le sens de la décision. Au cas particulier, le tribunal estime que le vice de procédure, qui a permis de déroger à la règle générale selon laquelle le vote a un caractère public, a privé le public de la garantie de connaître le sens du vote des membres du conseil municipal.

Le tribunal annule donc la délibération du 2 juillet 2015.- 2 –

Pour terminer, le tribunal indique que le vice de procédure qu’il censure est régularisable et enjoint ainsi à la commune de Mandres-en-Barrois de le régulariser dans un délai de quatre mois par l’adoption d’une nouvelle délibération approuvant les termes de l’échange de forêt. A défaut la commune devra résilier la convention conclue avec l’ANDRA

Jugement n° 1503615 M. X ….. / Commune de Mandres-en-Barrois du 28/02/2017

Police partout, Andra nulle part !

Bruno Le Roux déclare cette semaine qu’il n’y aura pas de ZAD à Bure. Ça tombe bien, il n’y en a pas et il n’y en a jamais eu. Effet d’annonce pour un ministre qui n’a pas eu le temps de réviser sa copie avant d’être interpellé par le sénateur Christian Namy au Sénat ? Savait-il même où était Bure avant cette semaine ? On l’imagine rentrer à son ministère le soir même et demander à avoir au téléphone la nouvelle préfète de la Meuse pour avoir un rapport circonstancié sur la situation de ce nouveau « kyste » et exiger que des mesures soient prises « énergiquement » contre cette poignée de zadistes qui défraie la chronique.

L’été dernier, avant de tomber un mur de 1,2 km dans le Bois Lejuc, on avait déjà connu un mois d’occupation policière du territoire entourant Bure : contrôles policiers sur toutes les routes, réquisitions de fouille des véhicules renouvelées par tranche de 12h et passages incessants d’estafettes devant la Maison de Résistance, filmant et relevant les plaques d’immatriculation.

Depuis quelques jours on sent que la préfecture et sans doute le ministère de l’intérieur témoignent d’un intérêt accru pour nous, opposant.e.s et habitant.e.s en lutte contre le projet CIGÉO. Ce jeudi, 23 février, au soir vers 23h, 2 fourgons de gendarmes et 2 estafettes étaient déployés tous feux éteints de part et d’autre de la Maison de Résistance. Ce samedi, 25 février, au matin ce sont des gendarmes équipés de pied en cap, armés de lanceurs de balles de défense, qui contrôlent et fouillent tous les véhicules sur les routes entourant Bure, papiers de réquisitions préfectorales à la main.

Intimidation ou stratégie de tension, on a vu l’année passée que le résultat était surtout une exaspération des riverain.e.s, une amplification de la mobilisation et un renforcement de notre propre détermination à lutter. Nous résumer à une poignée d’agitateurs, c’est méconnaître gravement le fait que nous accueillons des ami.e.s de nombreux et très différents réseaux de lutte que ces intimidations et contrôles confirment dans leur conviction que Bure est une lutte à soutenir dans les semaines et mois à venir. Chaque jour cette répression qui ne dit pas son nom, qui vise à nous marginaliser et à nous ficher, pour mieux s’en prendre à nous ensuite, démultiplie la solidarité dans toute la France et bien au-delà. Qu’ils s’en prennent à quelques-un.e.s d’entre nous et demain nous serons des centaines à manifester au pied de la préfecture, qu’ils répriment ces centaines et nous serons des milliers à défiler dans les rues de Bar-le-Duc et à camper dans le sud de la Meuse. Car il ne s’agit pas seulement ici de CIGÉO ou même de l’industrie nucléaire, c’est une certaine vision capitaliste, marchande et sécuritaire de l’avenir contre laquelle nous luttons ici et en bien d’autres endroits du monde.

Et dans la Meuse, depuis que mur et grilles sont tombés, c’est toute la région qui gronde, qui reprend du poil de la bête : dans les villages les langues se délient, les appels signalant les passages et mouvements de gendarmes se multiplient, les hostilités contre cette omni-présence policière s’accroissent. On applaudit dans les chaumières la claque que prennent ANDRA et nucléocrates, après des années d’extorsion de terres déguisées en acceptabilité sociale.

Alors oui, Mme la Préfète, M. Le Roux vous avez un problème, mais il est généralisé, c’est celui de générations qu’on a mal nourries, polluées, bétonnées, exploitées, expropriées et qui commencent à entrevoir, lorsqu’un mur nucléaire chute, qu’un projet d’aéroport capote, qu’un autre avenir est possible et qu’il ne se passera pas de conflictualité. Peut-être que vous nous causerez bien des larmes, mais nous vous opposerons une joie féroce, nos rires et nos chants, en dépit de tout. Vous pouvez nous contrôler, nous arrêter, nous fouiller, vous n’enfermerez et n’empêcherez pas l’imaginaire que nous portons, de se réaliser et de s’envoler, il a déjà bien pris son élan …

Les chouettes hiboux de Bure

Il n’y aura pas de Ministre de l’Intérieur va-t-en guerre à Bure !

Après être devenu un « marqueur » politique et l’objet d’une négociation entre Hamon et Jadot, voici que la lutte à Bure s’invite dans l’hémicycle du Sénat. Quand ils ne sont pas occupés à pantoufler leur retraite dorée, quelques sénateurs ont interpellé le ministre de l’Intérieur Bruno le Roux sur l’occupation actuelle du site du bois Lejuc à Bure, sans doute obligés de se positionner suite à la couverture médiatique conséquente de la manif’ du 18 février.

Le Roux, peu inspiré, nous a donc gratifié d’une prestation de sous-Valls, affirmant, bien entendu que « l’autorité de l’État et la loi » seraient respectés. On aurait au moins aimé que, entre Notre-Dame-des-Landes et Bure, la partition change légèrement pour avoir l’impression de ne pas réécouter une énième fois des disques rayés.

Nous rappelons donc à M. Bruno Relou et tous les sinistres encravatés qui l’accompagnent, que jusqu’à présent, sur le terrain, c’est l’Andra qui ne respecte pas l’autorité de l’État et la loi : en étant condamné par le TGI de Bar-le-Duc pour avoir défriché 7 ha de bois de manière illégale ; en obtenant au forcing une forêt à l’issue d’un échange jugé illégal par la rapporteur publique du tribunal administratif de Nancy ; en maquillant les potentiels géothermiques d’ampleur du sous-sol ; en inventant des conclusions jamais prononcées à l’issue de débats publics bidons.

Non, vraiment, la seule « occupation » illégale et illégitime de territoire qu’il faille évacuer est bien celle que, depuis 25 ans, l’Andra inflige à toute la population meusienne et haut-marnaise, vues comme les poubelles d’une filière nucléaire en quête de relance, au mépris du consentement local, des manifs de milliers de personnes des années 90, des pétitions agrégeant plus de 100 000 signatures, des délibérations de certains conseils municipaux, de tous les refus massifs exprimés. Nous avons ainsi évacué l’Andra de son occupation illégale du bois Lejuc depuis juin 2016, et le 18 février, nous avons à 500 entamé le chantier, autrement plus conséquent, de l’expulsion du faux « laboratoire de recherche », une mascarade qui cache la vraie poubelle.

Que l’on ne s’y trompe pas : les politicien-ne-s et préfectures, d’un mandat à un autre, pourront bien jouer l’éternelle scène de la république bafouée rétablissant l’ordre dans les « ZADs », « kystes » et autres « territoires perdus », nous ne nous positionnerons pas par rapport à leurs fantasmes guerriers. Il n’y a pas de ZAD à Bure, mais 25 ans de lutte continue de tout un territoire contre un projet qui s’est implanté au mépris des gens, et 10 ans de vagues de militants qui s’installent peu à peu dans la région. Pas de hordes de cagoulés radicaux arc-boutés sur des cabanes, mais des centaines et des milliers de personnes, jeunes et moins jeunes, de tous horizons, déterminées et solidaires pour bloquer physiquement l’Andra dans la forêt depuis des mois et à s’en prendre aux grilles de son laboratoire pour mettre un frein à la fuite en avant de l’industrie nucléaire.

Il n’y aura pas de ministre de l’Intérieur va-t-en-guerre à Bure ! Expulsons le Sénat et l’Andra, pas le bois !

Des opposant.e.s au projet d’enfouissement de déchets nucléaire à Bure.

Site : www.vmc.camp

Contact : automedia.bure@riseup.net

Tel automedia : 07.53.54.07.31

Ça devient un peu Longuet cette histoire de poubelle nucléaire !

Décryptage de l’interview de Gérard Longuet sur France 3 Lorraine le 19 février 2017

Gérard Longuet, la main sur le coeur s’engage pour les générations futures tandis que les gendarmes sont montrés face aux manifestant.e.s, en vis à vis à l’écran

« Ces manifestants sont complètement décalés avec la réalité »

« Le stockage en couche profonde est une nécessité absolue pour la France »

Ah que c’est réconfortant quand une figure placide et grisonnante engoncée dans son costard nous rappelle à la raison. À écouter Gérard Longuet sur France 3 Lorraine ce 19 février, la manifestation qui a eu lieu à Bure, la veille , semble bien futile et inconséquente au regard de ce grand projet d’utilité publique qu’est l’enfouissement des déchets nucléaires.

Oui c’est vrai que le stockage souterrain est une nécessité absolue, mais il l’est uniquement pour une industrie nucléaire acculée à qui il ne reste pas d’autre alternative de survie, après des années passées à jeter les fûts radioactifs dans l’océan en Somalie et les entreposer en Sibérie, que de les enterrer bien profond, loin des yeux et du coeur des générations suivantes.

« C’est un projet qui mûrit lentement, depuis 1993, cela fait 24 ans que nous avançons sur ce projet en respectant à la fois les études scientifiques, les débats publics, et les procédures législatives, puisque l’année dernière nous avons voté le texte définissant la réversibilité. »

Ça mûrit lentement mais ça s’impose violemment si on en croit les très violentes manifestations qui ont accueilli l’implantation des quatre projets de labo en France dans le milieu des années 90. Trois d’entre eux avaient dû être abandonnés devant la virulence de l’opposition de la population qui par endroit avait réagi avec la même détermination que celle qu’on connaît au village révolté emblématique de Plogoff. Au final, seul celui de Meuse, malgré des mobilisations de milliers de personnes et une pétition de plusieurs dizaines de milliers, le laboratoire a réussi à voir le jour à Bure avec, à l’époque, la fausse promesse qu’il ne serait pas assorti d’un centre d’enfouissement. 20 ans après on se retrouve avec un des plus grands projets d’Europe et des centaines de km de galeries souterraines en prévision. Au passage, on notera que c’est très unilatéralement que notre ami Longuet, déjà aux premières loges à l’époque, avait posé la candidature de la Meuse pour un labo, on comprend qu’aujourd’hui il se déplace sur un plateau télé pour défendre son morceau de pain alors que Benoît Hamon et Yannick Jadot évoquent pour la première fois en 25 ans l’éventualité d’un abandon du projet à Bure.

Et pour ce qui concerne les études scientifiques, une scientifique de l’IRSN avouait encore récemment sur France Culture que la récupérabilité des colis et la possibilité de réversibilité du projet étaient encore loin d’être acquises techniquement. Pourtant les politiciens n’ont que ce mot magique à la bouche, comme une imprécation magique qui absout de toute nécessité de se justifier. Ainsi la loi de réversibilité tant attendue par l’industrie nucléaire depuis 2006 a tenté de s’introduire par douze fois dans les lois d’économie numérique et dite « Macron » avant de finalement être votée en plein mois de juillet 2016 par 20 députés dans l’hémicycle. Quant au débat public de 2013, il avait finalement du être dépaysé sur internet, tellement il avait été chahuté par les meusiens remontés contre ce simulacre de démocratie qui les faisait participer à une décision déjà actée.

« Il faut préparer l’avenir »

« C’est pour les départements de la Meuse et de la Haute-Marne un atout formidable d’être accrochés à un atout stratégique français qu’est le nucléaire, nous avons des soutiens à l’économie, nous avons des implantations d’EDF qui viennent sur place, et donc nous avons besoin de ce projet. »

Quel beau syllogisme que celui qui dit que parce qu’on arrose abondamment une région d’argent pour lui faire accepter l’implantation d’une industrie déficitaire(1), qu’on crée de l’emploi avec de la dette et une facture phénoménale adressée à l’avenir (41 milliards d’euros au moins pour CIGÉO(2), on représente une opportunité incontournable. Plutôt que cet argent public distribué par les GIP Meuse et Haute-Marne2 contribuent à favoriser le développement global d’un département, on le conditionne à l’acceptation d’une mono-industrie en position de monopole absolu, dont la population sera hyper-dépendante. Les projets liés au nucléaire prolifèrent depuis peu en Meuse et Haute-Marne : une blanchisserie de vêtements du nucléaire ici, un centre de retraitement de déchets radioactifs là ou encore une usine de montage de pièces de centrales à un autre endroit. Et n’en déplaise à M. Longuet, la population locale n’y voit pas une manne économique providentielle : à Gudmont-Villiers, une grande partie du village s’oppose avec virulence à l’implantation de l’usine de retraitement. Quant à l’implantation d’EDF, elle est on ne peut plus cynique : à Velaines une immense bâtisse noire a fait son apparition et continue de s’étendre, collée à une ancienne usine en liquidation, la SODETAL, que ses ouvriers tentent de reprendre en coopérative. En Meuse, l’industrie nucléaire est un vautour qui se repaît des restes de la désindustrialisation de ces 60 dernières années. Elle ne propose rien, elle s’impose à travers un « There Is No Alternative ». Utiliser un appui d’argent public pour financer des salles des fêtes dans des villages qui se désertifient et s’acheter la dignité et l’histoire d’un territoire, ce n’est rien d’autre que de la colonisation.

« Le législateur (décidera du retrait des colis). C’est un débat national, à aucun moment il ne s’agira d’une affaire technique réservée à quelques spécialistes. Naturellement les spécialistes français et mondiaux s’exprimeront, mais la décision de la réversibilité s’il y a une opportunité, ce sera le législateur dans dix ans, dans vingt ans ou plus, puisqu’on sait que le chantier va durer plus d’un siècle. »

Et hop, comme pour les partenaraits public-privé qui endettent les collectivités publiques pour 25 ans, sauf que là la patate chaude est renvoyée à dans 100 ans, quand tous les Longuet & Cie auront finit de voir leurs os blanchir dans la fosse commune de l’incurie des nucléocrates. Il suffit de confier tout ça à des spécialistes : des spécialistes de l’irradiation sur 100 000 ans qui s’associeront à des spécialistes de la langue de bois et on aura un projet spécialement dangereux pour l’avenir, comme la mine d’Asse polluée par des fûts nucléaires déposés dans du sel en Allemagne et le centre du WIPP où un incendie s’est déclaré et a irradié des ouvriers aux États-Unis. Dans 100 ou 1000 ans, s’il faut conserver une mémoire de tout ça, c’est bien celle des noms des responsables qui, du haut de leur expertise auront hypothéqué l’air et les nappes phréatiques. Pour sûr, on gravera le nom de Longuet sur des stèles de béton pour se souvenir qu’il y a des hommes et femmes réellement criminels dont les décisions vénales sont nuisibles pour l’humanité.

« Oui mais enfin, sauf qu’il n’y a pas de nappes à moins 500 m dans l’argile, qui est parfaitement étanche. Vous savez, il y a déjà quinze ans d’étude sur l’argile, le callovo-oxfordien de Bure, et ces quinze ans d’étude ont montré qu’il y avait une étanchéité absolument parfaite »

C’est sans doute parce que ces galeries sont parfaitement sûres, que tout est mis en œuvre pour garantir la sécurité des installations dans de l’argile, qu’un éboulement de paroi a emporté et tué un ouvrier de l’entreprise Eiffage, employé au creusement des tunnels, en janvier 2016. À ce jour aucune enquête n’est parue pour expliciter l’accident, seuls les bons mots des responsables de com de l’ANDRA, véritables virtuoses de l’ellipse.

Nous avons des adversaires qui se réveillent de façon violente.

Non, pourquoi craindre le pire ? Je crois que les gens peuvent réfléchir au fait que dès lors que notre génération a bénéficié du nucléaire, nous ne pouvons pas laisser à nos enfants et à nos petits-enfants un problème sans solution (main sur le cœur).

Les cagoulés sont très gentils, enfin ils sont violents d’ailleurs, mais ils ne règlent rien.

Je crois que c’est un débat de qualité. Les cagoulés n’apportent aucune solution et aucune réponse, j’ajoute même pas de questionnement. J’ai aimé le débat public parce que nous avons évolué, le débat avec des gens passionnés qui sont hostiles, c’est passionnant, avec ceux qui caillassent, ça n’a aucun intérêt.

Faut-il s’inquiéter que M. Longuet soit atteint d’Alzheimer ? Parce qu’il semble avoir oublié beaucoup de choses. L’opposition « violente » ne date pas d’hier : dès le début du projet, en mars 1999 des agriculteurs avaient empilé des bottes de paille contre les premières grilles du laboratoire et y avaient mis le feu. Dans les deux-sèvres, à Neuvy-Bouin, des gendarmes s’étaient fait assaillir par la population, entravant et attaquant les machines de forage. Il n’y a jamais eu de débat public, jamais de dialogue, depuis la loi Bataille de 91, la population a systématiquement été mise devant le fait accompli des décisions de l’Andra avec le concours des gouvernements successifs. Quand une entreprise publique s’affranchit des lois pour aller défricher un bois soustrait à une commune à l’insu d’une partie de ses habitant.e.s, on peut s’attendre à ce que ces dernièr.e.s n’aient plus très envie de « dialoguer ». Le seul dialogue que comprend l’Andra, c’est celui du rapport de force, celui de nos corps qui entravent leurs machines de chantier, celui de centaines de bras qui abattent leurs murs et leur grilles soutenus de façon invisible mais sincère par la population environnante, réduite à l’omerta.

Gérard Longuet, le 20 mai 66 à Paris, tente de s’interposer dans l’arrestation d’un autre membre d’Occident

Pour ce qui concerne le passé de notre ami Longuet, rappelons brièvement ses classes à l’extrême-droite, dans les rangs d’Occident, les casseurs de gauchistes autoproclamés. En 1967 il a notamment écopé d’une condamnation pour complicité de violence et voie de fait avec armes avec douze autres militants d’extrême-droite. En revenant sur cet épisode récemment, il déclarait « nous étions jeunes et libres, il s’agissait de rites initiatiques de jeunes gens, un folklore d’aspect paramilitaire ».

Contrairement à lui, il ne s’agit pas pour nous, lorsque nous renversons des grilles et nous opposons à la police qui les protège, de rites ou de folklore ou encore d’entraînements martiaux mais bien d’une résistance, parfois désespérée, mais idéaliste, contre un aménagement violent et implacable du territoire, une destruction généralisée des environnements naturels, sous couvert de déclarations d’utilité publiques. Ces dernières ne servent en vérité qu’à nourrir les appétits financiers des grandes multinationales françaises du béton et les parachutes dorés de leurs amis énarques et gouvernants.

Les visages coupables qui se dissimulent derrière cette casse généralisée d’un système social qui serait juste et respectueux de chacun.e et de l’environnement dans lequel nous vivons, sont bien plus innombrables que nos dérisoires masques de hiboux : ceux d’entrepreneurs, de décideurs, d’ingénieurs, de scientifiques, de communicants, de commerciaux, de toutes ces chevilles laborieuses qui caillassent nos rêves et contribuent à désenchanter l’avenir en produisant du fatalisme. Contrairement à beaucoup de ceux-là qui le font par application professionnelle, dans une forme atténuée de la banalité du mal(2) , M. Longuet fait partie des fachistes qui sous la férule de Pasqua ont échangé, dans les années 70-80, la barre de fer contre un portefeuille d’actions libérales et de responsabilités dans les coulisses gouvernementales. Fondamentalement, il n’y a que la dimension de la nuisance qui a changé, pas son fond : au lieu de faire le coup de point en ratonnant quelques piquets de grèves, on ratonne l’ensemble des ouvriers à coups de plans d’austérité et on brade toute une population contre un pactole atomique. Ce  qui est certain c’est que ce n’est pas M. Longuet qui passera sa retraite sous le vent irradié d’une poubelle nucléaire, pour récompense de ses très loyaux services envers l’industrie nucléaire au cours des 30 dernières années; on imagine qu’il bénéficiera d’un coquet butin pour finir ses jours sous un soleil (ir)radieux.

Nous, nous sommes dans le camp de ceux qui préparent l’avenir pour nos enfants, et le callovo-oxfordien, qui est parfaitement stable depuis des millions d’année le restera pour quelques milliers d’année.

Vivement la disparition de tous ces dinosaures politiques qui nous promettent une poubelle pour 100 000 ans comme seul horizon d’avenir, qu’on puisse les enterrer avec leurs méfaits dans les strates profondes du callovo-oxfordien !

(1) AREVA en faillite a du être rachetée par EDF qui accuse une baisse importante de sa croissance pour l’année à venir.

(2) Les Groupements d’intérêt Publics sont des institutions publiques départementales « d’accompagnement économique » qui subventionnent abondamment tous les villages environnants : chantiers, festivals, associations, etc. Une sorte de compensation à l’installation de l’ANDRA qui achète les consciences et contribue à rendre acceptable l’inacceptable au travers de la mise en place d’un processus d’acceptabilité sociale.

(3) La banalité du mal que pointait Hannah Arendt dans le procès d’Eichmann qui se défendait de n’aoir fait que son travail de technocrate en organisant l’exécution massive des juifs dans les camps d’extermination.

Les grilles de l’ANDRA renversées par 20 ans de colère contenue !

 » Si on avait fait ça il y a 25 ans ça ne se serait pas passé comme ça « 

Un ancien agriculteur de Mandres, passant en voiture
pour saluer le cortège arrivant devant les grilles de l’Andra

Le 18 février devait être une journée de mobilisation contre l’expulsion prochaine du Bois Lejuc, elle aura au final été un nouveau grand moment de déconfiture infligé à l’Andra.

Sous un soleil frais et timide, à 11h du matin, une longue colonne chamarrée et joyeuse de près de 600 personnes s’est étirée entre Bure et le Bois Lejuc. L’occasion d’observer au passage, depuis le point de vue culminant du Chaufour, l’imposant laboratoire de l’Andra et les emplacements des futurs travaux liés à l’installation de la poubelle nucléaire CIGÉO. Le cortège a symboliquement suivi les pas des deux précédentes manifestations de réoccupation de la forêt, lors de l’été 2016, avant de s’y engouffrer, le temps de partager un repas servi par la cantine et de découvrir les différentes habitations. Une ambiance chaleureuse, tandis que 700 rubans jaunes distribués à chacun.e venaient décorer les branches pour symboliser la résistance du bois au désert nucléaire.






Vers 15h, chacun.e muni.e de morceaux de mur de l’Andra détruit en août dernier, un cortège de près de 700 personnes a repris la route en sens inverse pour rejoindre le laboratoire en repassant par Bure. Sur place, un important dispositif policier retranché derrière un mur de barbelés et des grilles anti-émeutes gardait tout le pourtour de la place forte. Une image aussi saisissante que celle d’un mur d’un kilomètre enserrant un bois : celle de l’industrie nucléaire acculée, retranchée derrière ses hautes murailles gardées par la soldatesque.

La foule, unie, au pas rythmé par le son roulant de la batucada, le martèlement métallique des pierres sur les glissières de sécurité, et des hurlements de hiboux et de loups a poursuivi son chemin avec détermination,dans une ambiance électrique. Elle s’est déployée en arc-de-cercle depuis la route, tout au long du bâtiment de l’écothèque, et une bonne partie du cortège, avançant et reculant tour à tour vers les grilles, est finalement parvenue à renverser une grande partie de celles qui avaient réchappé à la virée nocturne de l’avant-veille, sous une pluie de grenades lacrymogènes. Hors de portée des tirs, le reste des manifestant.e.s de tous âges et horizons les encourageaient, enthousiastes, en cris et en musique, tout en peinturlurant la route et enflammant le grand phénix bariolé construit à cet effet, symbole d’une lutte populaire qui renaît de plus belle depuis quelques années. Une ambiance loin de celle décrite par la préfecture qui voudrait réduire une colère populaire légitime, longtemps refoulée, à l’acte isolé d’une « cinquantaine d’individus cagoulés ». Mais l’éternel discours médiatico-policier de la minorité de casseurs ultraviolents n’a plus de prises face au réel : celui de la solidarité joyeuse et sans faille de l’ensemble de la manifestation pour attaquer directement le laboratoire, sur son terrain, pour la première fois depuis 25 ans . Si le monde qu’on nous promet est celui que promeut l’Andra quand elle s’impose par la résignation à une population méprisée, alors oui, nous sommes tout.e.s les casseur-heureuses de ce monde-là.

Face aux tombeur.ses de grilles, les gendarmes mobiles, répliquant par des charges aux grenades de désencerclement et assourdissantes ont blessé en quelques minutes une vingtaine de personnes, dont deux d’entre elles ont du être évacuées vers l’hôpital, tandis que plusieurs autres arboraient des plaies multiples dues aux éclats. Malgré la violence de cette réponse, qui est intervenue alors que les manifestant.es se retiraient peu à peu, tout le monde est rentré sereinement à Bure.

Le soir, ce sont des centaines de personnes qui, après s’être restaurées à la Maison de Résistance, ont rejoint un champ mis à disposition par un agriculteur, pour assister à un concert sous un chapiteau de cirque. Sur place, bar, infokiosque, tentes collectives et espace de premiers secours étaient prêts à accueillir tout ce beau monde enjoué. La folle ambiance de liesse s’est prolongée tard dans la nuit. De l’aveu de nombre de personnes, c’était une journée historique qui restera gravée dans les mémoires, un de ces moments où on effleure la réalité d’un autre monde possible, la possibilité d’une prise pour inverser le cours des choses.

Après la chute du mur de la honte l’été dernier, ce sont les grilles du laboratoire qui sont tombées ce samedi 18 février à Bure. En quelques mois le bastion qui se croyait immuable et intouchable s’est fissuré : suite à 25 ans de lutte qui ont vu des dizaines de milliers d’habitant.e.s de la Meuse et de la Haute-Marne manifester, pétitionner, organiser des campements puis céder progressivement à la résignation et la fatigue, l’espoir aujourd’hui renaît. On s’autorise à croire à nouveau à un autre avenir pour la Meuse et la Haute-Marne que celui d’intestin atomique militarisé.

Les opposant.e.s au projet CIGÉO

Prise de parole dans la forêt : bloquons CIGÉO, défendons le Bois Lejuc !

Voici le texte rédigé collectivement qui a été lu dans le Bois Lejuc avant le départ du cortège.

BLOQUONS CIGÉO, DÉFENDONS LE BOIS LEJUC

Ami-e-s de Bure et des forêts,

Nous sommes très heureux-euses de vous accueillir ici dans le bois libéré de Mandres-en-Barrois ! Depuis juin 2016, il est le cœur battant de la lutte à Bure. Peuplé de cabanes à la cime des arbres et de barricades au sol, le bois a retrouvé toute sa splendeur face à la menace des bulldozers et des gendarmes mobiles !

DE L’ÉTÉ D’URGENCE À L’HIVER DÉTER’

En été, nous l’avons occupé une première fois, puis nous avons été expulsées manu militari sous des nuages de lacrymo. Qu’importe, nous l’avons réoccupé ! Nous avons scié et cisaillé leurs clôtures. Puisque les barbelés ne suffisaient pas, ils ont construit un mur en béton : en août, nous l’avons abattu en masse, dans un geste de sabotage collectif et joyeux. Notre colère ne sera jamais réversible. Aucune frontière, grillage, barbelé ou vigile n’arrêteront notre détermination !

L’automne a lentement chassé l’été d’urgence… et nous avons depuis septembre ré-ré-occupé cette forêt. Avec son odeur de risotto aux pleurotes, de châtaignes grillées et d’humus, ses couleurs flamboyantes, ses initiations à la grimpe, ses ballade du dimanche aprèm, sa douceur.

Mais depuis décembre nous sommes entrés de plein pied dans l’hiver déter’ ! Les vigiles reviennent rôder et agresser des camarades, les pelleteuses promettent de « nettoyer la forêt » des murs qu’elles ont installé cinq mois plus tôt, un ingénieur verse de l’essence sur des personnes qui tiennent des barricades. Et l’Andra invente l’éco-enfouissement en reboisant des hectares qu’elle a défriché illégalement… pour mieux tout détruire plus tard. Malgré la vague de froid, la neige et la brume, nous avons tenu bon.

Cela fait 6 mois maintenant que les travaux de l’Andra sont bloqués au bois Lejuc. Les nucléocrates pestent et doivent, pour la première fois en vingt ans d’implantation diffuse, abandonner leur plan bien huilé. C’est une lutte victorieuse que nous comptons bien poursuivre !

À bien des égards, nous vivons un moment crucial, où nous pouvons consolider notre puissance ou subir des revers. Les échéances juridiques se rapprochent : le 22 février, un rendu d’expulsion des habitant-e-s du bois sera peut-être publié. Tout pourrait ensuite s’enchaîner très vite et les gendarmes débarquer dans la forêt. Le 28 février, une autre décision de justice sera rendue qui pourrait remettre en cause la propriété de l’Andra sur le bois Lejuc. Lors du procès à Nancy, la rapporteure publique a montré qu’il y a avait eu des vices de procédure dans la délibération du conseil municipal de Mandres autorisant l’échange de la forêt. Nous saurons le 28 février si la justice suivra l’avis de la rapporteure publique comme à 90% des cas ou si elle rendra comme à Notre Dame des Landes une décision politique en allant à son encontre.

VIVRE ET LUTTER, OUI… MAIS DANS LE SUD-MEUSE

Nous l’avons dit et nous le répétons, ce qui se vit ici c’est la continuité de 25 ans d’une lutte qui renaît comme un phénix, alliant barricades physiques et barricades de papiers, manifs populaires et sabotages, campements autogérés et réunions publiques. C’est la suite de ce qui se trame dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, dans la forêt de Roybon, de ce qui s’est passé dans les rues des métropoles pendant le mouvement contre la loi Travail, du vent de révolte qui souffle maintenant contre le viol de Théo par la police, de tant d’autres tentatives de reprendre le cours sur nos vies contre ceux qui les broient.

À Bure, que ce soit dans une cabane en haut d’un chêne centenaire, à la Maison de résistance, dans une caravane retapée, dans des maisons peu à peu habités depuis des années et tous les autres espaces dans lesquels nous mettons notre amour, nous voulons devenir un point de ralliement contre la poubelle nucléaire, un espace de convergence contre toutes celles et ceux qui veulent mettre au pas nos existences au nom du fric, du contrôle social, ou des frontières. Nous voulons faire de Bure un lieu désirable où il fait bon vivre et s’organiser, là où l’Andra mise sur 150 ans de nettoyage par le vide. Un terrain de jeu, où nous cultivons du blé panifiable sur des terres promises à l’enfer atomique ; construisons des fours à pains, retapons des maisons et des cabanes ; inventons des chansons ; ébauchons une vie collective où chacun-e peut trouver une place…

Depuis des mois, des années, nous sommes toujours plus nombreux-euses à nous installer ici à emmêler nos vies dans ce petit bout de Meuse. Combien sommes-nous à être venu-e-s pour quelques jours et à se projeter maintenant dans ces villages que l’Etat dit « déserts » pour mieux les détruire, dans cette forêt qu’on promet à la ventilation de puits putrides ? Il y a 5 ans, il n’y avait à la maison de résistance personne en hiver, il y a 2 ans nous étions une petite dizaine, nous sommes maintenant une quarantaine, sans compter toutes celles et ceux qui ne cessent de s’installer dans la région depuis des années… Combien serons-nous demain ?

Nous voulons dire, à toutes celles et ceux qui continuent de venir à Bure, qui découvrent, qui se questionnent, qui aiment : venez, passez, créez des comités de soutien, installez-vous, engagez-vous dans ce pari qui nous tient ensemble ! Chaque présence compte, chaque geste de soutien, chaque témoignage d’amitié nous rend plus fort-e-s, plus vibrant-e-s, plus vivant-e-s. Chacune de ces lucioles fait grandir une belle flamme contre le cancer diffus de tristesse, de résignation et de peur qui veut s’insinuer ici.

Nous avions dit aujourd’hui, « qu’ils expulsent ou pas, nous serons dans le bois ! ». Et nous sommes plusieurs centaines à être venu déclarer notre flamme à l’Andra. Nous affirmons maintenant, comme nous le disions en octobre dernier à la ZAD de NDDL menacée : « nous sommes là, nous serons là ! ». Dès le 21 février et pour les semaines à venir, nous appelons un maximum de gens à rester et soutenir l’occupation du bois Lejuc, soyons nombreux-euses comme il se doit pour accueillir la décision du juge le 22 février, celle du 28, et toutes les autres ! =

Gardez vos déchets, nous gardons la forêt !

ANDRA dégage, résistance et sabotage !

EN CAS D’EXPULSION, NOUS SERONS LÀ

  • Blocage des travaux dès le lendemain suivant l’expulsion
  • Le samedi suivant, grosse manif’ ! Convergence à Bure ou Mandres-en-Barrois à 11h.

 

Infos : vmc.camp / sauvonslaforet@riseup.net



Fil info 18 février

Quelques retours dans la presse sur la journée : dépêche AFP, article sur France Info et reportage d’Itélé de France Bleu Lorraine… Et action de soutien à la manifestation à La Turballe dans Ouest France !

21h : après un nouveau repas copieux, beaucoup de monde se déplace vers les concerts à la vigie nord.

19h30  tout le monde est rentré à la Maison de Résistance sauf deux à quatre interpellés ; on soigne les blessés, lave les vêtements imprégnés de gaz, débriefe partout dans la maison, avec un fourmillement dans toutes les pièces. Près de 300 personnes restent pour la soirée.

18h54 : le cortège est presque rentré. A 10 minutes de la maison.

18h30 : un repli s’amorce.

18h25 : tout.e.s les manifestant.e.s sont regroupées sur la route. Les flics sont à 50m en face.

18h19 : une interpellation.

18h15 : deux interpellations en cours. Les flics se repositionnent sur la route.

18h05 : Charges et grenades assourdissantes, grenades de désencerclement, grenades lacrimo.

18h03 : une interpellation

18h : les flics essaient de recentrer les gens sur la route à coup de grenades assourdissantes.

17h55 : Renfort de gendarmerie – 9 véhicules venant de Joinville.

17h52 : la barricade est en flammes. Tentative de charger dans l’écothèque avec la banderole, au son de la batucada, qui ne s’arrête pas de jouer !1

17h35 : Plusieurs centaines de personnes encore sur place (chiffres approximatifs). Une bonne partie s’est repliée derrière des barricades. Au moins 5 blessés dont un sévère au pied. Le blessé à la tête par grenade (16h58) n’est pas trop grave.

17h20 : toujours beaucoup de lacrymos. Les manifestant.e.s sont dispersé.e.s dans les champs autour de l’écothèque de l’Andra.

17h17 : Les grilles de l’ANDRA continuent de tomber les unes après les autres

16h58 : Deux blessés dont un à la tête par grenade de désencerclement, signalés sur twitter par le compte de @radioparleur

16h48 : La tête du cortège arrive au niveau de l’écothèque

16h38 : Nuages de lacrymos (mais le vent est avec nous!!). Au moins une grenade de désencerclement a été tirée. Le cortège est stoppé.

Il pleut des lacrymos : les flics veulent tenir le cortège à distance, mais il n’y a pas de confrontation directe, pas de charge. Une partie du cortège continue d’avancer malgré les gaz. D’autres reviennent vers la maison.

16h30 : Premier face à face cortège / police. La police recule temporairement et la manif continue d’avancer vers le rond-point du labo

16h : Un cortège unique s’est reformé à Bure et marche vers le labo. Un dispositif anti-émeute se trouve sur leur chemin.

15h : la manifestation est repartie du bois vers la maison, en deux cortège (un à pied, un voiture). Gros dispositif policier à Mandres, entre Mandres et le labo, au labo, entre le labo et Bure. Après les marches nocturnes de mardi et jeudi, la police ne semble plus disposée à nous laisser approcher l’Andra! La St-Valentin est terminée!

13h : le mur abattu résonne de coups de marteaux comme jamais depuis août ! Chacun.e en emporte son petit souvenir.

Un dispositif policier très important est en place devant le laboratoire de l’Andra.

12h15, la manifestation est arrivée au bois, la colline du Chaufour est remplie de monde, de chants et de musique. Quelques 500 ou 600 personnes sont présentes. Des prises de parole racontent l’occupation du bois et la destruction du mur de béton dont les ruines jonchent toujours le pourtour de la forêt.

En parallèle, des contrôles routiers sont signalés à Ligny-en-Barrois.

Vers 11H30, un cortège de hiboux s’envole de la Maison de Résistance, direction le Bois Lejuc et ses cabanes. Slogans et batucada sont au rendez-vous sous le soleil meusien!

Une folle journée commence à Bure !